Ap. II
3. Le fragment de Fulda, ('dite en 1597 parFr. Juiiius d'après un manuscrit ujourd'hui perdu, présente des données quelque peu différentes. Moïse aurait vécu 3<X") ans avant l'arrivée de Danaûs à Argos, 1<M)0 ans avant la guerre de Troie, donc bien avant Saturne qui, avec les Titans attaquait .lupiter 320 ans seulement avant la chute do Troie. Le derniei- des prophètes, Zacharie, est contemporain de Thaïes, Crésus et Solon. — L"authonticitc de ce fragment a été souvent niée; voir Paul de Lagarde, (iolUny. Gesellschaf'l der U'issensch. /itsl. p/iilolo;/. A'lasse,t. 37 (1891) p. 77 sq. llavercamp, éditeur de l'Apologétique (Leyde 1718) considère cette page comme une rédaction définitive, préparée par Tertullien en vue d'une nouvelle édition. Récemment, on a fait ressortir l'excellence du manuscrit de Fulda; voir C. Callewaert. dans Revue d'histoire et de littcrature religieuse, 1902, p. 322-353.
l'ItOPHI-TIES MESSIANIQUES. 7
le roi Juba, Apion, Thallus et autres, le Juif Josèphc. si versé dans les antiquités de sa nation ; consulter aussi les chrono- ^raphes grecs, passer en revue toute l'histoire du monde.
Les chitTres donnés par Tertullien prouvent seulement que l'érudition alexandrine. dont il relevait, était parfois bien courte ^ ; on n'avait pas encore déroulé les annales de l'Kgypte et de l'Assyrie, et tel détail, qui nous fait sourire, n'éveillait pas la défiance du lecteur grec ou romain -. Quoi qu'il en soit de leur valeur absolue, ces assertions relatives à l'antiquité des Ecritures devaient faire impression sur les esprits, et atteignaient le but visé par l'apologiste.
Beaucoup plus grave est la question d'autorité divine ou d'inspiration 3; et si l'on accorde ce dernier point, Tertullien est prêt à laisser de côté la chronologie. La grande preuve qu'il apporte, c'est la réalisation des prophéties. Ces fléaux qui se multiplient par le monde, ces villes que la terre dévore, ces îles que la mer engloutit, ces guerres civiles et étrangères, ces chocs de royaumes contre royaumes, ces famines, ces épidémies, tous ces désastres locaux qui causent tant de morts, ces révolutions politiques qui élèvent les humbles et abaissent les grands, cet affaissement général de la justice, ce progrès de l'iniquité, cette torpeur pour le bien, ce désordre même dans le cours des saisons et dans les éléments, ces monstres et ces prodiges qui dérogent aux lois de la nature, ne sont-ils pas l'accomplissement des oracles prophétiques? Les chrétiens, qui les ont chaque jour sous les yeux, y reconnaissent la véracité de leurs Écritures, et voient dans cette véracité le cachet du divin''; ils s'enhardissent à croire des prophètes si souvent justifiés par les faits,
1. Philon est un exemple illustre de cette ignorance. Voir Jean Réville. Le Lof)os d'après PIt'dond' Alexandrie (Genève 1877). p. 14 s(|.
2. Les chinVcs do saint Justin (1 Ap. 'M) no sont pas moins fantaisistes. Il attribue aux prophotos 5("KJ0, :50fiO. 20<tfl, 1(«H) ouSUO ans avant le Christ ; cà David 1.0<M) (ib. \i). — Une chronologie beaucoup plus s('riouso est c(>llc de Tation (Disc, aux (Irccs, 31; 3041) qui a intorrooé, outre l'antiquité grecque, r-olles do la Cliald<'M% (h^ la Phénicio et do l'Égypto, et prouve solidement l'antériorité de Moïse à toute littérature grecque. Voir encore saint Théophile d'Antioche, Ad Aulolycum, 3, 1<>29.