AGAPE
promiscuité infâme. Un autre ouvrage fournit encore un trait précis ^ : comment un mari païen verra-t-il sans inquiétude sa femme se rendre à ce repas dominical, si mal famé? C'est bien toujours du même repas qu'il s'agit; et nous apprenons que l'agape se célébrait le soir du dimanche. Enfin relevons dans un écrit montaniste un sarcasme à l'adresse des catholiques. Jej. 17 : Apnd te agape in caccabis fevi'et, fides in culinis ^ calet, spes in fercidis jacet. Sed majoris est agape, quia per hanc adulescentes tiii riini sororibus donniunt. Tertullien a oublié ses anciennes protestations, et l'apologiste se fait accusateur, en jouant sur le double sens du mot agape -K Fondée ou non. son accusation suppose que dans l'agape chrétienne la gastronomie pouvait s'introduire, et à sa suite la luxure ''.
Ces traits conviennent-ils, comme on Ta pu croire, à la célébration de l'Eucharistie? Voyons comment Tertullien parle de ce mystère. L'Eucharistie n'était pas exclusivement réservée au dimanche, ni au soir : on la célébrait aussi dans la matinée"', particulièrement les jours de station, c'est-à-dire
1. 2 Ux. 4 : Qiiis (maritus gentilis) noctuniis convocationibiis, si ita oportuerit, a latcre suo adimi libonter fei'ct? Quis deniquo sollemnibus Paschae abnoctantom socurus sustinobit? Quis ad convivium doniinicuni illud. quod infamant, sine sua suspicione dimittet? — Nous distinguons ifi trois sortes de réunions ciirétiennes : des convocations, périodiques ou non, j)our lesquelles parfois on devançait le jour; les solennités de l'à<|ues, pour les(iuelles on passait la nuit en prières; enfin l'agape dominicale, réservée au soir. — Comparer Canons d'IIiji/iolyie. 3i, 1G4 : Si agape lit, vel cena ab aliquo pauperibus paratur xyptaxïj, tempore accensus luccrnao; 76. 33, 172 : Xon sedeat cum eis aliquis catechumenus in agai)is y.'jpiaxaïç.
"2. Nous Ihons culinis avec Gangneius. Migne, ()<'hl(M', contre (Idenius et Ueifl'ersclieid : cHlmis.
3. Il ajoute que jjour faire honneur, selon le i)réc('|)te ai)ostoli(jue (1 Tini. '}. 17), à l'évèque (jui pi'éside l'assemblée, on lui donne double ]>art.
-1. Dans le même traité (Jcj. 12), Tertullien reproche aux catholiques de prodiguer les victuailles et le vin aux confesseurs de la foi dans leurs prisons, risquant d'énerver par là leur constance. En regard di' ces abus, il convient de remettre le spectacle édifiant présenté, l'an 203, par les prisons de Carthage, où d'illustres martyrs transformaient en agape chrétienne le derniei- repas accordé par la loi l'omaine aux condamnés. Acla Perpelune, 17 : Cum illa cena ultiuia, quam liberam vocant, (juantum in ipsis erat, non cenam liberam sed a;/apen cenarent.
G. Cor. 3 : Eucharistiae sacramentuui... etiam antclucanis coetibns..
312 1 iii':<)LO(;n: de tehtii.likn.
le iiuii redi et le vendredi ' ; cl Tertullien l>làine ceux (jui, pciur ne pas rompre leur jeûne, sabstiennent de la recevoir. Ailleurs nous voyons une femme, qui a emporté chez elle l'Eucliaristie, communier le matin, à jeun -. Ces faits constatés ne prouvent pas qu'il ny eût jamais de réunion eucharistique dans laprès-midi, et Tertullien semble même dire le contraire ■'. Le silence qu'il garde sur l'Eucharistie dans sa description de lagape, adressée aux magistrats païens, n'empêche pas de croire qu'en certains cas au moins Th^ucharistie était jointe à lagape. Mais assurément elle en était distincte, car nulle part chez Tertullien la participation au corps du Seigneur ne présente les caractères d'un repas où l'on mange selon son appétit. Quil nous suffise pour le moment de renvoyer à ce que nous dirons plus bas sur le mystère de l'autel '.
De cet exposé sommaire, nous concluons que Tertullien peut être cité comme témoin d'une agape distincte de l'Eucharistie '".
siiniiiuus. — Coinjjai'cr saint Cyprion, Iip. ()3, 15 : Si ia saci'iliciis niatalinis Jioc qiiis verotur ne por saporom vini irdoleat sanguineni Christi.
1. Or. 19 : Devotuni Doo obseqiiium Euchai'istia ipsolvit, an niagis Dco obiigat? Nonne sollcmnior fi'it statio tua, si ot ad aram Doi stotoris?
i. 2 Ux. 5.
3. Cor. 3 : Eliam antoiucanis cootibus. Le mot eliam sembli' indi(juoi- (jno l'Eucharistie se cék'-brait aussi en d'autres occasions. Et les canons d'Ilippolylo montrent précisément l'Eucliaristie précédant ininukliatement l'agape dominicale. 32, 166 : Et necessaria est pauperibus eucharistia, (juae est initio missae.