Quels sont ces dons du Saint-Esprit
Ces dons sont des habitudes qui perfectionnent l'homme et le disposent à suivre sans résistance l'impulsion de l'Esprit-Saint, comme les vertus morales perfectionnent les puissances appétitives et les soumettent à l'empire de la raison. 11 y a des dons comme il y a des vertus, qui ornent la partie intellective et la partie appétitive. Que faut-il à l'homme pour saisir la vérité spéculative ? 1 intelligence. Pour percevoir la vérité pratique ? le conseil.
Si nous voulons juger en connaissance de cause, il nous faut la sagesse qui remonte à la cause première de toutes choses ; la science, à la cause de l'espèce. La science, la sagesse, le conseil, l'intelligence, voilà les dons du Saint-Esprit qui perfectionnent la raison humaine, et font rayonner sur elle la lumière de Dieu. Ceux qui perfectionnent la partie appétitive sont : la piété, dans nos rapports avec le prochain ; la force, dans les dangers, la crainte, qui nous met en garde contre les délectations désordonnées, lsaïe les désigne ainsi : Requiescet super eum spiritus sapiev-
tiœ et ïntellectus, spiritus consilii et fortitudinis, spiritus scientiœ et pietatis. Et replebit eum spiritus timoris Domini. (xi, 2.)
OUEST. LXIX. Béatitudes. — 1. Les béatitudes de l'Evangile, la pauvreté, les larmes, la paix, diffèrent-elles des vertus et des dons de l'Esprit-Saint? Le bonheur est la fin de la vie humaine. L'homme est heureux ici-bas, lorsqu'il vit conformément à sa tin, età l'espérance bien fondée de l'obtenir un jour : ainsi on dit les enfants heureux à cause des espérances qu'ils font naître, et du bonheur qui leur semble réservé. L'Apôtre dit de même : « Nous sommes heureux par l'espérance qui repose au fond de nos cœurs. » (Rom., vin, 24.) Ce qui nous donne l'espérance de la souveraine béatitude, ce sont les actes convenables à notre fin, et les mouvements qui nous en approchent. Tels sont les actes des vertus, et surtout ceux que nous produisons en suivant l'inspiration du Saint-Esprit. Les béatitudes de l'Évangile diffèrent donc des dons et des vertus, comme les actes diffèrent des habitudes.
2. Les béatitudes de l'Évangile appartiennent-elles à la vie présente ou à la vie future?
Les interprètes ne sont pas de même avis. Pour moi, je pense -que le commencement de ces béatitudes est possible en ce monde, mais que nous n'en verrons l'accomplissement que dans le ciel. Par exemple, mes bonnes dispositions, les qualités qui ornent mon âme mérifant la béatitude, je puis dire que ma béatitude est commencée. Ou bien, éprouvant déjà un avant-goût du bonheur, j'espère en voir bientôt l'accomplissement. Cette espérance, que je nourris dans mon cœur, suffit pour l'inonder de délices. Elle est semblable à celle du laboureur qui voit au printemps ses arbres couverts de feuilles et de fleurs, ou portant des fruits déjà formés. On a beau dire : Ici-bas les méchants sont heureux : ils se promènent de fête en fête, de plaisir en plaisir : les bons au contraire, mènent une vie de misères et de souffrances.
Nous ne voyons pas les peines qui tourmentent le cœur des méchants, mais n' eussent-ils que le remords, ce ver rongeur
qui dévore sans jamais se rassasier, le bonheur ne serait plus fait pour eux. Jussisti, Domine, et sic est, ut poena sibi sit inordinatus animus. (S. Aug.)
La vertu, il est vrai, n'a pas toujours en récompense les biens de ce monde, mais les biens spirituels lui apportent, même en cette vie, un bonheur cent fois plus grand : Centuplum accipietis.... etiam in hoc sœculo. (S. Matt., xix, 29, et S. Marc, x, 30.) Elle a les consolations que l'Esprit-Saint prodigue aux âmes ornées de la grâce , la satisfaction de ses désirs dans sa conformité à la volonté de Dieu : Meus cibus est ut faciam voluntaUm Patris mei. (S. Jean, iv, 34.) La miséricorde qu'elle exerce envers les autres lui assure des droits à la miséricorde de Dieu. La pureté de son cœur ouvre son intelligence aux clartés du ciel. Sa douceur mérite à ceux qui la possèdent le nom d'enfants de Dieu. Enfin le calme de la conscience, le silence des passions, tout se réunit pour ajouter au bonheur de la vertu même ici-bas. Gela n'empêche pas qu'il ne soit bien plus grand dans le ciel, et que les béatitudes de l'Evangile ne regardent aussi et principalement la vie future. 3. Quelle en est l'énumération d'après l'Évangile ? Le sermon sur la montagne nous enseigne, avec un ordre admirable, le chemin qui conduit au bonheur. Les uns le plaçaient dans la volupté ; les autres, dans la vie active ; d'autres, dans la vie contemplative. Mais la volupté est plutôt* un obstacle au vrai bonheur de l'homme ; la vie active n'en est que la préparation. C'est pourquoi l'Evangile- commence par éloigner de nous la volupté. Elle consiste dans les richesses, les honneurs et les passions du concupiscible et de l'irascible. Heureux, nous dit l'Evangile, ceux qui ont l'esprit de pauvreté ; heureux ceux qui sont doux, heureux ceux qui pleurent. Voilà le méprisdes richesses, des honneurs, la répression des passions désordonnées. Le calme régnant dans l'âme , elle se livre aux occupations de la vie active. L'Evangile non-seulement nous ordonne d'être justes, mais de désirer la justice comme l'homme épuisé par la faim et par la
soif, désire les aliments qui réparent ses forces : Beati qui esuriunl et sitiunt justifiant. Il va plus loin. Pour élever cette vertu à sa plus haute perfection, il nous dit d'être miséricordieux : Beati miséricordes, de donner spontanément et à ceux dont nous n'espérons aucun retour : Cum facis prandium aut cœnamy noli vocare amicos, aut fratres, etc., sed voca pauperes et débiles. (S. Luc, xiv, 12.)
Quant à la vie contemplative, elle procure la plénitude ou le commencement du bonheur. C'est pourquoi les béatitudes de l'Évangile qui s'y rapportent ne sont pas considérées comme des mérites, mais comme des récompenses. Les œuvres de la vie active, au contraire, sont des mérites qui disposent l'homme au bonheur de la vie contemplative. L'homme considéré en lui-même, se perfectionne par la pureté, qui éloigne de lui la souillure du péché : de là la béatitude promise à ceux qui ont le cœur pur. Il se perfectionne à l'égard des autres, par la concorde et la bonne harmonie : de là la béatitude assurée à ceux qui sont pacifiques.
La huitième et dernière béatitude n'est qu'une conséquence et un abrégé de celles qui précèdent. L'homme pauvre, doux, juste, etc., jouira d'un bonheur inaltérable. Rien ne pourra ébranler sa constance, et il ne reculera pas devant la persécution : Beati qui persecutionem patiuntur propter juslitiam.
4. L'énumération des récompenses n'est pas moins admirable. L'JKvangile la prend dans l'ordre de choses où les hommes recherchent la béatitude terrestre. Les uns la placent dans la volupté, qui comprend les plaisirs des richesses, des honneurs et des passions ; les autres, dans les actes de la vie active; d'autres enfin, dans ceux de la vie contemplative. Les hommes recherchent avec avidité les richesses et les honneurs, espérant y trouver, outre le plaisir, une sorte de prééminence. Dieu promet aux pauvres tous les biens de son royaume, sa propre excellence et la primauté qui l'élève au-dessus du monde entier. Les hommes au cœur féroce et cruel intentent des procès, se font la guerre et mettent à mort
leurs ennemis pour jouir tranquillement des biens terrestres. Dieu récompensera ceux qui sont doux, en leur donnant la paisible possession d'une terre plus précieuse, la terre des vivants; la sécurité qui en accompagnera la jouissance nous montre l'éternité des biens promis à la douceur. Les hommes cherchent une consolation aux peines de cette vie dans les plaisirs des passions : Dieu promet de consoler lui-même ceux qui pleurent. Parmi les hommes livrés à la vie active, il en est qui violent la justice nonseulement en ne payant pas leurs dettes, mais en ravissant le bien d'autrui,a(in d'être dans l'abondance et de se gorger de biens terrestres; ils n'en ont jamais assez : Dieu promet de rassasier ceux qui ont faim et soif de la justice. D'autres ne font pas d'œuvresde miséricorde, afin de n'avoir pas sous les yeux le spectacle delà misère : Dieu promet aux miséricordieux une miséricorde qui les mettra à l'abri de toute misère. Les deux dernières béatitudes de l'Evangile renferment les biens de la vie contemplative. La pureté de l'œil dispose à voir clairement : c'est pourquoi la vision de Dieu est promise à ceux qui ont le cœur pur. L'homme qui a la paix avec lui-même et avec les autres, imite parfaitement Dieu qui est le Dieu de l'unité et de la paix. Aussi lui promet-on en récompense la gloire de la filiation divine.
OUEST. LXX. Fruits de V Esprit-Saint. — 1. On appelle fruit, ce qui est produit d'une plante ou d'un arbre et qui, arrivé à sa perfection, a une certaine douceur. Tels sont pour le laboureur les fruits de son champ, les fruits de son jardin. Les actes humains, dans ce sens, sont aussi des fruits. Naturels, ils sont produits par la raison, et leur douceur consiste dans la conformité avec leur principe. Surnaturels, ils viennent de l'Esprit-Saint comme d'une semence divine : « Celui qui est né de Dieu ne fait pas de péché, parce qu'une semence divine demeure en lui. » (I S. Jean, ni, 9.) La douceur des fruits surnaturels, c'est l'espérance ou la possession de la fin dernière conformément aux inspirations de l' Esprit- Saint.
Ces fruits sont au nombre de douze, rapportés dans l'épître aux Galates et figurés par l'arbre de vie quides deux côtés du fleuve portait douze fruits. (Apoc., dern. ch., 2.) Ils se diversifient selon que T Esprit-Saint se manifeste en nous différemment : ainsi les plantes produisent une immense variété de fruits. Il peut régler notre âme en elle-même, lui montrant ce qu'elle doit faire dans la prospérité et dans l'adversilé. Dans la prospérité, il lui inspire l'amour, qui est toujours la première de nos affections : Charitas diffusa est incordibus nostris per Spiritum sanclum qui datus est nobis. (Rom., v, 5.) 11 lui inspire la joie, qui accompagne toujours l'amour, car celui qui aime se réjouit dans l'objet aimé. 11 répand dans l'âme la paix qui est la perfection de la joie : la joie ne serait pas véritable, si elle n'apportait la sécurité et n'apaisait les désirs inquiets : Pax multa diligentibus legem tuam. (Ps. , cxvnr, 165.) Dans l'adversité, l'Esprit-Saint nous inspire la patience, la longanimité.
11 ordonne notre âme dans nos rapports avec les autres, par la bonté, la bénignité (benignus ignis amoris), la mansuétude, la fidélité.
Il la règle dans nos rapports avec ce qui nous est inférieur, par la modestie, la charité et la continence.