I. LE MOXTA.MSMK KN ORIENT
Tandis que Tertullien combattait avec une fierté provocante, au premier rang * des défenseurs de l'Eglise, un mouvement religieux parti de l'Orient troublait profondément les chrétientés de l'Afrique latine. Né dans la Phrygie, au pays des corybantes, rappelant par ses manifestations extérieures les anciens cultes orgiaques, ce mouvement avait eu pour auteur principal un néophyte originaire du bourg d'Ardaban en Mysie, Montan ^, dit le Paraclet ; il prétendait substituer au gouvernement régulier de l'Eglise le règne des charismes personnels.
Très actif durant la période apostolique, le prophétisme avait décliné à mesure que l'enthousiasme de la première heure faisait place à une organisation stable. Le N. T. nous montre à l'œuvre ^ Agabus, Judas, Silas, les filles du diacre Philippe;
L Sources de l'histoire du inontanisnio : Eusèbe, //. E, 5, 3 et 14-1'.); saint Épiphane, Haeres. 48. 19: P/iilosophumena,H, \9; 10,25; — Tertullien,/)assù?i.
A consulter : Bonwetscli, die Geschichte des Monlunismus (Krlan^iMi 1881). — Beif^k, Geschichte des Monlanismus (Leipzig, 1883). — llilj;enl'eld, I)ie Kctzcr geschichte des Urchristenthums (Leipzig, 1881). — ^'oigt, Eine vrrschollene Urkunde des antimontanistirhen Kampfes (Lei])zig, iNflj ). — Funk, art. Monlanismus dans le Kirchcnle.riron de Fribourg-, t. N, p. 1827-181-2. — Ilarnack, Chrotiolof/ie der A . C. /.., 1, p. 3(J3-:381. — \. l'rnioni. La crise mont nnis te, dans R.Q. //., t. 72 (I!KI2), p. (il-9().
2. Eusèbe, //. E. 5, 14 : Tov jasv ôy) TCapâxÀ-/iTov Movxavov, xà; o' èÇ aOroù Yuvatxa;, II(>î(jxi),).av y.ai Ma?îjj.'.)).av.
3. Act. 11,28;1.0, 22. 32:21, '.t. 10. — Cf. l'ioni. 12.(;; 1 Cor. 11, 1; 12,28; 14, 3; E[)h. 2, 2(i ; Eph. 4, 11 : Aùtô; iowxîv toù; p-èv àTrocTTÔXo'j;, to'j; ôè tîoo-
43G THÉOLOGIE DE TEIiTULLIEN.
la Didachè ' assigne encore aux prophètes le premier rang dans la hiérarchie. Parmi les héritiers du charisme prophétique, nous connaissons- Ammia de Philadelphie et Quadratus. Au milieu du deuxième siècle, ce charisme paraît presque éteint. Montan prétendit le ressusciter. Cet hérésiarque nous est dépeint ■' comme un intrigant, que l'ambition avait livré à linlluence du démon, et en qui se manifesta tout à coup un spiritisme, étrange ^. Les discours violents que. durant ses extases, il tenait contre la tradition chrétienne et la succession apostolique, firent scandale parmi les fidèles d'Asie. Tandis que la plupart le tenaient pour un démoniaque, un petit nombre vit en lui un vrai prophète. Par des flatteries adroites, mêlées de remontrances, il réussit à dominer ses adeptes; deux femmes, Maximilla et Priscilla, quittèrent leurs époux "^ pour le suivre, et bientôt présentèrent les mêmes symptômes de possession diabolique. Lépiscopat s'émut : Zotique de Comane et Julien d'Apamée voulurent confondre l'esprit qui parlait parla bouche de Maximilla; Sotas d'Acliialos se mit en devoir de l'exorciser : ils en furent empêchés par les gens de la secte. Cet esprit disait" : « On me chasse comme un loup du milieu des brebis; or je ne suis pas loup, mais verbe, esprit et puissance. » A la suite de nombreux synodes tenus par les chefs de l'Eglise, les nouveaux prophètes furent excommuniés. S'il faut en croire des récits qui avaient cours en Orient, Montan et Maximilla finirent par se pendre ; un certain Théodote qui, par la puissance du démon, s'élevait dans les airs, tomba sur le sol et se rompit les membres. Toujours est-il que les guerres et les fléaux prophétisés par les monta-
1. Did. 13, 3 : Aw!7î'.; -r;i i-OL^/jt-/ toî; 7:posr,Tat;- aÙTo: yâp siiT'.vo'. ai/iEpît; ûfiàjv. — Ib. 10, 7; 15, 1.
2 Eusèbe, //. E. 5, 17, 4. — Quadratus propht-tisait sous Trajan, //. E. 3, 37, 1.
3. La source principale de ces renseignements est l'auteur anonyme de trois livres à Abercius Marcellus, consulté par Eusèbe (H. E. 5, 10. 17).
4. Sur les extases de Jlontan, voir Épiphane, Hner. 48, 4 sq. — L'esprit de Montan se donnait pour Dieu en personne, Ib. 48, 11.
5. Eusèbe, //. E. 5, 16, 9; 18, 3: Tov; âvôsa; •/.a.xoù.ino-J'jOLi. IIw; oSv ètJ/eûôovTO npîcxtW.av ivapOévov à7ioxa),o'JVTcî ;