‹ La théologie de TertullienChapitre 240 sur 455 · PÉCHÉ ORIGINEL. 2G · texte numérisé non relu

PÉCHÉ ORIGINEL. 2G

ché originel, il ne faut pas chercher l'analyse profonde des scolastiques, qui écarteront tous les accessoires de ce péché pour pousser jusqu'à l'essence et montrer en quoi consiste précisément le mal héréditaire des fils d'Adam : non dans une tare positive de la nature, mais dans une simple privation, dans la soustraction d'un frein surnaturel qui, chez l'homme innocent, eût assuré le plein empire de la raison sur les facultés sensibles'. Avec moins de pénétration, Tertullien se borne à considérer le péché originel dans sa réalité concrète, y englobant toutes ces révoltes des sens, que le péché traîne à sa suite. Ce point de vue concret, qui sera encore celui de saint Augustin-, laisse intacte la question métaphysique. D'ailleurs Tertullien admet avec l'Apôtre (Rom. 8) la régénération parfaite de l'homme par le Christ. S'il ne dislingue pas encore nettement la coulpe originelle, remise par le baptême, du désordre causé par cette coulpe, et xjui subsiste après le baptême^, du moins il revendique énergiquement, à rencontre de divers hérétiques, le salut pour le corps même, à condition que le corps obéisse à la loi de l'Esprit ''. S'il a eu quelque peine à se dégager de l'anthropologie platonicienne, il rencontre néanmoins les éléments d'une solution vraie, et le réalisme puissant de l'expression ne doit pas faire prendre le change sur la rectitude essentielle de sa pensée.

La régénération, telle qu'il la décrit"', comprend deux phases : la purification de lame par l'eau baptismale, et la venue du Saint-Esprit. La première phase répond au baptême, la seconde à la confirmation, qui, dans la liturgie primitive, ne se détache pas encore du baptême. D'ailleurs, le Saint-Esprit

1. Saint Thomas, 7. 1 de malo, a. i corj/.. ad 4., <(d H: //* '2, d. 30, a. 3; 1-^ •>'-. q. 82 a. 3.

2. Textes réunis par le P. Chr. Pcscli, l'iaelecCtonea doijmaticae, t. 3 (Fribourg, IST)), % 2Gô.

3. Distinction fort nette chez saint Augustin, v. g. c. JuUanum, 6, 13 : Attende qiiod dico : gratia perfectc hoinincni novum facit, quandoquidciu et ad corporis iniuiortalitatcin plenaniquc felicitatem ipsa iterducit. Xunc etiam perfecte innovât liominein, quantum altinct ad liluM'ationem ab ouinibus peccatis, non quantum ad liberationcm ab omnibus malis.

1. Ainsi /?. IG : In carne constitutis, secundum Spii'itum tamcn degeutibus, saliis rcpromiflitur.

2G8 TIlKOL0(;il' DE TKKTl'LLIEX.

habite normalement dans l'âme régénérée ^ Ainsi en était-il du temps même de Noire-Seigneur : la prédication de Jean Baptiste avait déjà pour but de préparer à l'Esprit-Saint une demeure pure. A propos de ce texte : DU estis Ps. 81, (i; cf. Joan. 10, 34), Tertullien montre dans la vie de grâce une participation de la créature à la vie divine-. Cette participation comporte une mesure variable de charismes, tels que le don de prophétie et le don des miracles (Cf. Is. 11; 1 Cor. 12)^. Dès avant l'époque montaniste, la théologie de Tertullien assigne un grand rôle aux charismes '' ; dans la dernière période, ce rôle grandira démesurément. S'il met Marcion au détî de montrer des charismes dans sa secte, c'est qu'il y voit l'apanage exclusif et comme le signe distinctif de la vérité ^.

Nous reviendrons encore sur le péché originel et la justification, à propos du baptême.

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