Dieu n'a-t-il aucune part au péché
L'acte vient de lui, le défaut de cet acte vient de la créature. — Un acte produit suppose un être et une opération. Quelle est la source de l'activité et de l'être? C'est Dieu.
Le péché renferme de plus un défaut, mais il faut l'attribuer à la cause seconde, qui s'éloigne de la direction de la cause première. Celui qui boite n'accuse pas la force motrice de son corps, mais seulement sa mauvaise jambe.
3. Dieu n'est-il pas la cause de l'aveuglement de l'esprit et de l'endurcissement du cœur?
Cetaveuglementetcet endurcissement renferment deux choses: un mouvement de l'homme qui s'attache au mal, et son aversion loin delà lumière divine. Dieu cause-t-il l'un ou l'autre? Non. 11 éclaire tout homme qui vient au monde, produisant en nous la lumière de la nature et celle de la grâce, comme le soleil, la lumière qui colore les objets. Mais si un obstacle empêche les rayons de tomber sur un objet, direz-vous que c'est de la faute du soleil ? Si vous fermez toutes vos fenêtres et faites la chambre obscure, direz-vous que le soleil vous refuse ses dons et cause l'obscurité qui vous entoure? Ainsi, quand l'homme ferme les yeux de l'esprit à la lumière qui lui vient d'en haut, la nuit se fait autour de lui et il marche dans les ténèbres. N'écoutant pas la parole qui attendrirait son cœur et l'embraserait du feu de la charité, il joint la dureté à l'aveuglement. Lui seul est évidemment l'auteur de son malheur ; ou , si Dieu en est la cause, c'est seulement en ce sens que, libre d'accorder ou de refuser les dons surnaturels, il en prive l'homme pour des motifs dont il est seul juge.
OUEST. LXXX. Cause du péché du côté du démon. — 1. Peut-il le causer directement?
Le péché est un acte. Pour le produire, il faut à l'homme un moteur qui mette en mouvement ses puissances et ses habitudes. Ce moteur, c'est Dieu, ou un bien créé dont les attraits nous ont subjugués. Le démon peut-il être principe du mal, en présentant à l'homme un bien qui l'entraîne irrésistiblement? Le bien universel a seul ce pouvoir. Tout autre bien que le démon nous offrira, si séduisant qu'il soit, ne sera qu'une cause insuffisante, pouvant nous solliciter, et rien de plus.