VI. LE MARTYRE
On connaît déjà la dernière page de l'Apologétique-^ : défi jeté aux bourreaux, qui ne sauraient, malgré tous leurs supplices, dompter la constance des martyrs. Ce n'est pas sans dessein que Tertullien finit par cette idée : il attache une importance capitale à ce témoignage du sang, qui constitue un
1. Ou a beaucoup discuté sur ce cliangement de costume. Bien d'autres ])hiIoso|)hes au deuxième siècle, portèrent lepallium, entre autres Marc Aurèle. Saint Justin le jjortait aussi, après sa conversion au christianisme (Voir le d('but du I)iahj;/ue). Il est probable qu'en adoptant le pallium Tertullien voulait l'aire profession d'ascétisme chrétien. C'était une prise (Vhahil, selon le mot de .M. Boissier {Fin du paganisme, t. 1, I. 3, c. 1, 2. — Pour tout ce qui concerne le traité du manteau, nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à cette spirituelle étude).
2. Pal. G: (jaude, pallium, et exulta : melior jam te philosophia dignata est, ex ((uo christianum vestirc coepisti.
;5. .1/). 50. Voir c. I, ;' 4. p. 32. — Saint .Justin avait dit, 1 Ap. 57 : Où yàp ÔEÔoîxajAEv Oàvatov... iraôwv xwv èvrayOa xal /peiwv r||j.à; puôfisvoi eùepye ToÙCTiv, éauToù; 5à çau)>ou; ... 0£'.7.vûoy<7'.v. — Cf. 1 .\'. IS. l!l.
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triomphe moral dune grandeur ineomparfiblc, et permel , mieux que tout le reste, de mesurer la supériorité du christianisme sur les sectes qui le combattent. Xon content de livrer celte idée aux réflexions des persécuteurs, il a voulu la commenter à l'usag-e des fidèles dans un écrit spécial, où nous trouvons sa théologie du martyre ' .
11 s'agissait de prémunir les âmes contre les conseils perfides de l'hérésie -. Le scorpion, fléau des étés, distille sournoisement un venin redoutable : ainsi les gnostiques et autres docteurs de mensonge, qu'enfante l'ardeur de la persécution, ne manquent-ils pas de bons prétextes pour légitimer l'apostasie ^. Contre la piqûre de ces reptiles, Tertullien connaît un spécifique merveilleux [scorpiace] : c'est la foi, qui ne recule pas même devant le martyre.
Il insistera d'abord ' sur la nécessité du martyre en certains cas. Ces hérétiques sont gens à ne pas ménager : il faut les briser pour les réduire. Là-dessus il rappelle les anathèmes divins contre l'idolâtrie |Ex. 20, 2 sq; 20, 22 sq; Deut. 6, 4 sq; 11, 27 sq; 12, 2 sq; 12, 30; 13, 1 sq. 6 sq. 16 sq; 27, 15; Lev. 19, 4; 25, 55; 26, 1). 11 ne s'arrêtera pas à prouver que Dieu avait le droit de poursuivre lidolàtrie et de la frapper avec rigueur''; mais il montrera par l'histoire que Dieu a tenu la main à l'exécution de ses ordres Ex. 32 : le veau d'or; trois mille Israélites mis à mort par leurs proches; Num. 25 : près de Sélim, idolâtrie avec les filles de Moab; vingt-trois mille victimes; Judic. 2 : après la mort de Josué, Israël honore Baal et Astarté; il est livré au glaive de ses ennemis). Ces commandements divins, et leur sanction historique, montrentassez ce que Dieu pense de l'idolâtrie''. Or l'obligation de n'y pas tomber conduit au martyre. On voit donc que, contrairement à ce que disent les hérétiques, le martyre rentre dans le plan divin.