CHRISTIANISME ET PHILOSOPHIE
peintre que comme hérétique. Peut-èlre lui reprochait-il à juste titre d'abuser de son pinceau ; mais ailleurs nous le voyons s'en prendre aux meilleures inspirations de l'art chrétien : comme à ces images du bon Pasteur dont on ornait les calices ' .
Son réquisitoire présente aussi des inconséquences. On sent qu'il voudrait interdire en bloc la littérature profane, toute pleine de mythologie : néanmoins il ne le fait pas, de peur d'ôter à la foi une arme nécessaire, et, dans son embarras, il recourt à cet étrange compromis : le chrétien pourra étudier les belles lettres, il s'abstiendra de les enseigner. Malgré ces revanches de l'esprit pratique sur le paradoxe auquel trop souvent il sacrifie, la doctrine de Tertullien, prise dans l'ensemble, est dure. Il a eu le mérite de marquer avec une extrême vigueur que le chrétien ne doit jamais pactiser avec l'idolâtrie ; mais préoccupé d'écarter l'ombre même d'une coopération idolàtrique, il a enlacé son disciple d'un réseau inextricable de précautions.
Ces défaillances partielles ne doivent pas faire méconnaître la lutte pour un noble et pur idéal. Condamnés par leur vertu même à remplir envers l'idolâtrie le rôle de censeurs importuns, les chrétiens devaient réprouver les sacrifices superstitieux: ils devaient réprouver des spectacles immoraux et cruels. Sur ces points où la conscience ne pouvait transiger. Tertullien s'est fait l'avocat de la justice et l'interprète de la conscience chrétienne ; d'ailleurs interprète plus loyal qu'exact, et souvent avocat compromettant.