L'habitude est-elle pire que l'action vicieuse
Non, au contraire. On punit pour une action mauvaise, et non pour une habitude, si elle ne produit pas d'acte.
L'action est plus que l'habitude. 11 vaut mieux bien agir que d'en avoir seulement la faculté. L'habitude tient le milieu entre la puissance et l'action, supérieure à l'une, inférieure à l'autre. La moralité dépend totalement de l'action et ne s'appelle bonne ou mauvaise, que selon l'action qu'elle produit.
4. Le péché et la vertu peuvent-ils exister ensemble dans un homme ?
Le péché mortel ne peut exister avec les vertus infuses, car il détruit la charité qui en est la forme vivifiante. La foi et l'espérance peuvent survivre à un péché; mais ayant perdu leur principe formel, ce sont des vertus mortes.
Le péché véniel affaiblit toutes les vertus, mais n'en détruit aucune.
Le péché mortel laisse subsister en nous les vertus acquises. Un acte, avons-nous dit, ne suffit pas pour produire ou effacer une habitude. De même l'habitude ne produit pas nécessairement l'acte auquel elle est propre. Ce n'est pas comme la forme dans les choses naturelles ; celle-ci produit toujours l'acte qui lui convient. La chaleur et le froid ne sauraient exister simultanément, ni un corps léger descendre, à moins d'être pressé par un moteur étranger. Mais nous pouvons user ou non d'une habitude ; il nous est même possible, tout en l'ayant, de produire des actes contraires : c'est pourquoi l'homme le plus vertueux peut commettre le péché.