‹ La théologie de TertullienChapitre 223 sur 455 · Ib · texte numérisé non relu

Ib

l'ÉCRITUUE. • — EXÉGÈSE. 247

dkahit cujus sunl et Icx el ipsa nalura, quae legis est inslar ignoranl'ibus fcgem. Judicabit aulem quomodo? Secundum Evangelium, inquit^ per ChristioH. D'après cette explication, l'Évangile serait le code d'après lequel Dieu jugera tant les Juifs, sujets do la Loi. que les Gentils, à qui la nature tient lieu de Loi. Pareille justice serait évideniuient arbitraire, car seuls les sujets de l'Evangile peuvent être jugés selon FEvangile; et il faut voir dans les mots : secundum Evangelium. non l'indication du code qu réglera le jugement divin, mais un rappel de l'autorité sur laquelle s'appuie saint Daul. Le grée porte : xa-rà tô sùaYyÉ^îôv (jlou, Vulg. secundum Evangelium meum. Il y a lieu de ci'oire que, dans la pensée de l'Apôtre, le mot important est occulta hominum. L'idée de juger les actes secrets devait être nouvelle pour bien des esprits, et c'est pourquoi saint Pau éprouve le besoin de s'appuver sur son Évangile. Voir Cornely, in h. l., p,

2 Cor. 4, 4 '. — //; quibus deus aevi hujus excaecavil mentes infidelium. Jlarcion joignait les mots : deus aevi hujus, et voulait qu'il fût question du Créateur. Tertullien, pour ûter à l'hérésie l'appui de ce texte, admet un liyperbate, et joint : mentes infidelium aevi hujus ; il s'agirait des infidèles de ce siècle, c'est-à-dire des .Juifs. L'interprétation n'est pas nouvelle: on la trouve déjà dans saint Irénée (o, 7, 1); saint Augustin (o. Faust. 21, 2) la signale comme plus conmiune chez les Latins. Jlais elle fait au texte une violence inutile. Tertullien lui-même a senti qu'il était plus simple de s'en tenir à la construction de Marcion, en appliquant les mots deus aevi hujus, non pas au dieu marcionite, mais au d(''mon. [Simplicioriresponso prae manu erit esse hujus aevi dominum cliabolum înlerpretari, qui dixerit, prophela refcvenle (Is. 14, 11) : Ero similis AUissimi, ponam in nubibus thronum meum). De fait le démon est appelé plusieurs fois, dans le N. T., prince de ce monde (.Joan. 12, 31; 14, 30; 16, 11; Eph. 2, 2; G, 12: 1 Cor. 2, 0). Cette dernière interprétation, connue de saint Augustin (c. Faust. 21, 9; adv. leg. et pjroph. 2, 7), défendue par saint Cyrille d'Alexandrie et par saint Thomas (l" 1" q. 0.5 a. 1), a décidément prévalu.

La tendance qui domine dans Texégèse de Tertullien çst un réalisme parfois outré qui lui t'ait prendre toutes choses dans un sens matériel, sinon matérialiste, et, selon le mot de Bossuet, corporaliser les choses divines. En même temps qu'elle est réaliste à l'excès, cette exégèse est étrangement verbale, c'est-à-dire s'attaclie aux mots, sans toujours pénétrer le sens. Double tendance bien marquée dans les passages suivants :

Gen. 1.2'-. — Spiri/us Domini super uquas ferehalur. Dans ce texte, Tertullien fait ûo Spiritus Domini tantôt l'Esprit divin et tantôt une ci'éa-

248 rHi:<)LOf;ii: de TEitrui.LrEX.

turc. La picmiùro intcrini-tation so rencontre B. .'i : Habes, /wmo. imjniinis aetalem venerar't aqiico-ym, quod anliqua subslanda : deltinc dif/nnlionem, quod divini SpirUus sede^, ijratiur se. céleris lune elemenlis. Sam... ^olus liquor, semper maleria per/'eeta, laela, simplex, de suo puva,digmim veelaeulum Deo subieiebat... — ili.. 4 : lUn jam lune eliani ipso habilu praenolabanl ad baplisad ftijuram Dei Sjihitum, qui ab inilio superveelabalur super aquas, super aquas inlinctorum moralurum. Sanclum autem ulique super sanclum ferebalur, cl ab eo quod super fer ebalur id quod ferebal sanclilalem muluabatur... Igiluromnes aquae de prisiina origituspraerogaliva sacrajiienlum sanclificalionis consequonlur, invocalo Deo. Supervenil enim slaiim Spirilus de caelis et aquis superesl sanclificans easde semelipso, el ila sanclificatae vim sa^xctiftcandi coi/ibilmnl. — Au contraire, H. 30 : SingiUatim definiens tenebras, abyssuni, spirilum Dei, aquas, nihil conl'usum nec in confusione incerlum aeslimare facit lam diversa relalio cerloruiit el dislinctoni.m elernentoimm. Hoc. quidem ampilius, cum silus projjrios eis adscribil. lenebras super abyssum, spirilum super aquas. negavit confusionem substanliarum, quarum demonstrando disposilionem demons- IravileliamdisUnclioneiii. V\\js clairement, ib., 32 : Eum spirilum condilum oslendens, qui in lerras condilas depmlabalur, qui super aquas ferebalur, libralor el udflalor el animalor universitalis, non, ut quidam pulanl, ipsum Deum significans spirilum, quia Deiis spirilus : neque enim aquae Dominum suslinere sufficerenl. — Dans les fluctuations de cette exégèse sur les mots Spirilus Domini (□'H'iN n*"l), une chose demeure constante: c'est la tendance à réaliser sous une forme concrète et matérielle les concepts de Dieu et des choses divines.

Gen. 2, 7'. — El flavil Deus flalum vilac in fa.ciem hominis, el faclus csl homo in animant vivam. TertulUen maintient ce texte contre Hermogène, qui substituait au mot ftalus le mot spirilus. Il consent bien, en vue d'un o1>jet particulier, à désigner l'ànie par le nom de .«/)/ritus (An. 10, fin : lia cum de anima el spjirilu agilur, ipsa eril anima spArHus.sicul ipsa dies lux. Ipsum esl enim quid per quod est quid). Mais cette manière de parler le satisfait mal. .[n. II : Sed ut animam spùrilum dicam, praesenlis cjuacslionis ratio compeltil, quia spirare alii subslanliae adscribilur. Hoc dum animae vindicamus, quam unifo)mem el simpUcem agnosci/nus, spirilum necesse est cerla condicione dicamus, non status nomine, sedac lus. nec subslanliae tilulo, sed opjcrae, quia spiral, non quia spnrilus proprie esl. Cette distinction entre fkilu^ (principe substantiel;, et spirilus (acte de la respiration ou de la vie), Tcrtuliien la poui'suit à travers deux textes d'isaïe (Is. .57, IG et 42, 5).

Is. 57, IG - : Spirilus ex me pjrodivil, el flalum omnem ego feci. — Ib. 42, 5 : Qui dédit flalum ptopulo super lerram el spirilum calcanlibuseam. — Le pro-phète montre ici Dieu animant tout de son souffle, et donnant à tous les êtres la vie. Les Septante avaient rendu l'hébreu ÎTII par TrvsOjAa, l'hébreu

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