Pline leJeuno, Ep. 10, 9(5 et97 (éd. Koil
Nous n'avons pas à rouvrir l'interminabli! débat relatif à l'autlienticitéde la letti'c do Pline et du rescrit de Trajan. Cependant il n'est jias hoi's de. propos de faire ressortir l'importance capitale du témoijïnage rendu à cette correspondance par l'Apolai/elicuin. Moins d'un siècle après le proconsulat de Bithynie, Tertullien résume la consultation du gouverneur et le rescrit impérial, avec la fidélité d'un lioninie qui les avait sous les yeux. L'hypothèse d'un faux en écritures officielles, commis et accrédité au cour s du second siècle, a contre elle toutes li'S vraisemblances : Tertullien n'a pas été dupe. On ne s'arrêtera pas davantage à l'idée qu'il paie d'audace et dupe ses contemporains : que l'échange de vues n'ait jamais i-u lieu, que Tei'tuUien crée de toutes pièces cett(^ liistoire dans un écrit destine aux magistrats impériaux, qu'il ait pu la faire accepter de tout le monde et qu'ensuite il se soit trouvé un faussaire pour rédiger, d'après les données de l'Apologétique, et introduire dans la correspondance de Pline, les deux lettres qui nous sont parvenues, c'est un échafaudagi^ de suppositions ((ui ne soutient pas la critique. L'attrilmtion à Pline et à Trajan du recueil pi-is dans son ensemble, n'est plus guère contestée par personne.
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obtenir une direction; il déclara quà part la volonté ferme de ne pas sacrifier aux dieux, il n'avait rien trouvé au fond des mystères chrétiens que des réunions où Ion devance le jour pour chanter des hymnes au Christ Dieu, pour se lier par une discipline qui proscrit l'homicide, l'adultùre, l'injustice, le parjure et les autres crimes. Trajan répondit qu'il ne fallait pas rechercher dételles ^ens, mais qu'en cas de dénonciation, il les fallait punir. Etrange compromis ! On ne les recherchera pas : ils sont donc innocents. On les punira : ils sont donc coupables. En aucun autre cas, on ne voit la justice pactiser ainsi avec le crime. Ce n'est pas tout. On applique la question aux autres criminels pour les faire avouer; aux chrétiens seuls, pour les faire nier : c'est donc un mensonge qu'on demande. On les soupçonne de tous les forfaits, et on les toiture pour extorquer un désaveu, aussitôt suivi d'acquittement '. C est là trahir les lois; caries lois ordonnent de rechercher les coupables, non de leur arraclier ime protestation d'innocence. Et qui empêche ce chrétien de nier dans les tourments, quitte à se moquer de vous l'instant d'après, en retournant à son christianisme? Par un renversement de toute procédure, on nous torture pour un
surtout depuis qu'elle a reçu de répigraphie une continiiatiou éclatante (le nom de P. CaIpurniusMacer, légat pro praelore en Mésie d'après Pline, Ep. 10, 4-2. 43. Gl. 62. 77, retrouvé dans l'inscription de Gyergyitza en Jloldavie, C. I. L. t. 3, 77). Restreinte aux deux lettres sur les chrétiens, la question est plus délicate, et a été résolue négativement par plusieurs savants finançais : Aube, Desjardins, Dupuy. E. Ilavet, de la Berge (quant au rescrit de Trajan). Les réponses de M. Boissier {Revue arcJi., l'év. 1876. et Joiirnal des savanis, juin 1879) pouvaient paraître décisives. Concluent également à Tautlienticité : Rena.n(LesÉvangiles,p.4~6,n.o); Xeumann(Z>er romische Stacil, p. 23); Harnack (A. C. L., t. 1, p. 866, et Chronolofjie, 1. 1, ]). 256): Schimz (Geschichte der rôm. LUI. t. 3. p. 210, et 2"'Aufl. t. 2, p. 275), • ■t en général les critiques récents. Nous renverrons au travail solide et conililetdeM. C. Wilde, De C. Plinii Seciindi et imperalorù Trajani epistulis iiiutuis dispulalio (Leyde, 1889). M. E. Beaudoin ( Rev. historique, 1898, p. 166) considérait la question comme tranchée. M. C. Guignebert {op. cit., p. 75-94) l'a ni'anmoins reprise, etaprèsavoir rejeté la lettre qui nous est parvenue, il refait (p. 93-94) celle que Pline a dû écrire à Trajan. Le lecteur estimera sans doute plus sûr de s'en tenir au texte traditionnel.
L Christianum hominem omnium scelerum reum, deorum, imperatorum, legum, morum, naturae totius inimicum existimas, et cogis ncgare, ut absolvas quem non poteris absolvere nisi negaverit. Praevaricaris in leges... Ideo torquemur confitentes et punimur persévérantes et absolvimur negantes, quia nominis proelium est.
HEVENDICATIOXS chuktiennes. 381
nom: si nous demeurons fermes, on nous punit; si nous nions, on nous absout : tant il est vrai que le nom seul est en causée Enfin pourquoi ne pas joindre, dans les considôrants de l'arrêt, à la qualification de chrétien, celle d'homicide ou d'incestueux, si lune implique l'autre? Cependant l'aveuglement de la haine ^ poursuit ce nom, jusque dans l'expression des élog-es arrachés par le spectacle de la vertu chrétienne. On dira : Voilà un brave homme; mais un chrétien, ^'oilà un sage : comment donc s'est-il fait chrétien? Nul ne se demande si le christianisme n'est pas précisément la source de si belles qualités. Ou bien encore, en présence de certains changements merveilleux, on dira : C'était une femme légère, C'était un polisson. Les voilà chrétiens. Ce langage montre bien qu'on regarde la profession de christianisme comme un gage d'amendement. Mais la haine l'emporte, et l'on conspire contre son propre intérêt. Plutôt que de voir à son foyer une épouse chrétienne, un fils ou un serviteur chrétien, on consent à y voir une femme perdue ou un vaurien. Il n'est pas de sacrifice qu'on ne fasse à cette haine. Pourtant le nom est inoffensif. Christ renferme l'idée d'onction ^: chrétien n'est pas plus extraordinaire que platonicien, épicurien, pythagoricien, ou tel autre nom de secte philosophique.
Après avoir flétri cette haine injuste, l'apologiste pose hardiment sa thèse '' : les chrétiens sont innocents. Non seulement il prouvera leur innocence, mais, rétorquant les accusations, il fera rougir leurs accusateurs. Tout d'abord il faut s'expliquer sur le compte des lois. Ces lois, qui leur dénient le droit à l'existence — non licet esse vos — , que valent-elles et que sont-elles? Expression d'un bon plaisir tyrannique, ou d'une justice imprescriptible? Si l'on prétend légiférer au nom de la justice, on doit reconnaître qu'en cas de conflit avec la
1. Saint Justin, I Ap. 4 : 'Eq?' i^kwi oï to ôvofiao); D.ey/ov ).a[jLgàv£T£.
2. Ap. 3; 1 .V. 4. — Comparer £"/>• '' I^io!/nèle, y, 17 : 'ïito 'louoat'wv w; à),X6'^"j),ot uoXî!J.oijvTai xal Otxô 'K),).rivwv ôuoy.ovTar xal xrjv aÎTÎav Tjj; sySpac cItîeTv ol (A'.ctoOvte; oOx £-/0"j'7tv.
3. Outre r<HyiiioIo;,MO tii-ée de ypi'TTÔ?, TertuUicii apporte celle de -/pricTÔ; (bon), en faisant observer qu'elle répond à une |)rononciatioii vicieuse (Chresliani). Cette dernière étyniologie était donnée par saint Justin, l Ap. 4 ; la première, 2 Ap. 0.