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LES CHRÉTIENS ET LA VIE ROMAINE

mis. Tertullien aborde cette question délicate. Les chrétiens, dit-il, ne sont pas des bralimes ' ou des gymnosophistes hindous, ni des sauvages habitant au fond des bois. Ils se mêlent à la vie commune -, en ayant soin d'ailleurs de fuir tout excès. On les rencontre au forum, au marché, aux thermes, dans les boutiques, les ateliers, les hôtelleries, les foires, sur mer, dans les camps, aux champs, prenant part aux transactions commerciales, mettant leur savoir-faire au service de la société. Ils ne fréquentent point les cérémonies païennes, c'est vrai, mais cela ne les empêche pas d'être hommes ^. On ne les voit pas, couronnés de fleurs, offrir de l'encens aux dieux, c'est vrai ; mais le commerce des aromates n'y perd rien, car les sépultures chrétiennes en dépensent plus que les sacrifices païens. Les revenus des temples baissent, c'est vrai ; mais le budget de la charité compense largement ce déficit, et le fisc n'a pas de meilleurs créanciers que les chrétiens. Pourtant, il y a des gens qui ont le droit de trouver les chrétiens improductifs '■ : ce sont les entremetteurs, les assassins, les empoisonneurs, les devins et les sorciers. Ceux qui n'encouragent pas de telles professions ne laissent pas de servir utilement la société, ne fût-ce qu'à titre d'honnêtes gens. Cependant, on compte pour rien la perte de tant de vies innocentes, dévorées par la persécution ^, On oublie que les registres des prisons déposent éloquemment en faveur des chrétiens. Parmi tant d'assassins et de fripons, combien se trouve-t-il de chrétiens?

L L'Occident connaissait depuis quelque temps l'ascétisme des Brahuies. Voir Apulée, éd. Ililde'brand, ■2,&^: Clt'ment d'Alexandrie, Slromat. 1, 15 (Migne, 8, 769 B et 781 A), 3,7 (Migue, '.i, 1 161) et autres, ap. Oi-ldcr. — Xoeldechen, p. 174-175.

i. Comparer Ép. à Diognèle, 5.

3. Le langage populaire faisait d(>s chrétiens une espèce (riioiuiui-s à part, un lerlium f/enus; cf. 1 .V. N : Plane tertium genus dicimus... utsint Romani, Judaei, deliinc (^hristiani. Scu)'p. 10. Voir à ce propos l'étudi' minutieuse de Ilarnack, Die Mission und Ausbreitumj des Christentums, p. l77-::i04. — Tertullien relançait l'injure à la face des païens, en montrant chez eux un tertium f/enus constitué par les eunuques, 1 X.'-iO: Ilabetis et vos tei'tiuui genus, etsi non de tertio rilu. attamen de tertio sexu. Ulud aptius de viro et de femina viris et feniinis junctum. — Cf. le projios dAlexandre-Sévère, rapporté par Lampride, 23, 7.

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Pas un; ou si d'aventure il s'en trouve quelqu'un, c'est qu'il a cessé de vivre chrétiennement. Instruits par Dieu m(*me, les chrétiens sont seuls innocents '. La loi divine poursuit le crime à une profondeur que n'atteint pas la loi humaine ; elle coupe la racine du mal, elle possède une autorité incomparable, grâce à une sanction éternelle. La crainte de Dieu a plus de force que celle du proconsul.

Les perspectives que ces pages nous ouvrent sur la vie romaine s'éclairent par la lecture des traités moraux. Trois surtout doivent nous arrêter ici : De spectaculis, De coronn et De îdololatria.

Ecrit pour l'instruction des catéchumènes, le traité Des spectacles- est un monument du zèle sacerdotal de Tertullien. 11 s'agissait de prémunir les nouveaux fidèles ^ contre la séduction d'un plaisir dangereux et contre les sophismes d'une passion ingénieuse à se justifier ^. Que le chrétien songe au serment de son baptême "''. Le jour où il descendit dans la piscine sainte, il a déclaré renoncer au démon, à sa pompe, à ses anges; donc, avant tout, à l'idolâtrie. Or tout, dans les spectacles païens, est idolâtrie: leurs origines, qui rappellent quelque dieu**, leurs noms, également empruntés aux dieux "; au cirque, l'appareil ambitieux ^, le lieu même, tout peuplé de divinités'' ; les allusions mythologiques ^*'; au théâtre, le règne de Vénus et de Liber'* ; dans les jeux et concours gymniques, le souvenir

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