‹ La théologie de TertullienChapitre 295 sur 455 · B. 2 : Idolorum sollemnia vcl arcana · texte numérisé non relu

B. 2 : Idolorum sollemnia vcl arcana

3. ]^al. 1. — R. 19 : Tacite... hoc sentiuiit: Vae qui non, dum in carne est, cognoverit arcana haeretica; Ih. 63. — Scorp. 10 : Arcana ilia hacroticoruni sacramenta.

4. Saint .Justin, 1 Aoul. G: Wyyxl pou),o[i£vw [j.a9îïv, wç èSioix^'OlJ-îv, àçôôvw; Ttapaô'.SovTEç.

5. Pr.Al : Inipriinis quis catechumouus, i|uis lidelis incertuni est: pariter adeuut. pariter audiunt, pariter orant, etiam othnici, si supervenerint; sanctum canibus et porcis margaritas, licet non veras, Jactabunt. Siniiilicitatem volunt esse prostrationera discijilinae... Ante sunt perl'ecti catocluinieni quam edocti.

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de leurs procédés qui confondent fidèles et catécliumènes, qui accueillent môme les païens, qui livrent aux chiens les choses saintes et aux pourceaux les perles d'une doctrine d'ailleurs fausse, qui, sous prétexte de simplicité, renversent toutes les règles, qui font des chrétiens avant d'avoir fait des catéchumènes instruits. Ces traits désignent particulièrement les marcionitcs.

Ainsi, tandis qu'il condamne chez les uns l'affectation d'un arcane ridicule, il condamne chez les autres l'absence de tout arcane. N'est-ce pas la preuve qu'il admet, entre ces deux extrêmes, un certain arcane chrétien y Reste à on bien définir la nature. Avant tout, montrons ce qu'il n'est pas. Les allusions de Terlullien aux arcanes de la religion juive sont étrangères à la question : il s'agit soit du caractère mystérieux de ce culte monothéiste ' pour les Romains qui ne le comprenaient pas, soit de l'obscurité inhérente aux prophéties de FA. T.-. Mais à propos de la prédication du Christ, il prononce le nom d'arcane^ : les apôtres étaient initiés par le Maître aux arcanes des paraboles évangéliques, tandis que le peuple s'arrêtait à la surface. Pourtantle Christ n'avait pas une doctrine ésotérique, réservée à ses disciples intimes. Les apôtres n'en eurent pas non plus : ils prêchèrent sur les toits, comme ils en avaient reçu l'ordre, toute la doctrine qu'ils avaient apprise de Jésus. Cela ne les empêchait pourtant pas d'expliquer quelquefois devant un auditoire restreint ce qu'il n'eût pas été opportun de dire sur la place publique''. Après le Christ, après les Apôtres, l'Rglise devait observer, dans son enseignement, ces règles d'une prudence élémentaire. Serait-ce là tout ce qui

1. Ap. ht : Jiidaicac reli,i:ionis aivanis. — ('omparer /.'. i[. sur Ir- luy.stt're do rAnt(!'Clirist : Jam cnini ai'canum ini(|iiitatis aj^itatiii'. '2. Idol. 5 : Figurao, quao dispositioni aliciii aroanao praostnicbantur.

3. Pr. ?2 : Quis igitur intograo luontls crcdcre potost aliquid oos ignorasse (luos magistros Dominus dodit, individuos habeiis in coniitatu, in discipulatu, in convictu, quibus obscura qiiaoque soorsum dissoirbat, iilis dicens datuni osso cognoscere arcana, quao poinilo intcllegoro non liccret?

4. Pr. 26 : Etsi quaodam intor domosticos, ut ita dixorim, disscrobant. non tamen oa fuisse crodendurn ost rpiao aliam rogulam lldei superducorent, diversam et contrariam illi quani catholice in médium prol'erebant.

o2() THÉOLO(;iK DE TEIITULLIKX.

conslilue l'arcane chrétien? Nous ne le croyons pas. et les textes deTertullien nous paraissent dire quelque chose de plus.

A priori, on a peine à concevoir que l'Église ait pu témoigner à des païens plus de confiance quà des catéchumènes; qu'elle ait livré sans réserve à des étrangers, à des ennemis ce qu'elle dispensait avec mesure à ses enfants. La supposition n'est pas seulement invraisemblable, Tertullien lécarte positivement quand, après avoir signalé le vice de ces réunions où l'on voit iidcles et catéchumènes confondus, il ajoute ' : Etiam elhnici si supervenerint. L'arrivée d'un pa'ien, voilà évidemment ce qui, dans sa pensée, met le comble au désordre, ce qui, dans une assemblée chrétienne où tout se passe selon les règles, oblige à suspendre l'exhortation ou la prière. Comment l'Eglise en était venue à se cacher des regards profanes, on le conçoit sans peine, après un siècle et plus de persécutions. Qu'elle se cachât, le fait paraît certain; et nous ne voyons pas qu'on puisse donner une interprétation plus plausible aux textes qui montrent les efforts, parfois heureux, des pa'ïens, pour pénétrer le mystère des assemblées chrétiennes. Rappelons un passage célèbre de l'Apologétique"- : Cotidie obsidcinur, cotidieprodimur, in ipsis plurimum coetibus et congregationibiis jiostris opprimimur . Les rapports incomplets des observateurs furtifs qui réussissaient à surprendre les chrétiens en prières, ont dû accréditer sur leur compte toute sorte de rumeurs sinistres.

Voici maintenant une femme chrétienne mariée à un pa'ien^,

1. Pr. 41. — Le texte a été cité plus haut. — Ce sanclum qu'il ne faut pas jeter aux chiens, c'est évidemment aussi, et surtout, la sainte Eucharistie. Comparer Canons d'Hippolyle, 38, 206 : Ceterum clericl caveant cum sollicitudine ne quemquam ad sumenda sacra mysteria invitent, nisi solos fidèles.

2. Ap. 7. — Au reste, Tentzel lui-même reconnaît l'arcane chez Tertullien. Pr. 41; 1 N. 7; Ap. 7. (Dissertatio, 7). Schelstrate, dans sa réponse, prend acte de ces concessions, et cite de plus 1 Ux. 4. (i.

3. 2 Ux. 5 : Xolite, inquit (Mat. 7, 0), margaritas vestrasporcis jactare, ne conculcent eas et conversi vos quoqueevertant. Margaritae vestrae sunt etiam cptidianae conversationis insignia. Quanto curaveris ea occultare, tanto suspectiora feceris et magis captanda gentili curiositati. — Tertullien n'admet pas qu'une femme ait le droit d'exposer ainsi à la curiosité d'un pa'ien les choses chrétiennes. Ibid. : Hoc est igitur delictum, quod gentiles nostra noverunt.

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exposée par conséquent— c'est Tertullien qui parle — à jeter devant ce pourceau ses perles, c'est-à-dire à manifester ses habitudes chrétiennes. Il dépeint ainsi cette situation fausse : « Plus vous prendrez soin de les cacher, plus vous donnerez de soupçons et d'ombrage à la curiosité profane. Comment ne pas éveiller l'attention quand vous faites le signe de croix sur, votre lit, sur vous-même, quand vous rejetez un souille impur quand vous vous levez trois fois la nuit pour prier? Ne passerez-vous pas pour une sorcière? Votre mari ne saura pas quelle est cette nourriture que vous goûtez le matin avant toute autre, et s'il sait que c'est du pain, ne songera-t-il pas à celui dont on médit tant? Et il se résignera à ne pas savoir? sans se plaindre? sans soupçonner un poison? On en voit qui se résignent, oui, mais en attendant leur revanche : ils se jouent de leurs femmes, et prennent le temps de connaître leurs secrets, afin d'en abuser contre elles. »

Sans doute l'Église n'a jamais songé à cacher ses usages et son culte comme on cache un crime. Mais il était naturel qu'elle voulût dérober les choses saintes aux regards profanes, et la lecture de Tertullien fortifie pour nous cette impre ssion.

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