‹ La théologie de TertullienChapitre 278 sur 455 · Or · texte numérisé non relu

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OHAISOX DOMINICALE. 303

mais béni et sanctifié par les anges, puisse-t-il l'être aussi par nous, candidats à la vie des ang-es. Tel est l'objet de notre prière. Que le nom de Dieu soit sanctifié en nous, qu'il le soit en tous.

Fiat i'olunlas tua in caelis et in terra ' . — Bien que la volonté de Dieu soit irrésistible, il 5: a lieu de prier pour qu'elle ait son plein effet dans tous les hommes. Le ciel et la terre figurent ici les hommes, composés d'une àme et d'un corps. Or, à parler sans figure, nous prions pour que cette volonté ait son effet sur terre, afin de l'avoir au ciel : nous demandons à Dieu de mettre en nous sa volonté, avec la force de l'accomplir : substantiam et facilita te m ^>oliintatis suae subininistret nobis. C'est la condition de notre salut. Le Christ est venu ici-bas pour accomplir la volonté de son Père (Joan. 6, 38). Son exemple nous apprend à lutter et à souffrir, au besoin jusqu'à la mort, pour obéir à Dieu. Lui-même ne demandait pas autre chose dans son agonie iLuc. 22, 42 .

Veniat regniun tuum '-. — Le règne de Dieu, c'est le plein accomplissement de sa volonté en nous à la fin des temps. Quelle n'est pas la folie de ceux qui font des vœux pour la durée du siècle ! Souhaitons plutôt l'avènement de notre royauté, la fin de notre esclavage. Avec les martyrs, dont le sang crie vengeance au ciel (Apoc. 6, 10), redisons : Qu'il arrive. Seigneur, votre règne, espoir des chrétiens, confusion des Gentils, joie des anges !

Panem noslritm qiiotidiannni da nobis hodie ^. — Après les demandes qui concernent le ciel, celles qui concernent la terre.

1. Vv. 1. Ou remarquera que Tertulliou iutorvci-tit cotte dcuiaude du l'atcr et la suivante.

•2. Ib. 5. — TertuUien tenait un langage tout différent, Ap. 3!J : Oranius... i)ro niora finis. C'est qu'alors, s 'adressant aux magistrats de l'empire, il parlait en citoyen. Les chrétiens considéraient assez gén('ralenient le sort du monde comme lié à celui de l'empire; Ap. 32 : Yim maximaiu universo orbi imminentem ipsani(|ueclausulani saeculi acerbitates horrendas comminantem romani imperii commeatu scimus retardari. Leur patriotisme ne pouvait que souhaiter longue dun'-e à l'un et à l'autre. Mais dans le De oraiiune, au lieu du citoyen, nous (Mitendons l'ascète, et bien qu'une grande distance le séi)are du monfanisme, on saisit déjà les premiers symptômes de l'évolution qui se fera dans son esprit. ' :!. Or. 6. — Cf. Jej. 15.

304 TiiiioLO(;iE de teutulliex.

Nous prions pour demeurer unis au Christ, pain de vie, et spécialement pain eucharistique '.Déplus, nous prions pour obtenir le pain du corps. Le pain sullit aux fidèles; nous ne demandons que le pain, et pour aujourd'hui seulement, abandonnant à Dieu le lendemain (Mat. 0, 34).

Dimitte nobis débita nostra '-. — Coupables, nous implorons le pardon divin. C'est là une e.vomologesis. Elle est confiante, car nous savons Dieu plein de miséricorde; elle est généreuse, car, à son exemple, nous pardonnons les premiers, selon l'esprit de l'Évangile (Mat. 5, 25; Luc. G. 37; Mat. 18, 21).

Ne nos l'jiducas in tentationeni ^. — Nous prions Dieu de ne pas nous laisser succomber à la tentation. La tentation proprement dite a pour auteur le démon. Dieu, sans doute, éprouve parfois ses serviteurs : ainsi éprouva-t-il la fidélité d'Abraham, non sans dessein de préparer les voies au précepte qui oblige de préférer Dieu à ses proches. Les disciples abandonnèrent le Seigneur dans la tentation, jiour s'être laissés aller au sommeil, au lieu de prier comme il le leur avait recommandé (Luc. 22, 46 . Aussi prions-nous Dieu de nous éloigner du mal :

Sed develie nos a inalo.

Tertullien résume l'oraison dominicale '• : Que de choses en ces quelques mots! Hommage à Dieu le Père, attestation de la foiensounom, offrande de soumission à sa volonté, acte despérance en son règne, imploration du pain de vie, humble aveu des fautes, appel au secours divin contre les tentations. Et quoi d'étonnant? 11 n'appartenait qu'à Dieu d'enseigner comment il veut qu'on le prie. Ainsi cette prière, composée par lui-même, animée de son esjirit, dès l'instant où elle s'échappait des lèvres du Christ, montait au ciel comme une re quête privilégiée portant au Père les vœux dictés par le Fils.

Toutefois, en prescrivant cette formule de prière ^, le Sei-

1. Tum quod et corpus ojus in pane censetur. Voir, sur ce texte, ci-dessous, § 6, p. 365.

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