LES CHRÉTIEXS KT LA VIE ROMAINE
pieds la chaussure de l'Evangile, au flanc le glaive de la parole divine, sur toute sa personne l'armure dont parle l'apôtre (Eph. 6, 11), devenu candidat à la couronne du martyre, il attend en prison le donativum du Christ '. » Parmi les chrétiens, il n'y eut qu'une voix, sans doute, pour louer le courage du confesseur. Mais son attitude fut jugée diversement. Beaucoup n'y virent qu'une provocation inutile, imprudente même, et ils ne manquaient pas de bonnes raisons, car enfin, le seul fait de mettre une couronne sur sa tète ne constituait pas une apostasie. Dautres louèrent cette intransigeance , et Tertullien devait être de ceux-là. Mis au défi de montrer dans lEcriture la condamnation de la couronne, il en appelle à la tradition. Bien d'autres lois, pour n'être pas consignées dans rÉcriture, n'en sont pas moins vénérables. Et vit-on jamais un chrétien se couronner? Passant alors au procès de la couronne en général, Tertullien déploie toutes les ressources de son érudition profane. Les premières couronnes furent décernées aux dieux : c'est un usage entaché d'idolâtrie. Une exagération en appelant une autre, l'auteur s'en prend au métier des armes. Autrefois il l'autorisait - ; maintenant il le réprouve ^, alléguant que le service militaire est incompatible avec le service du Christ : comment prêter serment à deux chefs à la fois? Si l'on peut excuser ceux que le baptême a trouvés engagés dans la vie des camps, du moins n'absoudrat-on pas les chrétiens qui s'enrôlent dans la milice du siècle. Ces théories radicales, que Tertullien, déjà montaniste, appuyait d'invectives contre les chefs de l'I^^glise, ne devaient pas prévaloir. Lui-même nous est témoin qu'on voyait alors des chrétiens dans les légions; on continua d'en voir '', et sans