EUCHARISTIE
Vacua res, cjnod est pIiantasDui, /i^iira/u capero non potest. Il y a donc équivalence entre les deux formules, d'apparence assez dissemblables, 3 M. 19 : Corpoi-is siti fignrani pani dedit, et 4 M. 'lO : Panein... corpus siiiiin fecitK Lune et l'autre signifie qu'à la dernière Cène le Christ accom])lit Toracle de Jérémie, en mettant sous les apparencesdu pain la réalité de son corps, que le prophète exprimait autrefois par son langag-e figuré. La profession de foi à la présence du Christ dans l'Eucharistie, pour n'être pas développée, n'en est pas moins formelle. La consécration du calice donne lieu aux mêmes observations. Ici encore Tertullien trouve et la révélation d'une antique fig-ure, et une consécration présente^. Après avoir évoqué un double symbolisme biblique (le sang de la grappe, Is. 63, 1 et Gen. 49, il), il conclut :
Ita et nunc sanguinem suiini in vino consecravil, qui tune vinum in sanguine figuravit .
Tune vinum in sanguine figurai'il, voilà l'antique figure ; nunc sanguinem suuni in i'ino consecravit, voilà le sacrement nouveau '^.
1. Il nV'st pas hors de propos (TattinM" ici rattcntiori sur la notion de lransfiyu)-aliu, selon Tertullien. On lit, Pra.r. 27 : Trana/îf/uratio avlein inlerempllo est pristiui. Oinne enlm quod transfiguralur in alhid, desinit ease quod fuei-al, et incipil exse quod non erat. La définition qu'on vient de lire conviendrait bien à la transubstantiation. En la formulant, Tertullien se propose de l'aire observ'er qu'elle ne convient pas à l'Incarnation du Verije, car le Verbe, qui ne peut cesser d'être ce (|u'il est('/«^'»( nunvitpil con/ii/utari), a dû se faire Jionime sans détriment de sa propre substance, et non pas ex trans/if/uralione et demulaliune nuhstanliae. — Notons toutefois (jue Tei-tullien ni' s'en tient ])as toujours à cette d<Mini-
tion. Ainsi I'. .'/).
2. M. Suefe (I. c. p. 175) a rai)procli('' justement l'antique forme (lu canon dans la liturgie occidentale, aj). l'seudoambr. De sacr. i, 15 : Fac nobis hanc oblaiionem... acceptabilem. quod fi<jy.ra est corporis tHsan<juinis D. X. .J. C. D'ailleurs il tire de ce i-approcliement dos conclusions {pii ne sont pas les nôtres.
3. L'explication que nous avons donnée est conforme à celle du card. Franzelin, I. c. Nous transcrirons ici son commentaire de 3 .1/. 1!) : Loculiones Tertulliani : corporis sui figuram pani dure, et Cliristum dixisse: Hoc est corpus meum, i. e. figura corporis mei, niliil aliud sibi volunt quam quod dixinius, coi-pusC'liristi subspecie panis esse adimplelam figuram veteris (eslamrnti, seu antitvpum veleris typi. Verba Tertulliani sunt : Hoc li^-'num (crucis) et Ilieremias tibi insinuât, dicturis praedicans .Judaeis : Venite, miltamus lignuminpanem ejus ; utique in corpus. Sic onini
:i{j\ TIIKOLOGIK 1)1-; TERTUM.IEX.
') M. H : Punis et calicis sacrainento jam in Evangelio probai>imus corporis et sangninis doniinici veritateni, adversus phantasma Marcionis.
Cotte dernière allusion à lEucharistie, vers la fin de lAntimarcion. achève de fixer le sens et la portée de celles que nous avons relevées plus haut. Tertullien n'en voulait qu'au docétisme de Marcion. Pour établir contre cet hérétique la réalité de l'humanité du Christ, il a fait appel au sacrement de lEucharislie. 11 a montré dans le calice de la nouvelle alliance le sang du Christ rendant témoignage à son corps, et il a conclu : le Christ n'est pas un fantôme. Cet argument, renouvelé de saint Irénée ', n'a de force qu'autant qu'on croit à la réalité du corps
Deus iii evaugelio quoque vestro... rcvelavil, pauom corpus suum appellans, ut et hinc jam eum intellegas corporis sut figurant pani dédisse (In ultiina ccna dédisse pani corporis sui antitypiim seu figuram adiniplctani), cujus relro corpus in panem prophètes figuravil, ipso Domino hoc sacramontum (propheticam adumbrationem futurij postea interprctaturo per roaleni adimplctionem. — Cf. Wattericli, op. cit. p. 104. 2ry,»; et siu-tout Renz, p. 213 sq.
Cette explication diffère en un point de rexplication qu'on trouve dans Je livre de la Perpétuité de la foi, t. 3, 1. i, c. l, p. W», et qui rapporte les mots : Corporis sui figuram pani dédisse, non au moment de la Cène, mais au temps du proj)hète Jérëmie.
Enfin une troisième explication, proposée par Bellarmin et du l'erron. consiste à admettre une hj'perbate. et à joindre le sujet /wc (et non le prédicat corpus meum) aux mots : i. e. figura corporis mei. De la sorte on évite toute difUculté. le sens étant : Ce pain, jadis figure de mon corps, j'en fais présentement mon corps. Ce qui donne à cette explication une réelle valeur, c'est la présence, chez Tertullien, de semblables hyperbates. Prax. "20 : Dicendo : Christus mortuus est, id est unclus, id (/uod unctum est mortuum ostendit, id est carnem. Le Christ (c'est-à-dire l'oint) est mort. Entendez : ce qui avait été oint (c'est-à-dire la chair) est mort. Ici Tertullien a pris soin de se commenter lui-même, et de marquer avec toute la clarté possible que les mots placés après /(/ est se rapporte non au pn-dicat. mais au sujet.
1. Saint Irénée tirait déjà du mystère eucharistique un argument ad lumiinem contre ceux qui niaient la résurrection de la chair. Haer. 5, 2, 2 : Si autem non salvetur haec, vid. nec Dominus sanguine suo redemit nos, neque calix Eucharistiae communicatio sanguinis ejus est. neque panis quem frangimus communicatio coi'poris ejus est. Sanguis enim non est nisi a venis et carnibus, et a reliqua quae est secundum hominem substantia, qua vere factum est Verbum Dei. — D'autre part, le même Père lu'ésente l'Incarnation comme la réalisation d'une antique figure, savoir, la création de l'homme à l'image de Dieu, ô, 10, 2 : Quando autem caro Verbum Dei factum est, utraque confirmavit : et imaginem enim ostendit veram, ipse hoc fiens quod erat imago ejus, et similitudinen firinans res-
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et du sang eucharistiques : donc il atteste la foi de Tertullien. Pas plus ici qu'ailleurs, Tertullien ne peut être proposi' comme modèle d'expression simple et claire. Mais ses affirmations relatives à la sainte Eucharistie admettent une interprétation concordante, et le dogme de la présence réelle est à la base de cette interprétation. La preuve nous paraît faite pour les livres adi>. Marcionem.
Or. 6, dans l'explication du Pater :
Eleganter dwina sapientia ordinem oralionis instruxit, rit post caeleslia... terrenis qnoqiie necessitatibns petitiojii locuni faceret... Quanquam panem nostrum quotidianiim da nobis hodie, spiritaliter potins intellegamus . Christus eniin panis noster est, quia vita Christus et vitae panis. Ego sujn, inquit, panis vilac (Joan. 6, 35), et paulo supra : panis est sermo Dei vivi, qui descendit de caelis (Joan. 6, 33); tune quod et corpus ejus in pane censetur : hoc est corpus meum (Mat. 26, 26; Luc. 22, 19i. Itaque petendo panem quotidianuin^perpetuitatem postulamus in Christo et individuitatem a corpore ejus.
Serrant de près la pensée de l'auteur, Gabriel de l'Aubespine ' fait remarquer ici une triple allusion : allusion au pain ordinaire (terrenis quoque necessitatibus),' allusion à ce pain spirituel qu'est Jésus-Christ [vita Christus et çitae panis) ; enfin allusion au corps présent sous les espèces eucharistiques [et corpus ejus in pane censetur). Si la manducation eucharistique du corps de Jésus-Christn'était qu'une manducation par la foi, il n'y aurait pas lieu de relever en particulier cette présence sacramentelle pour l'opposer à la précédente. 11 y a donc ici une allusion distincte à la présence eucharistique du Christ; mais l'expression employée par Tertullien appelle un commentaire -.
titiiit. i-oiisiiuili'iu l'aciiMis hominom invisibili l^atri por visibilc Ycrbuiii. — On voit que Tertullien trouvait, dispGrsi'-s dans saint Irénéo, les traits de son argumentation.
1. Cité dans Migne, P. L. t. 1, UGl. — Ohservalloties, éd. 1G7-2, ji. li:i.
•2. Xeandei', p. lï>^>, voit dans ces mots: Corpus ejits in pane censetur, la preuve que Tertullii'n n'admettait aucune compénétration des espèces eucharistiques par le corps et le sang du Christ (au sens luthérien de l'impanation) : er doch auch keine Art der Durchdringung des Brotes und Weines mit dem Leib und Blut Christi annahm. Nous y verrions i)lutôt la preuve qu'il n'admettait pas le symbolisme des sacramentairos.
;{6() riii:oL(»<;ii-: ui: tkutili.ikn.
Les mi>ls : Et corpus e/ns in pane censetur, signideni que le corps du Christ est, lui aussi, rangé dans la catégorie du pain, que c'est une espèce (entre autresi de pain. Ils traduisent une conséquence immédiate des paroles prononcées à la Cène : Hoc est corpus meuni. De ces mots : et corpus ejus in pane censetur, isolés de leur contexte, on ne pourrait déduire avec précision la doctrine de Tertullien sur l'Eucharistie; mais que le mot censetur ne soit pas exclusif de la présence réelle, cela résulte sûrement de la valeur qu'a ce verbe dans la langue de Tertullien. Presque toujours il équivaut à referrl, numerari (cf. l'opération romaine duce/?s/<s), origineni ducere (cf. census = origo : 1 N. 12, Ap. 2i, H. 33, 5 M. 20 etc.) ^constare, esse. Pour faciliter cette constatation, nous mettrons sous les yeux du lecteur la liste de tous les exemples que nous connaissons <, et nous transcrirons quelques-uns des plus notables.
I X. S : Graeci... in Romanoruiu superstitioaibiis coii^eutur, quoniain quidem otiam Deos Graeciae Roiaa sollicitavit. — 10. li. — 2 i\. 3. — .4/). 12 : In metaUa damnanuir : inde censentur dii vestri. — Ib. 13. 15. 24.
— TesL 5. — Sjj. 4 : Quid erit summum ac praecipuum in quo diabolus et pompae et angeli ejus censeantur, quam idololatria? — Jb. 6. — Pr. 20 : Onine genus ad originem suara censeatur necesse est. — Ib. 21 : Superest ergo uti demonstremus an haec nostra doctrina,... de apostoloruni traditione censeatur. — B. ï> : Ita restituetur homo Deo ad similitudinem ejus, qui rétro ad imagineni Dei fuerat. Imago in effigie, similitudo in aeternitate censetur. — Pal. 11. — \ C. f. 4. — H. 4. 5. 7. 31. 36. — J. 4 : Dicit enim Isaias propheta : Sabbata vestra odit anima mea. Et alio loco dicit : Sabbata mea profanastis. Unde dinoscimus sabbatum temporale esse humanum et sabbatum aeternum censeri divinum. — Ib. 9. — V. V. 5 : Caro ex carne et os ex ossibus vocatur secundum originem mulier ejus ex cujus substantia incipit censeri, facta uxor. — Ib. 9.
— 1 M. 3. 8. 25. — 2 M. 3. 16. — 3 M. 17. — 4 M. 34 : Aeque adulter cen- .sotur qui dimissam a viro duxerit. — An. 16 : Apud nos non semper ex irrationali censenda sunt iudignativum et concupiscentivum, quae certi sumus in Domino naturaliter decucurrisse. — Ib. 20 : Concludimus omnia naturalia animae. ut substantiva ejus, ipsi inesse, et cum ipsa procodere atque proticere, ex quo ipsa censetur. — Ib. 25 : Quantae vero nationes sub ferventissimo axe censentur. — Ib. 32. 40. — c. C. 22. — Ex. c. 5. — Ib. 13: Quanti igitur et quantae in ecclesiasticis ordinibus de continentia
1. Leinibacli cite et commente la plupart de ces exemples, 5e(7r^/</e. p. 41 sq. — Voir encore Rônsch, Das .\. T. Tertullians, p. 626.
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consent ur. — Idol. 2 : Si quis oxistiiuet adulteriuai in osculis et iii aiiiplexibus et iu ipsa caniis eoiigrossionc censomlum. — Prax. ï> : Iii Deo, ciijus tu quoque imago et siiiiilitudo censeris. — Ib. -29 : Ciiiii diiae siib- .stantiai' conscantur in Christo Josu, divina et humana. — Mono;/. 4. 5. 6. II. — Piid. il. — Ih. lo : lùiiu spiritum dixerit (Paulus) (pii in Ecclosia consetur. salvmii, i. o. inteiirum. praestandnm. — Ih. 21.
Pour achever de mettre la pensée de Tertullien dans tout son jour, nous ne saurions mieux faire que de renvoyer à saint Cyprien qui, commentant la même demande du Pater ', insiste sur cette manducation du pain eucharistique, par laquelle le chrétien est incorporé au pain vivant, Jésus-Christ.
An. 17 : A^on licet nobis in duhium acnsus istos devocarc, ne et in Christo de fide eoriun deliberetur, ne forte dicatur quod... senserit... aliiun postea ^nni saporeni, quod in sanguinis fini memoriani consecravit. — L'idée que le calice ait pu acquérir une saveur nouvelle par la consécration, ne serait pas venue à qui eût vu dans l'Eucharistie un pur symbole. Donc ici encore nous relevons un indice de la croyance au changement substantiel'^.
Par ailleurs, il faut tenir compte du texte rencontré ci-dessus, 4 M. 40 : Sangninein suum in vino conseerwit. Le même verbe a servi à décrire la même opération sous deux aspects, et il y a équivalence entre les deux phrases : sanguine/n su/an in \>ino consecravit = vinuni in sanguinis sui memoriani consecravit. Si l'on nous dit que le verbe consecrare traduit fort bien le symbolisme, nous ne le contestons pas; mais d'autre part nous faisons observer qu'il n'exclut pas la présence réelle. Qu'on se réfère aux exemples suivants :
.!/(. ir» : .laniquo omnibus plnres cliristiani, (|iii apml Inniin de utroquo deduciuiur. et esse pi'ini'ipale in anima et certo iu corporis recessu con-