‹ La théologie de TertullienChapitre 376 sur 455 · Idol. n · texte numérisé non relu

Idol. n

t. Ib. 23.

'l22 riIlCOLOGIE DE TEltTULLIEN.

sur lavenh" du christianisme? ]\ous voyons en somme les fidèles poursuivis comme ennemis de la société humaine et comme ennemis des usages reçus. Dans quelle mesure donnaient-ils j)rise à ces reproches, et que vaut la défense de Tertullien?

Ennemis de la société, les chrétiens l'étaient beaucoup moins que leurs adversaires ne se plaisaient à le dire. Nous savons déjà que, tout en refusant Thommag-e idolàtriquo, ils s'inclinaient loyalement devant le pouvoir des Césars; on leur jetait bien à la tête les noms de rebelles et de factieux, mais l'exagération de ces reproches était manifeste. Dès le temps de Néron, l'opinion publique les avait accusés de haine pour le genre humain ' ; la même accusation les poursuit encore sous Septime-Sévère. Mais ceux qui les voyaient si pacifiques, si serviables, donnant silencieusement l'exemple des vertus sociales, devaient en revenir de ces préjugés; à mesure qu'ils devenaient mieux connus, les chrétiens étaient moins haTs .{Ap. 1). En déchirant le voile qui dérobait aux yeux des profanes les assemblées chrétiennes, Tertullien hâtait l'heure de la vérité et de la justice. Ce qu'il affirmait, d'anciens païens en grand nombre l'avaient vu et pouvaient l'attester Ap. 39): ils pouvaient attester aussi que le lien social du christianisme est vertu et charité. Cette révélation devait discréditer, dans les esprits sincères, le mot d'ordre de la haine, imputant aux chrétiens la faute des calamités publiques : si leur religion est une école de vertu, et si le ciel envoie des fléaux pour châtier le crime, ce n'est pas à eux qu'incombe la responsabilité du châtiment. Toutefois, ils évitaient de se mêler aux grands courants de la vie publique, et leur exil volontaire au

1. Tacite, An)i. Ib, Il : llaiid porinde iii crimiiio iiiecndii quani odio generis humani coiijuncti .sunt(vulg. coitvicli sunt; cotijiincli est la loçon du Modiceus. Annales de la fac. des lettres de Bordeaux, 1884). Sur le se«s de ce texte, voir G. Boissier, Journal des Savants, juin 1879, p. 33'2. C'est le même grief qui reparait souvent chez Tertullien. .1;^. 2 : C'Iiristianum hominem omnium scelerumreum, deoruni, imperatorum, legum, morum, natui'ae otius inimieum existimas. — 37 : Ilostes maluistis vocare generis humani... qui sumus plane, non generis humani tamen, sed potius erroris

Voir l'article de Dom Leclercq, dans JJicl. arc/i. t. I, p. 267.

Page 1