‹ La Théologie de Saint ThomasChapitre 87 sur 155 · Ces deux péchés sont-ils d'un genre différent · texte numérisé non relu

Ces deux péchés sont-ils d'un genre différent

Le mot véniel veut dire digne de pardon. Tout péché est véniel, en ce sens qu'on peut en obtenir pardon par la pénitence ,

40 t LA THÉOLOGIE DE SAINT THOMAS.

mais ce n'est pas ainsi que nous entendons ce mot. Nous appelons un péché véniel, soit qu'il vienne de la faiblesse humaine ou de l'ignorance, soit qu'il ne nous ait pas totalement séparés de notre fin. Le genre de ce péché est tout autre que celui du péché mortel. L'objet de l'un, par exemple, une parole inutile, un rire immodéré, n'est pas incompatible avec l'amour de Dieu et du prochain. L'objet de l'autre, comme l'adultère, le blasphème exclut la charité (1).

Mais si le péché véniel, multiplié à l'infini, ne saurait faire un péché mortel, il y dispose et y conduit insensiblement : Qui spernit modica, paulatimdecidet. (Eccli., xix, 1.)

Une chose peut disposer à une autre directement, comme le feu à la chaleur ; ou indirectement, en éloignant l'obstacle qui l'empêchait d'arriver. En ébranlant une colonne, vous faites tomber la pierre placée à son sommet. Le péché véniel conduit au péché mortel de ces deux manières. Ils sont, à la vérité, d'un genre différent, mais l'habitude du péché véniel s'enracinant dans l'âme, le temps la développe et la fortifie. On agit volontiers dans le sens de la passion, et à force de la caresser, on en vient à sacrifier pour elle la fin dernière, ce qui est péché mortel.

Ne soumettant plus notre volonté à un ordre secondaire, nous nous habituons à ne pas la soumettre à l'ordre principal et bientôt nous tombons dans un désordre mortel.

OUEST. LXXXIX. Le pèche véniel considéré en lui-même. — 1 . L'âme, comme le corps, peut avoir des taches qui la ternissent et diminuent son éclat. L'éclat du corps est de deux sortes : l'un tient à l'harmonie entre tous ses membres et à la régularité de ses traits ; l'autre lui vient d'une manière étrangère qui le colore et lui prête, pour ainsi dire, sa beauté. Il en est de même de l'éclat de l'âme. Une première splendeur lui vient de l'harmonie

(1) On demande quelquefois combien il faut de péchés véniels pour en faire un mortel. C'est comme si l'on demandait combien il faut de pierres pour faire un arbre.

qui règne entre toutes ses puissances et sa fin dernière ; un second éclat lui vient rayonnant de ses actes vertueux. Ils répandent autour d'elle une lumière qui l'éclairé et l'embellit, comme la lumière du soleil embellit les objets extérieurs. Le péché véniel ne détruit pas le premier de ces éclats ; il efface le second, parce qu'en affaiblissant l'âme, il l'empêche de produire des actes vertueux.

2. Pourquoi saint Paul compare-t-il les péchés véniels à du bois, du foin et de la paille ?

Ces objets n'appartiennent pas à la substance de l'édifice et on peut les brûler sans le réduire en cendres. De même les péchés véniels n'entraînent pas la ruine de l'édifice spirituel.

Page 1