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LES CHRÉTIENS ET LE POUVOIlî. 401
encore tous les jours, comme des grappes oubliées après la vendange des parricides : vous verrez quils célébraient les ièies impériales; mais déjà ils prononçaient tout bas le nom dun autre maitre. Répondez-nous donc : qui sont les vrais Romains ' ? Ceux qui cachent des sentiments hostiles sous le masque do la piété, ou ceux pour qui la fidélité aux empereurs n'est qu'une forme de l'obéissance due à Dieu?
Cette affirmation du loyalisme chrétien ne manquait pas d'opportunité, à une époque où le pouvoir encore mal affermi de Sévère voyait partout des guets-apens. Le fait est que ni dans l'eUort de Pescennius Niger, j^risé en Orient dès 194, ni dans le soulèvement d'Albinus, écrasé à Lyon (19 février 197), on n'avait pu saisir la main des chrétiens. Et pourtant, il leur eût été facile de se faire craindre. Nous ne sommes que d'hier'-, s'écrie encore Tertullien, et nous vous envahissons partout : les cités, les îles, les châteaux, les municipes, les assemblées, les camps même, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum : nous ne vous laissons que vos temples. Quels ennemis ne serions-nous pas, si nous voulions, étant donnés notre nombre et notre mépris de la mort? Que dis-je? Il nous suffirait, pour nous venger, de vous abandonner à vous-mêmes, de nous retirer dans quelque désert : vous seriez effrayés de votre solitude.
On aurait tort de voir dans ces derniers mots une menace : l'apologiste ne veut que faire toucher du doigt la puissance du sentiment religieux qui contenait les chrétiens dans l'obéissance : il n'était pas plus question d'une prise d'armes que' d'un exode collectif au désert.
Dans un autre écrit du même temps, l'attitude des chrétiens au milieu des récentes commotions de l'empire suggère à Tertullien d'éloquentes paroles •'. La Syrie, dit-il, est encore empestée de l'odeur des cadavres; en Gaule, le Rhône n'a pas fini délaver le sang de ses rives. Nous sommes demeurés étrangers aux compétitions des partis. Nous ne le sommes pas moins à cette guerre d'épigrammes qui ne désarme pas. Nous refusons