LES DEUX CHRISTS DE MAUCIOX
« Vous aimerez Dieu de tout votre cœur, de toute votre àme et de toutes vos forces, et le prochain comme vous-même », demeure le fondement de l'Evangile. Loin de l'abolir, le Christ condense dans ce précepte unique toute la loi du Créateur ; il touche à cette loi, non pas tant pour l'abroger que pour l'abréger ' , avec une maîtrise qui n'appartient qu'au Législateur en personne (Gai. 5, 14). Il veut qu'on débute dans la pratique par la charité fraternelle (6, 2). D'autre part, il avertit qu'on ne se moque pas de Dieu (6, 7). Ici, en dépit de Marcion, reparaît le juge. L'homme moissonnera en son temps ce qu'il a semé. Quant à l'apôtre, il est crucifié au monde (6, 14), c'est-àdire à tout ce qui contredit l'esprit chrétien ; il porte en son corps les stigmates du Christ, souvenir de cette humanité sainte qui ne fut pas fantastique, mais réelle et tangible.
1'- Epître aux Corinthiens '^. — Tertullien s'arrête d'abord à cette suscription, que portent aussi les autres épîtres de saint Paul : Gratia vobis et pax a Deo Pâtre nostro et Domino Jesu (1, 3). Dans cette formule il reconnaît, étroitement unis, le Créateur, Père de toutes choses, et Jésus, réconciliant l'homme à son Père offensé. Suit un long développement sur le mystère de la croix (1, 17 sq). Ce mystère, imposé à notre foi, est une revanche de la divinité méconnue, sur l'orgueil humain. Il fallait confondre cette sagesse du monde qui s'était détournée de Dieu (Is. 29, 14) : Voilà pourquoi Dieu résolut de sauver les croyants parla folie même de la prédication. Aux Juifs qui réclament des signes, aux Grecs épris de science, il propose le Christ, cette pierre de scandale Is. 8, 14; 28, 16). Il se plaît à humilier le sens humain par ces petitesses qui déjà se rencontrent à chaque page de l'A. T. Interprète de la sagesse divine, l'Apôtre montre •' 2, 6 sq) comment Dieu voila longtemps sous des figures et des énigmes les trésors de sa grâce. Il appartenait au Christ, lumière des nations, de les révéler (Is. 42, 6; 45, 3). On ne comprendrait pas ce long silence de la part du dieu de Marcion; au contraire, rien de plus naturel de la part
1. Xi'c (lisponcUum scd compondium abooconsecutaost, rcdacta summa in iinum jani praccoptiini.
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(lu Créateur, dont nous connaissons le plan, déroulé à travers les siècles. Les siècles ne lui appartiennent-ils pas. aussi bien que les astres qui les mesurent? Ce plan, qui doit mener l'homme à la gloire, les princes de ce siècle l'ont méconnu : c'est pourquoi ils ont crucifié le Seigneur de gloire (2, 8) ^
Le Christ est le fondement de tout l'édifice spirituel des croyants (3, 10 sq), l'illuminateur des ténèbres ^ (4, 5), notre Pâque (5, 7), le corps mystique dont les membres sont les fidèles, rachetés par lui (i, 15 sq), la pierre spirituelle dont les Israélites ont bu l'eau jaillissant au désert (10, 4), le chef de l'homme^ (11, 3), le dispensateur des charismes, qui, d'après Isaïe, devaient se reposer sur lui. Ces charismes, assurément, n'étaient point chose adventice en la personne du Christ, en qui réside toute la substance de l'Esprit divin. Mais lorsqu'apparut dans la chair Jésus, ileur sortie de la tige de Jessé, le cours normal des opérations de grâce s'arrêta chez les Juifs ; le ministère de Jean marque la fin de la Loi et des prophètes; Jésus, concentrant en lui-même tous les charismes, les répandra, comme don de joyeux avènement, après son entrée dans la gloire. (Cf. Ps. 67, 19; Joël 2, 28-29). Que l'on compare l'énumération des charismes dans Isaïe (11) et dans saint Paul (12, 8-11) : l'accord est parfait.
La résurrection du Christ '' est le type de la nôtre f 15, 22 sq). Désormais il règne, par la puissance du Dieu vengeur qui a mis ses ennemis sous ses pieds (15, 25-27; cf. Ps. 109; 8, 7; 71). Nouvel Adam "% il ranimera ceux qu'a tués le premier Adam, ceux du moins qui, en fuyant les œuvres terrestres, les œuvres de chair et de sang, se seront réformés à l'image de l'homme céleste, et auront mérité la transfiguration glorieuse (15, 45-55).
En résumant ce commentaire, nous l'avons allégé de ce qu^ n'est qu'accessoire à la donnée christologique.
l.Par les princes de ce monde. Tertullien entend les puissants de ce monde, Juifs et Romains, auteurs de la passion du Christ. Sur Icxégèse de ce verset, voir ch. V, [1 3, p. 246.