Ib
o. Ib. 4. Non to tcnvuuis, (jui noc timoiuus. ■1. Ib. 5.
LES CHRÉTIENS ET LE POUVOIIi. 40.H
Hors de lui, le pauvre gouverneur s'écrie : « Malheureux! si « vous tenez àpérir, n'avez-vous pas des cordes et des précipices? » Scapula voudra-t-il mettre Carthage à feu et à sang? Avant de s'engager dans cette voie, qu'il réfléchisse : tous les sexes, tous les âges, toutes les conditions, jusqu'aux plus élevées, sont représentées dans le christianisme. Et quand on aura épuisé toutes les armes légales, rien ne sera fait : car on ne déracine pas cette croyance. Elle puise au contraire dans la persécution de nouvelles forces et une puissance nouvelle dattraction. Non deficiet haec secta.
Jusquici nous n'avons entendu, chez Tertullien, que l'accent d'un loyalisme sincère, et l'examen de ses autres écrits ne démentirait pas cette conclusion. C'est dans le même esprit qu'à diverses reprises ' il a commenté la maxime évangélique : « Rendez à C('sar ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu )). Chez le fougueux orateur, la plainte de l'innocence opprimée gronde parfois comme une menace. Mais loin de vouloir se faire craindre, les chrétiens ne songeaient qu'à rendre sensible la puissance du principe surnaturel qui enchaînait leurs bras en face de représailles trop faciles et, au Ijesoin, les dévouait à une mort volontaire. Si on accepte Tertullien comme un interprète ordinairement fidèle de leurs sentiments envers le pouvoir, on reconnaîtra que les chrétiens, intransigeants quant au culte des Césars, acceptent d'ailleurs l)leinement le principe de l'obéissance civique. Ils n'en déplacent la base que pour la mettre sous la garde d'une fidélité ]>lus haute, celle qu'ils ont vouée à Dieu même. César a peu à craindre de tels conspirateurs '-.
Comment donc justifier la guerre inexpiable que les Césars tirent au christianisme, et sur qui faire peser la responsabilité des persécutions sanglantes? M. C. Guignebert, à qui l'on doit une enquête approfondie sur les idées polili(|ues de Tertullien •'. est porté à charger le christianisme. Nous sommes d'un avis contraire, et il faut dire pourquoi.