V. CHRISTIANISME ET PHILOSOPHIE
L'apologiste a rempli sa tâche : il a vengé ses chrétiens de reproches injustes, et couronné son plaidoyer par l'affirmation quelque peu hautaine de leur innocence. INIais son but ne serait pas atteint s'il n'avait fait que prouver aux pa'iens l'injustice de leurs préventions : avec la cause de l'Eglise, il
1. Pud. 7 l't 10. — Sur le bon Pasteur dans l'iconogiapliie alVicaiue, voir Dicl. arch., t. 1, p. 641. 7:i5, et passiui.
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a pris en main la cause do la vi-rilé chrétienne, et il vcvit ti'iompher sur toute la ligne. Poursuivant donc le rationalisme païen sur le terrain du scepticisme où il se retranche, il s'attache, dans un épilogue, à établir le caractère transcendant du christianisme (40-49). Le christianisme est la Vérité absolue, venue de Dieu, divinum negolium; ce n'est pas, comme le veut l'opinion païenne, une philosophie entre autres '.
Comme toujours, il argumente ad honunein -. Les philosophes, dites-vous, prêchent de parole et d'exemple tout ce <|ue prêchent les chrétiens : innocence, justice, patience, sobriété, chasteté. D"où vient donc que vous traitez différemment les uns et les autres ? Qui donc voudrait obliger un philosophe de sacrifier, de jurer, d'illuminer sa maison en plein jour? Libre à eux de déblatérer contre vos dieux, parfois même contre les princes; et loin de les condamner aux bêtes, volontiers on leur élève des statues. Cela se comprend : ils s'appellent philosophes, au lieu de s'appeler chrétiens. Le nom de philosophe ne chasse pas les démons; que dis-je? on voit des philosophes prodiguer aux démons les honneurs divins. Ces bateleurs de vérité courent après la gloire; les chrétiens, disciples sérieux et pratiques de la vérité, n'aspirent qu'au salut. Sur Dieu, sur la chasteté, la probité, la modestie, l'égalité d'âme, la droiture, la simplicité, les philosophes ne s'entendent pas. et leurs maximes sont tristement commentées par leur vie-^. Quant aux chrétiens, assurément nous ne les
1. La première partie de l'Apologétique a d'ailleurs suffisamment prouvé que ce n'est pas une religiom entre autres. — Pour ce qui suit, comp-irer Èp. à Diof/nèle, 7 sq.
2. Ap. 46. — Sur la position philosophiqu(» do Tertullien. on peut lire la thèse de 31. A. de Jlargerie : De Q. .S'. F. Tertidliano opus<culum phi/osojihinon (Orléans, 1855), p. 52-10-2; ou encore l'excellente introduction deM.Esseï': Die Seelenlehre Terlullians (Paderborn, 1893).
3. Tertullien, que nous avons déjà vu injuste envers Soci-ate, ne se fait ])as faute d'accueillir ici toutes les anecdotes fâcheuses qui courent sur le compte des philosophes. D'ailleurs il s'inspire de Tatien, Discours aux Grecs, 2. 3. Ou bien faut-il admettre, avec M. Harnacii, que Tatien et Tertullien ont puisé successivement à une même source, qui nous demeure inconnue? Cette conjecture ingénieuse a obtenu le suffrage de M. Puech, Becherches sur le discours aux Grecs, p. 10.