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nous soiil connus que par quelques mots. Mais évidemment une hérésie qui suscitait tant de contradictions n'était pas négligeable. Les débuts de Montan remontent, selon la version vraisemblable de saint Epiphanc\ à la dix-neuvième année d'Antonin, 157 de notre ère. Vingt ans plus tard, sous Marc Aurèle, nous trouvons un montaniste, nommé Alcibiade -, jusque dans les prisons de Lyon, où, mêlé aux autres confesseurs de la foi, il continue à vivre de pain et deau, selon toute la rigueur de la secte. Celui-ci d'ailleurs nétait pas opiniâtre : les représentations de ses compagnons l'amenèrent à user, en esprit de gratitude, des dons du Créateur. Mais cette première apparition du montanisme en Occident fut, aux yeux des captifs, un fait assez notable pour qu'ils jugeassent bon d'en écrire aux églises d'Asie et de Phrygie, en même temps qu'au pape Eleuthère.
Une diffusion si rapide ne s'expliquait pas si la prédication montaniste n'avait rencontré des auxiliaires. Parmi ces auxiliaires, qui transformèrent en un vaste ensemble religieux le produit incomplet du sol phrygien, nous signalerons le rêve millénariste, surexcité par la littérature apocalyptique et sibylline, puis les tendances ascétiques préconisées par divers apocryphes du N. T.
On sait de quelle faveur a joui, au deuxième siècle chrétien, le livre d'IIénoch ^. Là même où on ne lui donnait pas place dans le canon des Ecritures, on y reconnaissait l'écho des prophètes, et volontiers on y cherchait des lumières sur les derniers jours du monde. En nous rendant, il n'y a guère plus de cinquante ans, cette apocalypse grandiose '', l'Abyssinie nous a permis de pénétrer plus avant dans la pensée des premières générations chrétiennes. Elles trouvaient là, en re-
1. Saint Épiphane, Hacr. 48. 1. — Voir Harnack, Chronologie der ACL p. 372.
2. Eus. ô, 3. — Les niontanistos sont, pour les confesseurs de Lyon, ol à|J.çt TÔv M&vxavôv xal 'A),xiêiaôr,v xal Weôootov.
3. On peut en dire autant, proportion gardée, des autres productions de l'apocalyptique juive : Assomption do Moïse, Apocalypse de Baruch, Psaumes do Salomon, etc.
4. Dus Buch Henoch, horausgegeb. von Flomming und Radermacher (Leipzig, 1001); voir l'introduction par Flomming.
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garddes malédictions préparées au crime, Timage idyllique de cette terre que Dieu fera lleurir pour ses élus ', où la fécondité des justes n'aura d'égale que celle du sol destiné à les nourrir; de cette vallée profonde- où ils se reposeront à l'abri des persécuteurs ; de cette cité de refuge ^ à laquelle se heurteront les chars ennemis. Elles y voyaient se dérouler sous diverses allégories '■ des perspectives de bonheur terrestre pour l'humanité vertueuse. Des images semblables se rencontrent dans les vers sybillins. Parmi les auteurs chrétiens '■', l'hérétique ("érinthe fut le premier à les transposer, d'ailleurs grossièrement, dans son paradis sensuel ^. Elles figuraient aussi dans la prédication de Papias, dont saint Irénée nous a conservé^ ce souvenir : « Des jours viendront où naîtront des vignes, ayant chacune dix mille sarments, et à chaque sarment dix mille branches, et à chaque branche dix mille verges et à chaque verge dix mille grappes et à chaque grappe dix mille grains; et chaque grain, mis sous le pressoir, donnera vingtcinq mesures de vin. Et quand quelqu'un des saints étendra la main vers une grappe, une autre s'écriera : je suis une grappe meilleure, prends moi, rends grâce au Seigneur. Et de même les grains de froment... » On scrutait l'A. et le N. T. pour y trouver la justification de ces rêves eschatologiques. L'épître de Barnabe voit dans l'hexaméron la preuve symbolique que le monde durera six mille ans jusqu'au règne de Dieu. Saint Justin trouve dans l'Apocalypse la prophétie d'un règne du Christ, pendant mille ans, dans .Jérusalem^. Saint Irénée ne fixe pas de chiffre, mais il s'étend longuement, d'après Isaïe,