‹ La théologie de TertullienChapitre 114 sur 455 · Ch. II, ? 3, p. 62 sq · texte numérisé non relu

Ch. II, ? 3, p. 62 sq

4. Mgr Froppel (o3<= leçon, t. 2, p. 355. 3o6) combat cette impression par des raisons qui nous paraissent plus généreuses que décisives. Nous souscrivons pleinement aux conclusions de M. Bainvel, Dirt. thvol. I, 088. — Voir encore Stier, op. cit. p. 28 sq.

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dont il ne paraît pas sentir l'impropriété, montrent assez combien de distinctions lui échappent en ces matières. L'aboutissement moral de cette psycholog-ie vaut mieux que le point de départ : Tertullien a reconnu Texistence du libre arbitre et le devoir pour chaque homme de se faire à lui-même sa destinée en coopérant à la grâce divine (21;. Sur les relations de l'homme avec Dieu, ses vues, malgré des traces d'illuminisme phrygien, sont habituellement saines; il sait que le péché seul s'interpose entre l'àme dégagée de son corps et Dieu, et non content de prédire aux uns une récompense éternelle, aux autres d'éternels supplices, il a compris que l'âme destinée à la béatitude doit subir une dernière purification, avant le jugement définitif qui mettra l'homme tout entier en possession de sa fin suprême.

Avec ses erreurs et ses lacunes, ce traité inaugure non sans grandeur le développement de la psychologie chrétienne * . L'application sévère d'une saine métaphysique aux données de la révélation pourra seule éliminer toutes les scories, et ce sera le travail des siècles.

Dans le De carne Christi, répondant à des Valentiniens qui voulaient que l'âme eût besoin du corps pour prendre connaissance d'elle-même, Tertullien exagère le relief de sa pensée jusqu'à dire que, dans l'homme, l'âme est tout : In hoc vana distinctio est, quasi nos seorsiun ah anima sinius, ciun totiun quod sumus anima sit. Denique sine anima nihil siunus, ne hominis quidem, sed cadaveris nomen^. Cette formule tranchante a sa contrepartie dans le de resurrectione carnis, où l'on voit que toutes les opérations de l'âme appartiennent à la chair : Totum vi^'cre animae carnis est^. Nous allons examiner

1. Peul-èti'i' Tortullieii doit-il braucoup au Trîpl <^-jyf,:, de saint Justin, si^aiaki par Kusobc (//. E. \, 18, 7). L'os|)oir qu'on avait conçu do rotrouvcr cet écrit parait ('vauoui (voir Diels, Sitziini/sbeyichlc der K. Pr. Akad. der H7.VS. IS'Jl, t. 1, \i t'ebr. p. 151 sq.). — La psvi'hoiosie ébauchée par Talien {Disc, aux Grecs, l*. sq. ), qui méconnait dans l'àme humaine la rosseuiblance naturelle de Dieu et l'immortaliti' naturelle, a pu fournir à Tertullien ((uelques traits, mais non des meilleurs.

'.i. R. 7. — Uappi'oclii'r 1 .1/. 21 : Quid est autem homo aliud i|uam caro? siquidem nomen homiuis materia corporalis. non animalls, ab auctore sortita est.

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ce dernier écrit, qui précise et complète la doctrine du De anima, en éclairant dune belle lumière l'unité substantielle du composé humain.

Le dogme de la résurrection corporelle ', fondement de l'espérance chrétienne, excite les railleries du vulgaire. Et par une étrange inconséquence, les railleurs rendent un culte et offrent des repas somptueux à leurs morts qu'ils viennent de brûler. Les philosophes souvent ne s'élèvent pas au-dessus du vulgaire : Épicurc n'attend, après cette vie, que le néant; Sénèque ne parle pas mieux qu'Epicure. Pythagore et Platon croient à une autre vie; mais ils gâtent cette belle idée par la métempsycose, malheureuse caricature de la vérité chrétienne. Jésus-Christ a autrefois confondu les sadducéens, disciples d'Epicure plutôt que des prophètes; les hérétiques auxquels s'oppose ici Tertullien (Marcion, Basilide, Valentin, Apelle) sont des semisadducéens : ils admettent l'immortalité de l'àme et attaquent la résurrection de la chair, comptant bien introduire par cette brèche d'autres erreurs. De fait, l'immortalité de l'àme compte peu dadversaires parmi les hérétiques, et des défenseurs même parmi les philosophes : ainsi Platon. C'est une de ces vérités primordiales^ sur lesquelles Tertullien aime à invoquer le témoignage de l'àme naturellement chrétienne '*. Bien qu'elle ne s'impose pas à tous avec la même clarté que l'existence du vrai Dieu, elle se fait accepter sans trop de peine. 11 n'en va pas ainsi de la résurrection corporelle '. Sur ce point le préjugé païen est très tenace, et l'hérésie lui emprunte volontiers des armes". Elle insiste sur les hontes de la chair, sur son origine terrestre, sur ses multiples faiblesses, sur ce retour tinal à la

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