LE ÏRAITK (.< DE AMMA
Jean ! Apoc. G, 9) et celle de la vaillante martyre Perpétue (55 1. On ne doit pas croire aux revenants : témoin riiistoire du mauvais riche 57 . Pour les âmes destinées à la vie bienheureuse, mais imparfaitement lavées de leurs fautes, les enfers sont un purgatoire loSi. Les révélations du Paraclet, mentionnées plusieurs fois au cours de l'ouvrage, sont encore invoquées à l'appui de ce dernier dogme. En terminant, Tertullien se félicite d'avoir efTicacement répondu au nom de la foi — ex doctrinafidei — à toutes les questions qui ne procèdent pas d'une vaine curiosité.
Si théolog'ique dallure que soit le traité De (inima, l'auteur ne laisse pas de faire maintes fois appel à la philosophie ' , et à la médecine, sœur de la philosophie. On peut trouver qu'il a mauvaise grâce, après avoir signifié à ces deux sciences qu'il n'attend rien d'elles et que la foi suffit en toute occurence (2). Il entre néanmoins en lice avec les philosophes, ces patriarches des hérétiques, et il ne dédaigne pas d'emprunter aux diverses écoles les armes qu'elles tournent contre les écoles adverses.
Son éclectisme penche visiblement vers les stoïciens- : il leur doit sa doctrine de l'àme corporelle (5 sq), son attaque des arguments platoniciens !6i. les principaux traits dont il décrit l'âme (9), sa notion de l'viYep-ovDidv et la localisation de celte faculté reine dans le cœur (14. 15). Il s'accorde avec eux sur la véracité des sens (17), sur l'évolution de l'être humain (20), tout en écartant discrètement leur fatalisme (21). 11 rejette leur doctrine sur l'apparition tardive de l'àme raisonnable (25) ; mais il admet leur traducianisme 27), leur conception du sommeil i43)
1. Sur la position de TortuUion en face de la philosophie, et particulièrement du stoïcisme, voii- G. Esser, Die Seclenlehre Tcrlulliam, Introduction, et passim, notamment p. 17.
'2. M. .Joseph Leblanc [Annales de philosoplne chrélienne, juillet 1!)03, p. 'J15-424, Le malérialisme de Tcr(ullien) refait autrement la genèse de ces idées. Tei-tullien n'aurait jamais été cliei-cher des convictions chez les stoïciens, mais il aurait t'ti'" du])e de son imagination dans l'interprétation de la parabole du mauvais i-iche et dans celle des visions montanistes. Ce rnle de riniagination est incontestable; mais nous le rattachons à des habitudi>s d'esiH'it déjà anciennes, et nous laissons hoi's de cause h' montanisme, comme un pur accident. Tertullien ne prétend pas se mettre à l'('cole du stoïcisme: mais assurément il en subit l'induence.
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et de la mort 5.54). Avec eux il admet la divination par les songes (22. 46.) Avec eux il croit à la survivance de l'âme, sans toutefois la limiter comme eux au jour de la conflagration universelle (54). Parmi leurs maîtres, il cite Zenon, Clcantlio, Clirysippe surtout, Posidonius, Sénèque. [Seneca saepe nostei-, 20) : sans être lui-même un adepte du stoïcisme, il en avait retenu plus que de n'importe quelle autre philosophie.
Le grand nom de Platon hante sans cesse la pensée de Tertullien, visiblement partagé entre l'orgueil d'humilier ce coryphée de la philosophie et la satisfaction de recueillir chez lui de précieux témoignages. Il s'est montré injuste envers le maître de Platon, et cette injustice est un lieu commun de sa polémique ; ne relevons pas les insinuations malveillantes relatives à la mort de Socrate et les perpétuelles allusions à son démon familier. Platon a cru à la préexistence des âmes, il n'a pas cru à leur nature corporelle; il a ébranlé la foi au témoignage des sens: sa théorie des idées subsistantes a enfanté d'innombrables erreurs; sa doctrine de la migration des âmes est absurde en métaphysique autant que subversive en morale ; sa localisation des facultés est arbitraire ; tant sur la naissance que sur la mort, ses idées manquent de consistance ; il a osé élever l'amour de la beauté juvénile à la hauteur d'une vertu. Ces critiques, et d'autres encore, Tertullien les formule parfois à regret ; par contre il s'empresse de signaler l'accord de Platon avec la foi sur l'unité substantielle de l'âme (10) et sur la distinction du rationnel et de l'irrationnel (16). S'il ne mentionne qu'en passant ses idées sur la divination (24), c'est peutêtre par aversion pour son anthropologie : le foie joue un grand rôle dans la mantique platonicienne. C'est peut-être encore par prudence : il devait hésiter à compromettre en compagnie si suspecte la prophétie montaniste. Il lui sait gré d'avoir développé la croyance à la vie future, d'avoir promis aux âmes les meilleures l'immortalité dans les sphères supérieures du ciel et livré les âmes coupables aux abîmes infernaux (54'. On doit le croire sincère lorsqu'il dit : je maftlige tout de bon de voir tous les hérétiques recourir à la boutique de Platon pour se fournir d'épices (23) ; et l'influence prépondérante du matérialisme stoïcien ne Tempêche pas de se retourner parfois vers l'école