CHRISTIANISME ET PHILOSOPHIE
croyons pas impeccables, mais pour peu quils s'oublient, nous ne les regardons plus comme chrétiens ; un philosophe, quoi qu'il fasse, conservera son renom de philosophe. Donc on n"a pas le droit de confondre philosophe et chrétien. Au reste, les philosophes doivent tout à IKcriture ', premier trésor de toute sagesse. Quel poète, quel sophiste n'a bu à la source des prophètes? Les philosophes y puisèrent aussi: mais le sens, obscur aux Juifs même, leur échappa, et ils en troublèrent. i)ar mille inventions, les dogmes certains. Dieu, le monde, Fàme : autant de questions capitales que chacun d'eux résout à sa guise. Ils avaient travesti l'A. T. : le N. T. lui-même ne devait pas échapper aux entreprises des faussaires, qui ont scindé Tunique voie des enseignements divins en un dédale d'opinions -. Soit dit pour empêcher de confondre les chrétiens avec les sectaires qui, en tant de façons diverses, maltraitent la vérité. Il faut le faire entendre une fois pour toutes à ces faux docteurs : la vérité est une; elle vient directement du Christ, "en passant par ses disciples. Ceux qui la haïssent n'ont fait que l'exploiter contre ellemême: les esprits d'erreur suggéraient ces imitations qui livrent au mépris public le jugement, l'enfer, le paradis et les autres dogmes du christianisme. Rien n'est plus absurde que la métempsycose •^, et pourtant elle trouve des adeptes. Or, sous les traits de cette caricature, on retrouve la doctrine de la résurrection corporelle, avec ses perspectives effrayantes sur l'autre vie, avec l'alternative entre la gloire éternelle et ce feu éternel dont Dieu nous montre l'image dans la ffamme inextinguible des volcans. Ces idées ', dans la bouche des chrétiens, sont traitées de chimères; dans la bouche des philosophes et des poètes, elles paraissent des oracles de
1. Ap. 17. — On a déjà rencontré [Ap. 18) cos idées traditionalistes. Voir c. 1, § 2. p. G et c. V, § 3, p. 221.
2. Nec minuii si votus instruuiontum ingénia j)liilosoplionim intervertoriint. Ex Jioi'iini seniine ctiani nostrani hanc noviciolani paraturaiu viri quidam suis opinionibus ad philosophicas sententias adulteravcruiit rt de una via obliquos multos ot incxplicabiles tramitcs scidcrunt. — Tcrtullien vient d'esquisser l'Iiistoire df la f.Miose.
3. Ap. 48. Cette page vigoureuse a «'ti'' rr'^;iuiiéf', c. III, § 2, p. 115, n. o. l. Ap. 19. Ilae sunt ijuae innobis solis praosiunptiones vocantui'.
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la science et du génie. Ils recueillent l'admiration et les honneurs; nous recueillons la raillerie et les châtiments. Pourtant ces idées s'imposent à nous, et elles nous rendent meilleurs, par la crainte d'un supplice éternel ou l'espoir d'une éternelle récompense. Qui donc poursuit une chimère? Nous, qui pratiquons la vertu, ou vous qui la condamnez? Nos doctrines sont à tout le moins inoffensives ; et les doctrines vous trouvent d'ordinaire plus tolérants ^ S'il en est qui méritent la risée publique, rien ne saurait justifier les rigueurs que vous exercez contre nous, aux applaudissements de la foule : le glaive, le feu, la croix, les bêtes. Cependant vous n'auriez aucun pouvoir sur nous si nous ne le voulions. Nous sommes chrétiens par notre libre choix; et cette foule, qui triomphe en nous voyant souffrir, se trompe, car nous préférons la mort à l'apostasie, et le martyre comble nos vœux.
Par cette fière déclaration, TertuUien prend nettement position contre la philosophie païenne, et répudie toute solidarité avec la gnose. Etait-ce une habileté? Oui, sans doute, à tout prendre ; car mieux valait pour l'Eglise encourir de franches haines que perpétuer des malentendus dangereux. En tout cas, c'était une nouveauté : car les lettrés chrétiens du deuxième siècle, porteparoles de la communauté persécutée, empruntaient volontiers à la sagesse antique des fragments de vérité conformes à l'Evangile -.
Au reste, TertuUien lui-même n'a pas entièrement rompu
1. Nam et multis aliis similia qiiibus niiUas poenas irrogatis, vanis ot fabulosis, inaccusatis et impunitis ut innoxiis. — C'est sans doute ce trait que vise M. Xoeklechen, quand il accuse (p. 182) TertuUien de se mettre en demi-contradiction avec lui-même en revendiquant pour le christianisme le droit commun des philosophies. 11 y aurait quelque injustice à souligner cette critique. Car en réalité, TertuUien ne fait que poursuivre son argumentation ad hominem, et prouver la transcendance du christianisme par l'inconséquence même de ses adversaires, qui, ne voyant en lui qu'une doctrine comme les autres, le traitent néanmoins autrement que les autres. Ce trait lancé en passant ne constitue pas un appel au droit commun des pliilosophies. et nous savons que Tertiillien n'en veut pas.
2. Ainsi saint .Justin. iAp.S. 10. 13. — Les apolo,i;istes athéniens surtout se réclamaient de la philosophie ; 'ASpiavài 'AvToiveivw... Mapy.iavo; 'Apiffriiôr,; ç'.),ô<roço; 'Aôrivatoç. — A-iToxpaTopciv Mâ.py.u) A'jpri).iw 'AvtmvÔvw v.où Aou/.îw A'jpy;/.({o Ko[i.rj5u> rspu.aviy.otc iapaaiiy-oïç, tô Se (aIvicttov <l''.).o<rô;oi(; (Athé-nagore). — Enfin Tatien .signait : 'O xatà papêâpou: çiÀcaostôv Ta-rtavô;.