‹ La théologie de TertullienChapitre 141 sur 455 · LES DEUX CHRISTS DE MAUCIOX · texte numérisé non relu

LES DEUX CHRISTS DE MAUCIOX

mutilé par lliérésie, démontre, en même temps que l'accord des deux Testaments, l'identité de Jésus avec le Christ de la prophétie '.

Selon jNlarcion -. Jésus descend, la quinzième année de Tibère, dans le domaine du Créateur (Luc. 3, 1; 4, 31) ^. Il descend, donc il apparaît subitement. Qui l'a vu descendre? Personne. Descente plus mystérieuse que l'ascension de Romulus. Et pourquoi se produit-elle en Galilée, plutôt que partout ailleurs, plutôt que dans le Pont, patrie de Marcion? Marcion serait fort en peine de le dire. Mais les catholiques en trouvent la raison dans le prophète Isaïe. dont Jésus devait accomplir l'oracle (Is. 9, 1. 2). Il ne vient pas détruire la Loi et les prophètes, mais les accomplir (Mat. 5, 17). Effectivement, il commence aussitôt de rechercher les brebis perdues d'Israël (Mat. 15, 24. 2():. 11 enseigne d'abord dans la synagogue de

1. Saint Iivni'o a\-ait ('Ijauclié cette démonstration Haer. 3, 10, 1-5.

3. Marcion supprimait les deux premiers cliapitres de saint Luc, c'està-dire l'enfance du Sau\"eur. On reviendra au chapitre suivant sur ces mutilations de la parole divine. Notons ici une grave difficulté dans la chi'onologie évangélique de Tertullien. Il éci'ivait, ,/. 8 : Tiberii anno XV imperii passus est Christus, annos habens quasi XXX cuni pateretur... Quae passio liujus exterminii juxta tempora LXX hebdomadarum perfecta est sul) Tiberio Caesare, coss. Rubellio Gemino et Fufio «jemino, mense martio, temporibus paschae, die VIII kal. april.. die T' azymorum. D'ailleurs l'apostolat du Christ ne commença qu'en la quinzième année de Tibère, selon le récit de saint Luc, rappelé par Tertullien. 4 M. 7. Le rapprochement de ces deux dates ne laisse qu'un temps bien court, quelques mois à peine, à la prédication de l'Évangile, si l'on admet que l'indication anno XV Tiberii a le même sens dans les doux passages. Jlais il est possible que Tertullien, sans j)révenir son lecteur, et peut-être sans en avoir conscience, se soit référé à deux chronologies différentes. La première daterait les ann(''es de Tibère de son accession à l'empire (19 août 14, mort d'Auguste) et fournirait pour la mort du Christ la date 29 de notre ère, correspondant au consulat des deux Cleminus. La seconde, (qui est celle de saint Luc) daterait les années de Tibère de son association au pouvoir, en l'an 11 de notre ère (Cf. Suétone, Tibère, 21; Velleius 2,21), et laisserait ainsi trois ans pour la prédication du Clirist. Ceci pourrait expliquer encore les lluctuations que l'on remar(jue dans les indications de Tertullien, qui date l'apparition du Christ marcionite tantôt de la lô'' année de Tibèi'e (1 .1/. 10 et 4 M. 7), et tantôt d(î la 12". (1 M. 15. — Voir ci-dessus, p. 53). — Nous nous bornons à signalerce problème chronologique; on sait d'ailleurs quelle incurie Tertullien porte d'ordinaire en ces questions.

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Capliarnai'im : chose incroyable, on ne le connaît pas. et personne ne lui demande qui il est. On est émerveillé de sa doctrine ; on loue l'autorité de sa parole : donc il ne troublait pas les liabitudes desprit des croyants. Un possédé l'appelle : Jésus de Nazareth, saint de Dieu (Luc. 4, 33 sq.). Ce possédé le connaissait donc, et lui donnait le même nom que, d'après Tévangile catholique, Tange avait donné d'avance au fils de Marie (Luc. 1, 35; cf. Mat. 1, 21). Jésus lui impose silence, mais ne l'accuse pas d'avoir menti.

Le Christ du Créateur' devait s'appeler Nazaréen, selon les prophètes (Mat. 2, 23i. De fait, Jésus grandit à Nazareth; plus tard il y revint prêcher, mais il échoua, et faillit même être jeté dans un précipice : ceci prouve du moins qu'on ne le prenait pas pour un fantôme 'Luc. 4, 16-30). La même vérité ressort avec évidence des guérisons très réelles qu'il opéra (Luc. 4, 40 . 11 guérit, entre autres, de nombreux possédés, dont plusieurs s'écriaient : Vous êtes le Fils de Dieu (ib. 41). Jésus les faisait taire, voulant être reconnu des hommes, non des démons; et en cette circonstance il montra toute l'énergie qui convient à un envoyé du Créateur. 11 annonce l'intention d'annoncer à d'autres villes le royaume de Dieu (ib. 43), et l'on ne voit pas qu'il parlât d'un dieu nouveau.

Sans prétendre analyser complètement ce commentaire, que Tertullien conduit jusqu'au bout de l'évangile de saint Luc, nous signalerons quelques développements originaux.

Luc. 5, 10 ^ — Pourquoi Jésus recrute-t-il ses apôtres parmi des pêcheurs, sinon pour accomplir l'oracle de Jérémie 16, 16i sur les pêcheurs d'hommes ?

Luc. 5, 12 sq. — Jésus guérit un lépreux en le touchant. S'il ne s'inquiète pas de la souillure légale (Num. 5), ce n'est pas qu'il veuille braver la Loi (et comment l'eùt-il fait, s'il n'avait pas de corps?), mais c'est qu'étant Dieu, il n'a pas de souillure à craindre. Elisée, pour guérir le Syrien Naaman, l'avait envoyer se laver sept fois dans le Jourdain ; Jésus guérit cet homme par sa seule parole : différence insignifiante , sur

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laquelle Marcion a tort d'insister. Dans cette circonstance, Jésus rend hommage au sacerdoce mosaïque et à la Loi. Donc il ne les réprouve pas ' .

Luc, 5, 18 sq. ^ — Guérison d'un paralytique. Rapprocher, pour le côté physique du miracle, Ls. 35, 2; pour le coté moral, Is. 53. 12 : 1, 18. Bien d'autres passages de l'A. T. ont trait au pardon des péchés et à la miséricorde divine. Jésus prend ici le nom de Fils de l'homme, qui confirme la réalité de sa chair, et qui suppose la virginité de Marie, car le Fils de Dieu ne peut avoir un homme pour père. Cette appellation se rencontre déjà chez le prophète Daniel 3, 92; 7, 13) et permet d'identifier Jésus au Christ de l'A. T.

Luc. 5, 27 ^ sq. — La vocation du publicain Lévi est présentée par Marcion comme une réprobation de la Loi. Mais que fait-il donc du témoignage solennel rendu par le Christ à Pierre, un homme de la Loi iMat. 16, 17)? D'ailleurs ce n'est pas en vain que le Christ est appelé, dans les Ecritures, lumière et espérance des nations. Il venait les appeler toutes à la foi ; ce qui ne l'empêche pas de reconnaître combien les meilleurs d'entre les Juifs étaient plus près de Dieu que les publicains (Luc. 5, 31).

Luc. 5, 33 sq. — Marcion fait apparaître Jean, comme le Christ, à l'improviste. Etrange invention. Tertullien constate l'accord qui existe entre Jésus et Jean, l'un Christ, l'autre prophète d'un même Dieu. Létonnement même des pharisiens, qui opposaient à la vie commune des apôtres l'austérité des disciples de Jean, prouve quils ne s'attendaient pas à trouver une divergence entre les deux maîtres. La réponse de Jésus n'est pas un désaveu de Jean, pas plus qu'elle n'est une réprobation de TA. T. Même ce nom d'Epoux par lequel il se désigne, il l'emprunte aux prophètes fis. 61, 10; 49, 18; Cant. 4, 8). Marcion n'a pas compris l'économie des deux Testaments : de l'un à l'autre, il y a évolution, progrès ; il y a distinction, non contradiction. Jusque dans le langage du

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