‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 68 sur 155 · Toute vertu est-elle intellectuelle ou morale · texte numérisé non relu

Toute vertu est-elle intellectuelle ou morale

La vertu, c'est ce qui donne à l'homme la faculté de bien agir. Quels sont nos principes d'action? Je viens de les nommer, l'intelligence et l'appétit; donc une vertu perfectionne l'un ou l'autre de ces deux moteurs.

3. Les vertus morales peuvent-elles exister sans les vertus intellectuelles?

Il n'y a pas de vertus morales sans la prudence. Elles sont des vertus électives, qui supposent une tendance vers la fin et un choix de moyens efficaces. 11 faut pour aller à un but et choisir, un conseil, un jugement et un précepte : c'est en cela que consiste la prudence. Elles ne peuvent non plus exister sans la vertu d'intelligence : c'est l'intelligence qui perçoit les premiers principes de la pratique comme les premiers principes de la spéculation.

L'inclination naturelle au bien n'est pas une habitude accomplie, c'est une habitude commencée, d'autant plus dangereuse qu'elle est plus forte, si elle ne se soumet au joug de la raison : un cheval aveugle se heurte et se blesse d'autant plus qu'il est plus fougueux.

4. Les vertus intellectuelles peuvent-elles exister sans les vertus morales ?

Elles le peuvent, excepté la prudence ; il est aisé de le comprendre par ce qui précède. La raison me dit assez qu'il ne faut pas faire le mal ; mais si je sors du général pour entrer dans le particulier, la passion s'en mêle et répand des nuages quiobscurcissent les lumières de la raison. Faut-il faire ceci? Puis-je le faire? la connaissance du principe général ne suffit plus, il faut une vertu morale, qui assure ses droits à la raison. Ainsi la prudence, qui juge avec rectitude de la fin et des moyens, suppose toujours une vertu morale.

OUEST. LIX. Comment la vertumorale se distingue de la passion. — 1 . Peut-elle être la passion même? La passion est un mouve-

ment de l'appétit; la vertu est une habitude qui précède ; c'est le principe même du mouvement.

La passion peut tendre vers le bien ou le mal selon que l'appétit tend vers son objet d'une manière conforme ou contraire à la raison. La vertu ne tend qu'au bien : quo nullus maie utitur.

Le mouvement passionné commence dans l'appétit et finit dans la raison ; c'est le contraire de la vertu.

2. La vertu morale peut-elle exister avec la passion? Les Stoïciens prétendaient que la passion est incompalible avec la vertu, et que l'homme vertueux est impassible. C'est qu'ils ne donnaient pas au mot passion, le même sens que nous; ils appelaient ainsi toute affection de l'âme, et nous, un mouvement déréglé de l'appétit. Si c'est un mouvement subit et irréfléchi, la passion n'est ni bonne ni mauvaise, par conséquent n'exclut pas la vertu. Si la raison commande ou permet ce mouvement et qu'il soit désordonné, la vertu est incompatible avec la passion. Mais lorsque la raison est la règle du mouvement passionné , lorsqu'elle l'éclairé et le dirige, il peut conduire à de louables actions, à des vertus éclatantes.

3. La vertu morale exclut-elle la tristesse? Elle peut exister avec une tristesse modérée.

L'homme est composé d'une âme et d'un corps. Ce qui sert à la conservation de ce corps lui est un bien; donc ce qui lui est contraire lui est un mal et peut l'attrister malgré les vertus morales.

L'homme vertueux n'a pas de grands péchés sur la conscience, mais il peut en avoir de légers et déplorer ses faiblesses : si dixerimus quia peccatum non habemus ipsi nos seducimus. (I S. Jean, i, 8.)

Il peut s'attrister de ses fautes passées : Quœ secundum Deum est tristitia , pœnitcntiam in salutem stabilem operatur. ( II , Cor., vu, 10.)

Jlpeut gémir sur celles des autres, et s'attrister de tant d'outrages faits à Dieu.

Ainsi la vertu doit s'affliger, mais modérément, de ce qui est triste. Cette tristesse nous éloigne du mal, comme l'attrait de la délectation nous porte au bien.

4. La vertu regarde-t-elle seulement les passions, ou aussi les actions ?

La vertu perfectionne la partie appétitive de l'àme en la réglant selon la raison. Tout ce que la raison embellit de sa lumière a le caractère de la vertu. Telles sont, non-seulement nos passions, mais aussi nos actions, comme les actions de justice et de charité.

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