CHRÉTIENNE
L'enquête à laquelle nous venons de procéder prouve avec évidence que, dans la pensée de Tertullien, l'adhésion à la religion chrétienne est un acte éminemment raisonnable "-. Il n'est peut-être pas superflu de le faire observer, car on a parfois affirmé le contraire. Sous l'impression de certains paradoxes où se complaît sa verve hautaine, on a pu se persuader que, pour établir la vérité du christianisme, il tirait argument
1. Tortullic.'ii ne nous a pas laissé lo récit do sa i)ropre conversion au christianisme. Mais il y a tout lieu de croire que le spectacle de la vie chrétienni^ y contribua plus que les livres. Il constate quelque part que l'Écriture sainte n'est pas lue des païens. Tesl. 1 : Tanto abest ut nostris litteris annuant Iiomines, ad quas nemo venit nisi jam christianus. Les apologistes chrétiens ne laissaient pas de renvoyer à TÉcriture ceux qu'ils voulaient convaincre. (Déjà Aristide parlant à Antonin, Ap. 16). Mais leur propre histoire nous les montre ébranlés dans leur paganisme avant le jour où ils lurent les prophètes : tel saint Justin, désabusé de toute philosophie {Dial. avec Tnjithon, début); tel Tatien, révolté par l'immoralité des cultes païens (Disc, aux Grecs, 29).
2. Voir à ce propos G. Essor, Die Seelenlehre TerluHians (Paderlioi'u, 1893) p. 20 sq.
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des glorieuses bassesses de l'Kvangile, et du scandale qui en résulte pour la raison, et l'on a présenté le Credo quia ahsurdiim comme la dernière ressource de l'apologiste '.
Après tout, rargument, pour être violemment paradoxal, ne manquerait pas nécessairement son but. Et il est certain qu'on trouve en plusieurs passages de Tcrtullien, quelque chose de semblable. Tels hérétiques dénient au baptême d'eau le pouvoir de remettre les péchés : TertuUien leur reproche de méconnaître cette simplicité qui est le cachet propre des œuvres divines, et les invite à croire d'autant plus qu'ils comprennent moins^. A Marcion, que scandalisent les humiliations du Christ, il reproche d'ignorer cette folie divine qui triomphe de la sagesse humaine; il l'adjure de ne pas dérober à la foi ses hontes nécessaires^. Ce langage est assurément d'un homme qui traite de haut la raison; mais à parler exactement, on ne peut pas dire qu'il en ait fait usage pour établir la vérité du christianisme. Les textes que nous avons cités — et l'on en trouverait difhcilement de plus forts — appartiennent tous à des ouvrages de controverse chrétienne. TertuUien s'adresse, non à des païens qui cherchent, mais à des hérétiques, c'est-à-dire
1. Ainsi M. C. Guignebert, TertuUien; Élude sur ses sentiments à l'égard de Vempire et de la société civile (Paris, 1001), p. 250. — Notons à ce lii'opos que la formule : Credo quia absurdum ne se trouve pas dans TertuUien; mais on a l'cMpiivalent c. C. 5 : Prorsus credibile est, quia inej)tuin est; certum est, quia impossiOile. — Nous ne nous arrêterons pas il discuter le jugement de IM. V. Courdaveaux dans la Bévue de VInsloire des religions, t. 23 (1891), p. 1-35. Doin Cabrol en a depuis longtemjis fait justice {Science catholique, t. 5, 1891), et il est superflu d'insister.
2. B. 2 : Quid ergo? Nonne mirandum et lavacro dilui mortem? Atquin eo magis credendum, si, quia mirandum est, idcirco non creditur. Qualia enim decet esse opéra divina, nisi super omnem admirationom? Nos quoque ipsi miramur, sed quia credimus. Ceterum incredulitas mii'atur, non crédit. — Rapprocher 2 M. 2 : Nos scinuis stultum Dei sapientuis liominibus et invalidum Dei validius hominibus (I Cor. 1, 25). Et ita Deus tune maxime magnus cum liomini pusillus et tune maxime optinuis cum homini non bonus et tune maxime unus cum homini duo aut plures. — Et encore 2 M. 27; 4 .1/. 21 ; 5 J/. 5; /?. 3, lin.
3. c. C. ."j : Parce unicae spei totius orbis, qui destruis necessariuni dedocus fidei. Quodcumque Deo indignum est, milii expedit. Salvus suni si non confundar de Domino meo... Crucilixus est Dei Filius : non pudet, ([uia pudendum est. Et mortuus est Dei Filius : prorsus credibile est, quia inoptum est. Et sepultus resurrexit : certum est, quia impossibile est.