‹ La théologie de TertullienChapitre 28 sur 455 · Ou trouvera (luolquos exemples au c. V, S · texte numérisé non relu

Ou trouvera (luolquos exemples au c. V, S

MIRACLES HVAXGÉLIQL'ES. 23

s'éclairent l'un l'autre *. L'aveugle de Jéricho a salué Jésus fils de David (Luc. 18, 38), et Jésus, après avoir guéri cet homme, passe outre. A quelque temps de là, Jésus demande aux scribes : « Ne dit-on pas que le Christ doit être fils de David? Or David dit en un psaume Ps. 109, 1) : le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu'à ce que je mette vos ennemis sous vos pieds. David appelle le Christ son Seigneur : comment donc est-il son filsV Luc. 20, 41. 42). » C'était inviter ses auditeurs à réfléchir sur sa personne et sa mission. Le miracle avait décelé en lui quelque chose de surhumain; l'Ecriture montrait dans le Messie plus qu'un homme : l'identification devait se présenter d'elle-même à un esprit droit. Les deux scènes évangéliques s'éclairent l'une l'autre, et ensemble prouvent contre Marcion que Jésus est bien le Christ des prophètes.

Les Juifs devaient avoir l'esprit ouvert surtout aux oracles messianiques, et Tertullien en use contre eux comme d'un argument ad hominein. Ce n'est pas qu'à l'occasion il ne recoure à l'Evangile : le souvenir des miracles de Jésus, que leurs pères n'avaient pu nier, restait attaché au flanc des Juifs comme un fer aigu, qu'il ne se fait pas faute de retourner dans la plaie. Ces miracles, dit-il. qu'lsaïe avait prédits (Is. 35,5), que le Christ a opérés, vous en doutiez si peu que vous lui reprochiez de les faire le jour du sabbat : et pour cela vous vouliez le lapider'-. — Mais la controverse juive n'est qu'une faible part de son œuvre.

Restent les écrits apologétiques destinés aux païens. Sans accepter la contradiction d'adversaires qui n'ont pas lu l'Evangile. Tertullien maintient avec une vigueur inflexible ce témoignage du miracle, qu'aucune négation ne saurait infirmer. Les miracles du Christ sont évidents, nombreux, entourés des garanties les plus irrécusables ■^ On l'a vu cliasser d'un mot les

•2. .Jud. 9, lin.

o. Tortiillicn iiicntiniino à deux i'(>]»ris('s \Apol. 5 et 21) un lajjporlr otlieiol adrosst' à Tiln'-rc ))ar l'onco Pilate sur la vio, la nioit et les miraclfs <lu Clirist. La seconde (ois il ajoute (lue i'ilale «■tait chrt'tioii de conviction loi's(ju'il c'ci'ivit ce rapport : Ea nninia super Chrinto Pilaiua, et ipse

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démons, rendre la vue aux aveugles, la sanlû aux lépreux, le mouvement aux paralytiques, la vie aux morts, commander même aux éléments, apaiser les tempêtes, marcher sur les Ilots, montrer par tant de signes qu'il est le Verbe éternel de Dieu '. 11 y avait assurément, dans celte tranquille affirmation, de quoi frapper les païens et inviter à la réllexion les hommes de bonne foi.

Mais si les miracles du Christ sont incontestables, était-il aussi évident que Dieu même en fût l'auteur? Ne lit-on pas dans l'Ecriture qu'il doit surgir de faux Christs, investis d'un pouvoir extraordinaire -V et comment disting'uer des prestig-es de ces imposteurs les œuvres authentiques de Dieu y Quelqu'un s'avisera peut-être, pour établir le caractère transcendant des miracles du Christ, de revendiquer pour eux le bénéfice de la priorité. Mauvaise raison, dit ïertullien. Veuton que le Christ se distingue entre les thaumaturges par droit de premier occupant, comme ceux qui se hâtent d'arriver aux bains pour prendre les places? Non, il y a mieux à dire pour rehausser les miracles évangéliques. Letir meilleure garantie

jam pro sua conscienlia chrinlianxs. Caesari ium Tiherio nunliavit. Qu'un tel document ait existé, on n'a pas le droit de le nier a priori ; mais il n'a laissé dans l'histoire qu'une trace douteuse. Nous jiossédons une prétendue lettre de Pilate à Claude — et non à Tibère — (texte grec dans Tiscliendorf, Acla aposlol. apocryp/ia, ]). li). ou dans Lipsius. Aria aposlol. apocrypha, 1, p. 196; texte latin dans Tischeiulort', Evangelia apocvypha. p. 413). Cette pièce répond exactement — trop exactement — aux indications de Tertullien, et son caractère ajiocryplie ne fait aucun doute. Elle a dû être composée, au quatrième ou au cinquième siècle, à l'aide du c. 21 de l'Apologétique, dont elle suit presque tous les développements. Selon une sup]iosition vraisend3lable(voirHarnack, Chronolugie ilerA.C. L. t. l (1897), p. 008), le texte grec nous aurait conservé, à quelques mots près, un lambeau de la version grecque de l'Apologétique, signalée par Eusèbe (H. E. 2, 2. A et passim). Le texte latin n'est qu'une traduction. Eusèbe avoue que la tradition ecclé'siastique ne lui a rien appris sur des actes autiientiques de Pilate. Saint Justin en parle à trois repi-ises (l ApiA. 32. 38. 48). L'accord de ces ti'-moignages avec celui de Tei-tuliien donne à l)enser qu'ici, comme si souvent ailleurs. Justin est la source unique de Tertullien. Du moins est-il sur que ni l'un ni l'autre apologiste ne cite le texte des Acia Pilati : on ne peut donc affirmer qu'ils les aient lus. — Voir F. C. Conybeai-e, Acla l'ilati. dans Shniia biblica 1. 3 (Oxford, 1896), ]). 59 sq.

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est leur conformité avec les miracles de l'A. T. Dieu avait l)réludé, par ses prophètes, aux œuvres merveilleuses de son Christ; les manifestations de la puissance divine forment les anneaux d'une même chaîne, et l'accord des deux Testaments prouve mieux que tout le reste que Jésus est bien le Christ prédit par les prophètes; et ici nous touchons au caractère le plus original de l'argument du miracle, tel que le présente Tertullien : il ne veut pas qu'on lisole de la prophétie, les deux Testaments devant se servir mutuellement de commentaire. Entre les miracles évangéliques. une place hors ligne appartient à la résurrection du Christ \ Jésus y avait d'ailleurs préludé par d'autres résurrections; mais celle-ci prime évidemment. A ce fait fondamental du christianisme, il ne manque rien : ni une préface prophétique -, ni la prédiction plus explicite et réitérée du Christ lui-même, ni une constatation éclatante. Les anges l'ont annoncée aux saintes femmes; Jésus en personne se montre aux disciples d'Emmaiis. il leur reproche leur lenteur à croire en la parole des prophètes et en sa propre parole, il se fait voir et toucher des plus incrédules, il leur fait observer qu'un esprit n'a point, comme lui, une chair et des os ^ (Luc. 24, 39 . il mange avec eux. La résurrection corporelle du Christ ne pouvait être prouvée par des arguments plus décisifs : Tertullien clôt par cette constatation la lutte qu'il vient de soutenir, l'Evangile en main, contre le docétisme de Marcion.

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