La prudence est donc une vertu nécessaire à l'homme
Bien vivre, c'est bien agir. Agit-il bien, celui qui s'élance avec impétuosité, suivant une aveugle passion"? Non, quand même il lui arriverait de réussir. Il ne faut pas considérer seulement ce que l'homme fait, mais aussi comment il le fait. Pour bien agir, il faut se conduire d'après un bon choix ; un choix bon et éclairé suppose la connaissance de la fin qu'on veut atteindre et des moyens qu'on veut employer. L'intelligence a donc besoin d'une vertu qui la dispose aux sages conseils et lui montre quels moyens sont les meilleurs : c'est ce que fait la prudence ; donc elle est une vertu nécessaire à l'homme ; sans elle, il nous est aussi impossible de bien faire qu'à l'ouvrier qui ne sait pas son métier, de faire un objet d'art.
OUEST. L V III. Distinction des vertus morales. — i. Elles sont distinctes des vertus intellectuelles. La raison étant le premier principe de nos actions, exerce son empire sur tous les autres, mais différemment; les membres du corps lui obéissent au moindre commandement ; ainsi le pied, la main : c'est le gouvernement despotique, celui du maître envers l'esclave, qui n'a pas le droit de contradiction. Socrate prétendait qu'il en est ainsi de tous nos autres principes d'action, que toutes les vertus sont intellectuelles, et que l'homme ne commet que des fautes d'ignorance ; mais il partait d'un principe faux. L'appétit n'est pas tellement soumis à la raison qu'il ne la contredise et n'empêche même quelquefois ses opérations ; c'est un gouvernement politique, qui souffre parfois la contradiction : Interdum prœcedit intellectus, et sequitur tardus aut nullus effectus. (S. Augustin.) Donc pour bien agir il faut, outre les vertus intellectuelles, les vertus morales qui règlent l'appétit. Ces vertus diffèrent entre elles, comme les deux parties de l'àme appelées l'appétit et l'intelligence.