c.C. 10; cf. Val
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les valenliniens, manifester son âme invisible; il voulait la montrer naissant, mourant, enfin ressuscitant; pour cela, il devait en faire un corps. C'est à peu près comme si, pour briller, l'on sentourait de ténèbres. Tertullien <^oûte d'autant moins ce changement de l'âme en corps que, d'après sa philosophie, tout ce qui existe est corps ^ ; l'âme du Christ est ellemême un corps, de nature spéciale. Pour invisible qu'on le suppose, fallait-il, afin de le rendre visible, le dénaturer ou le travestir? Nul, voulant montrer un corps, ne s'avisera de le masquer. Or le Christ n'eût pas fait autre chose en donnant à son âme les apparences de la chair. Quand même cette âme serait incorporelle, fallait-il, pour la manifester, la voiler sous des dehors menteurs, produisant invinciblement l'illusion de l'humanité? Non, ce n'est pas ainsi qu'on doit concevoir le Christ : homme, il portait en lui une âme comme les nôtres, non point transformée en chair, mais bien revêtue de chair.
Les valentiniens reviennent à la charge ^ : le Christ, disentils, a voulu révéler lame humaine à elle-même, par le moyen de la chair. Vous oubliez, répond Tertullien que tout l'homme est âme. Sans âme, nous sommes moins qu'un homme, un cadavre. Or tout l'être de l'âme, c'est de sentir ou de connaître). Comment donc l'âme pourrait-elle s'ignorer elle-même, l'âme humaine surtout, seule raisonnable par nature? elle qui connaît naturellement son Auteur, qui connaît sa destinée immortelle? Ces connaissances innées de l'âme humaine sont le sujet du livre De testimonio animae : Tertullien y renvoie son lecteur. 11 conclut : ce que le Christ est venu révéler à l'âme, ce n'est point l'âme elle-même, c'est le salut. Donc ne parlons plus de caro animalis. Après avoir changé l'âme en corps, les valentiniens n'ont plus qu'à changer le corps en âme^, et la confusion sera complète. Si l'on ne peut plus se fier aux mots, si l'âme est corps et si le corps est âme, il faut désespérer des idées. En réalité, il n'est pas plus question d'âme-chair que de chair-âme. Dans le Christ, comme en nous, l'âme était âme et