La peine est-elle toujours la punition d'une faute
Toute peine est la punition d'une faute originelle, ou d'une faute actuelle. Il est de son essence ou'elle soit contraire à la volonté. Or la justice ne permet d'affliger qu'une volonté coupable. Remarquez que les peines salutaires à l'homme lui étant imposées en vue d'un bien plus excellent, ne sont pas des peines proprement dites et n'ont pas le caractère de mal : le malade ne regarde pas comme une peine et un mal la potion amère qu'il prend pour se guérir : tels sont les infirmités , les malheurs que Dieu nous envoie en vue de notre salut.
On remarquera aussi que la peine est toujours la punition d'une faute qui nous est propre. Si nous subissons pour un autre une peine satisfactoire, c'est que nous prenons sur nous la responsabilité de sa faute, et qu'en vertu de cette solidarité nous ne faisons qu'un avec lui. La peine due à la faute du père retombe quelquefois sur les enfants; formés de sa substance, ils sont censés ne faire qu'un avec lui et expier ses fautes. Ils peuvent, d'ailleurs, y avoir pris part en les imitant. Enfin ces peines sont salutaires, Dieu ne nous privant des biens temporels qu'en vue de biens pïus précieux. Cependant les peines
infligées à l'enfant à cause des fautes de son père, n'atteignent pas l'âme, qui vient directement de Dieu, mais seulement le corps ou les biens que l'enfant tient de son père.
OUEST. LXXXVIII. Péché mortel et péché véniel. — 1. Pourquoi les oppose-t-on l'un à l'autre?
Il y a des choses qui ne sont pas opposées dans le langage propre, et qui le sont, au langage figuré; par exemple, rire, sécher. Nous disons : Telle prairie est riante de verdure, telle autre est aride et sèche. De même les morts mortel et véniel n'ont aucun rapport, pris dans le sens propre, selon l'idée qu'on a d'un corps mort. Ici, nous les entendons au sens figuré, et alors ils sont opposés l'un à l'autre. Nous appelons mort un être qui a perdu son principe de vie. Quel est le principe de la vie spirituelle ? c'est d'être bien ordonné à l'égard de la fin dernière. En harmonie avec elle, je puise constamment à la source de ma vie et répare mes forces à mesure qu'elles m'échappent. Mais si le péché rompt mes communications avec elle, mon âme tombe dans l'atonie et se meurt. Quand la séparation d'avec ma fin est complète , ce désordre s'appelle un péché mortel , parce qu'il est naturellement irréparable. La grâce seule peut ouvrir de nouveau à mon âme la source de la vie, en la ramenant à sa fin : ainsi le mathématicien qui s'est trompé , rentre dans le vrai en remontant aux premiers principes. Si le désordre ne m'a pas fait totalement perdre de vue ma fin dernière, je puis le réparer, il n'est qu'un péché véniel, c'est-à-dire, naturellement digne de pardon (veniâ dignum).
Ces deux péchés sont donc opposés entre eux comme le réparable et l'irréparable, comme la maladie et la mort. Pour sortir de l'un, il faut une guérison ; pour sortir de l'autre, une résurrection.