‹ La théologie de TertullienChapitre 236 sur 455 · Paen · texte numérisé non relu

Paen

ACTES HUiMAIXS. 2G3

qu'il lui faut fuir ce que Dieu défend. Un Ktre si parfait ne saurait haïr que le mal. Or les péchés sont de deux sortes ; péchés extérieurs, consommés avec l'aide du corps; péchés intérieurs, ou de l'àme. L'homme, composé de deux substances, peut offenser Dieu par l'une comme par l'autre; et le plus ou moins de gravité des péchés ne se mesure pas précisément par la distinction des substances : car l'homme est un, et il appartient à Dieu. Le corps pétri par la main de Dieu, l'âme formée par son souffle, lui appartiennent à un titre égal ; à un titre égal, les fautes de l'un et de l'autre offensent leur Seigneur. Associés dans la vie, dans la mort et dans la résurrection, solidaires l'un de l'autre, le corps et l'âme encourent ensemble une responsabilité commune : ensemble ils subiront un même jugement. L'homme ne voit que les apparences ; mais Dieu pénètre les replis les plus cachés, et sa justice ne sait pas fermer les yeux. La racine du mal est dans la volonté. Une fois la part faite du hasard, de la nécessité, de l'ignorance, tout le reste procède de la volonté. Elle est la grande responsable, comme elle fut la grande coupable. Les difficultés extérieures, c|ui peuvent entraver ses ordres, ne sauraient la justifier : car elle répond d'elle-même, et l'avortement de ses desseins n'excuse pas les actes qu'elle a posés. Le perfectionnement apporté par Jésus- Christ à la Loi consiste précisément dans la réprobation des fautes de la volonté. Ilqualifie d'adultère un regard passionné : tant il est vrai que la simple représentation mentale du péché constitue un péril, où trop souvent la volonté succomi^e. Goûter intérieui'ement le plaisir inhérent au mal, c'est déjà le commettre. Ne dites pas : ce n'est qu'un désir; car on ne doit pas s'arrêter entre le vouloir et l'acte. Vous-même en conviendrez : s"agit-il du bien? Un bon désir ne suffit pas. S'agit-il du mal? Le désir même est de trop

Cette page ^\\ De paenitenlia renferme une théorie complète des actes humains : Tertullien a su fondre, dans une forte synthèse, tous ces traits épars dans le N. T. : la Loi divine, raison suprême de l'obligation morale; la conscience, interprète imnK'dial du devoir; le libre arbitre, principe de mérite ou de démérite; la solidarité du corps et de l'âme, fondée sur l'unité du composé humain; leur association pour la récompense ou

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le châtiment, aussi bien que pour l'épreuve; rexcellencedelalui chrétienne, qui règ-le les plus secrets mouvements du cœur.

Il Y a des occasions où Dieu commande; il y en a d'autres où il conseille. Le bien qu'il permet seulement à défaut d'un bien meilleur, n'est pas pleinement un l)ien, et la tolérance que Dieu lui accorde n'empêche pas qu'il ne préfère le bien meilleure Une heure viendra où, rétractant des distinctions suffisamment nettes dans ses anciens écrits, Tertullien méconnaîtra la volonté permissive, et transformera le conseil divin en précepte positif.

Nous aurons à revenir sur plusieurs de ces points. INIais d'abord il nous faut reprendre à son origine Ihistoire morale de l'humanité.

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