La loi naturelle peut-elle changer
Elle ne pourrait changer que s'il était possible d'y ajouter ou d'en retrancher quelque chose. La loi divine et la loi humaine lui font subir la première sorte de changement. Elle ne saurait changer de la seconde manière, sinon elle n'est point une loi naturelle. Ce qui est ne peut pas ne pas être. Dieu m'ayant donné l'existence, ne peut faire qu'il n'y ait entre lui et moi les rapports du créateur à la créature. La loi naturelle m'impose des devoirs de reconnaissance et d'amour, dont personne ne saurait m' affranchir. Seulement il peut arriver un cas particulier où des circonstances changeront, non un premier principe, qui est immuable, mais une de ses conséquences, comme dans l'exemple du dépôt, cité plus haut. Ce qui était alors la matière et l'objet de la loi cessant d'exister, la loi n'a plus de raison d'être. Elle est abolie, non modifiée. Abraham, en immolant son fils, ne commettait pas d'homicide, parce qu'il obéissait à celui qui est le maître de la vie et de la mort. Les Hébreux ne se rendirent pas coupables de vols en emportant avec eux les vases d'or et d'argent des Egyptiens. Ils en avaient le droit, de celui à qui appartiennent toutes choses. Ce n'était d'ailleurs qu'une légère compensation des injustices que leurs oppresseurs leur avaient fait souffrir.
OUEST. XCI et XCV. La loi humaine. — 1. Qu'est-ce que la loi humaine ?
Toute loi est le dictamen de la raison, le langage par lequel elle s'exprime. 11 peut être celui de la raison spéculative, manifestant des conclusions qui ne sont pas évidentes par elles-mêmes,
(1) Le principe de la loi naturelle était néanmoins connu à Sparte et dans la Germanie. La preuve, c'est qu'on y punissait le vol commun et ordinaire ; mais on admettait une exception légale pour le larcin, quand il était commis adroitement, et pour certains vols qualifiés, qui cessaient, par là même, d'avoir, aux yeux de ces peuples, le caractère d'injustice qui les accompagne partout ailleurs.
mais qu'elle a tirées des premiers principes. Il peut être aussi celui de la raison pratique, révélant des conclusions dont la connaissance est le résultat de son propre travail : supposez remplies les autres conditions de la loi, relativement à la société dans laquelle l'homme est appelé à vivre, ce sont ces conclusions que l'on appelle lois humaines.