‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 72 sur 155 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Après avoir parlé de l'acte humain conforme à la raison, il faut parler de l'acte qui lui est contraire : on l'appelle le vice ou le péché.

OU EST. LXXI. — \ . Le péché est essentiellement opposé à la vertu. Nous trouvons dans la vertu d'un être, une disposition conforme à sa nature, un acte sagement ordonné, et de la bonté, car il est bon à un être de répondre aux besoins de sa nature. Faisant sur le vice les mêmes considérations, nous lui trouvons trois défauts opposés. J^e vice d'un être, c'est de ne pas avoir ce qui constitue la perfection de sa nature : Quod perfectioni naturœ déesse perspexeris, id voca vitium. (S. Aug.) De là il résulte dans cet être, une malice opposée à la bonté de la vertu, car il est mauvais de ne pas réunir tout ce qui convient à sa nature. Enfin le vice renferme un acte désordonné, appelé le péché. Donc le péché est essentiellement opposé à la vertu.

2. Le vice est en opposition avec la nature. Pourquoi une créature est-elle appelée vertueuse et lui décernons-nous des louanges? Parce que nous voyons régner en elle une disposition conforme à sa nature. Pourquoi l'appelons-nous vicieuse? Sur quoi tombent les reproches que nous lui faisons ? Sur ses défauts à l'égard de sa nature. C'est pourquoi, dit saint Augustin, du mot vitium est venu le mot vituperare, blâmer. Nous sommes vicieux et méritons le blâme, quand nous nous éloignons de la

disposition que nous devrions naturellement avoir, comme on appelle vicieux un objet qui n'est pas conforme aux règles de l'art. Donc le vice est contraire à la nature, qu'il laisse en souffrance.

On le verra avec évidence, si l'on considère quelle est la nature de l'homme. La nature d'un être consiste surtout dans sa forme spécifique. L'homme étant un être raisonnable, la vertu de l'homme consiste à vivre conformément à sa raison; le vice de l'homme, à ne pas en suivre les lumières.

Il faut ici une remarque : quelquefois on distingue dans l'homme la nature sensitive et la nature raisonnable. Le vice n'est pas opposé à la première ; au contraire, il la flatte et lui sacrifie la seconde, qui est la plus noble. Cette immolation est fréquente dans les actes humains, à cause de notre double nature. Les hommes n'arrivant à l'exercice de la raison qu'en faisant usage des sens, obligés de passer par la nature inférieure pour s'élever à la nature supérieure, la plupart restent en chemin ; en toutes choses il y en a plus qui commencent qu'il n'y en a qui achèvent.

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