‹ La théologie de TertullienChapitre 265 sur 455 · Ib · texte numérisé non relu

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rencontre des choses agréables, et môme honnêtes, on n'en peut disconvenir : c'est le miel dont le diable assaisonne un breuvage de mort. Pour enchanteresse que soit la coupe, elle n'en est pas moins empoisonnée.

Les deux livres sur la toilette des femmes sont également pleins d'intérêt pour le moraliste. S'il y avait, dit Tertullien', autant de foi sur terre qu'il y a au ciel de gloire en perspective pour la foi, les femmes ne seraient occupées qu'à faire pénitence pour la faute d'Eve. Mais la sentence divine qui pèse sur le sexe faible ne lui dessille pas les yeux : la femme demeure ce qu'elle fut dès le commencement, la porte du diable, diaboli janua, la séductrice de l'homme. Ces colifichets du luxe, qu'Eve ignorait avant sa chute, continuent de tenter les filles d'Eve. Et qui donc inventa le luxe-, sinon les mauvais anges, jadis séduits par des femmes, et ainsi tombés du cieP? Ils induisent les femmes à une vanité d'où naissent mille fautes. Destinées à juger ces anges, les chrétiennes doivent se garder de leurs pièges : sinon, ce sera aux anges déchus de les juger. Les parures féminines peuvent se répartir en deux catégories : cultus et ornatus. Cultus, c'est le vêtement, avec ses accessoires : bijoux, etc., compris sous le nom générique de mundus muliebris^. Ornatus désigne le soin de la personne, la coiffure et tout l'arsenal du parfumeur, pour lequel Tertullien crée un nom intraduisible : immundus inuliebris. De ces deux genres de parure, le premier sert l'ambition, l'autre sert la prostitution. — Qu'est-ce, après tout, que l'or et l'argent-'? Des métaux comme les autres, arrachés à la terre au prix d'un travail maudit, et moins utiles que le fer ou l'airain. Que sont les pierres

i. Ib. 2.

3. Sur cotte légende, et sur le livre d'IIénoch où Tertullien la lisait, voir c. III, ? 3, p. 156; c. V, C 3, p. 225. — Ilénoch, 8.

4. 1 C. /'. 4. — On rencontre aussi divers détails de toilette (étoffes voyantes, peignes lins, poudre dentifrice, soin des ongles et du visage), Paen. 11 : Num ergo in coccino et tyrio pro delictis supplicare nos condecet? Cedo acum crinibus distlnguendis et pulverem dentibuselimandis et bisulcum aliquid ferri vel aeris unguibus repastinandis, si quid (Icti nitoris, si quid coacti ruboris in labia aut gênas urgeat.

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précieuses'? Des cailloux un peu plus durs. Les perlesy Des verrues de coquillages. A moins que ce ne soient des os frontaux de serpents : quel ornement pour latiMc d'une clirétienn*', qui doit fouler aux pieds le serpent infernal! On estime ces objets pour leur rareté ^ ; là oi^i ils abondent, ils sont de nul prix, el des barljares prodig-uent l'or et les ])erles pour les entraves des esclaves, sur la gaine des épées, jusque sur les chaussures. Leur rareté seule fait qu'on les recherche. Les mêmes couleurs ■* qui, parmi nous, passent pour précieuses, alors sont vulgaires. Et cette peine qu'on prend de teindre les étoffes, n'est-elle pas une sorte d'adultère, une profanation du don divin? La matière vient de Dieu, sans doute; mais un pareil usage ne peut venir que du démon. Ainsi les vains spectacles, ainsi l'idolâtrie abusent-ils de dons divins. Par un étrange renversement de l'ordre providentiel, on s'attache aux objets d'autant plus que Dieu nous les a refusés pour les donner à d'autres pays. Et le désir d'avoir, enflammé par l'ambition, engendre des abus monstrueux. Une femme vaine porte sur soi non seulement des patrimoines, mais des forêts et des îles.

Le ton du moraliste se fait pressant' pour détourner les femmes chrétiennes — ancillae Dei snvi, conservae et sorores meae — d'autres abus non moins coupables et plus humiliants. La chasteté, salut des femmes et même des hommes, doit resplendir dans l'extérieur, car les chrétiens sont les temples du Saint-Esprit. Vertu délicate, elle exige, non seulement l'absence de tout désordre moral, mais une tenue simple et décente. Il faut laisser aux femmes pa'iennes, ignorantes de la vraie vertu, les dehors séducteurs. Pour une chrétienne^, le désir de plaire est non seulement blâmable, mais exécrable. Deux fois exécrable, et parce qu'il souille Fàme, ou du moins ouvre la porte aux tentations'', et parce qu'il peut devenir pour autrui une occa-

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