‹ La théologie de TertullienChapitre 397 sur 455 · Voir les textes cités, c. VII · texte numérisé non relu

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4. Ainsi la peinture célèbre du cimetière de Calliste, reproduite par Jlarucchi comme frontispice du t. 2 de ses Éléments d'archéolof/ie chrétienne (1900).

.^. .Je m'étonne que IM. Monceaux ait cru devoir s'y arrêter (Tertullien, p. 80). — Le pi-ernier auteur qui ait voulu retrouver dans la Passio Perpeluae la communion des artotyrites est. à ma connaissance, Xoesselt : De vera aetale ac doctrina scriptorum r/uae supersunt Tertutliani (1757), ? 47 (ap. Oehler, t. 3. p. 615).

EVOLUTION" UliS IDKES DE TEItTUI.LIEN. 44o

Esprit exalté, caractère intransigeant, TertuTlien devait accueillir avec faveur une doctrine faite d'illuminisme et de rigorisme. Aussi la nouvelle prophétie s'empara-t-elle puissamment de son àme. On a souvent répété qu'il fut toujours virtuellement montaniste, et que, bien avant la crise qui h; jeta hors du catholicisme', que même de tout temps, il en était séparé d'esprit. Si par là on entend seulement dire que de profondes affinités entraînaient dans les voies de la nouvelle hérésie sa nature ardente, rien n'est plus vrai. Mais nier l'évolution de son esprit serait aller contre l'évidence même. Sans reprendre une démonstration qui a été faite bien des fois-, nous relèverons brièvement, dans ses premiers écrits, les grandes lignes d'un Antimontan.

A ses débuts, malgré des déclarations bien imprudentes sur l'indifférence des chrétiens en matière politique, il les présentait comme des serviteurs dévoués de l'empire, intéressés à sa conservation, occupés de retarder par leurs prières la catastrophe finale. Dans les questions religieuses, il adhérait fermement au principe d'autorité, comme seule garantie de l'unité contre les écarts de la pensée individuelle, et il montrait dans la tradition apostolique la pierre de touche qui permet de reconnaître et de dénoncer toute nouveauté doctrinale. Compatissant aux souffrances, il se gardait bien de réprouver, comme une apostasie, la fuite devant la persécution. S'il eut toujours en haute estime la perfection de la chasteté, il ne laissait pas de vénérer l'institution divine du mariage, et se bornait à déconseiller les secondes noces. S'il approuvait le jeune, il appréciait pourtant les dons du Créateur, et blâmait l'abstinence hautaine des marcionites. Il respectait les usages autorisés dans l'Eglise. Il admettait que cette Eglise a des pardons pour toutes les fautes, et

1. Tliéso poussée à ri'.xtrrnu' dans la ilisscrtatiou de (i. CciitiiiM-, Tetiull'uini quae supersunl omnia in munlanlamo sc)-q)la videri (Koproduit i)ar Oehler, t. 3, j). 511-ij'39). — M. Gui^nebert on adopte pratiqueiiKMit l(>s positions, up. cil. Introd. p. vni : « Tcrtullion a toujoiiis t'ti' virtuclh^nont niont^iniste. ■> ; conclusion, p. 577. " L'Éfjfliso ortiiodoxe l'a l'-carté tout à lait à partir do sa chute, mais en réalité il était virtuolli'uicnt sépar(' d'cili' dès ses premiers éci'its. »

2. Voir en particulier : Xoosselt, DispuUUio (1757; ap. .Migno, t. 1, Odilor, t. 3), et les autres travaux cités dans notre Introduction, j). vu.

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que le défaut'de pénitence, de la part du coupable, met seul obstacle à ces pardons. Il admettait que tous les fidèles ne font qu'un dans le Christ.

En résumé, comme citoyen, comme croyant, comme prêtre, il s'attachait à l'Evangile commenté par la pratique de l'Eglise. Sur tous ces points, nous verrons sa pensée dévier, à mesure qu'il s'engagera sur la pente de lilluminisme phrygien.

m. LE MILLKXAniSME,

Comme beaucoup de ses contemporains, Tertullien croyait à l'imminence des derniers temps. Peu d'idées reviennent plus souvent dans ses écrits de toute date ', et aucune partie de la doctrine montaniste ne répondait mieux à ses propres aspirations que l'annonce de la prochaine Parousie. Dans un ouvrage spécial, intitulé De spe fidelium, il avait montré le néant des espérances juives, et prouvé que les oracles où Israël fonde son attente doivent s'entendre allégoriquement du Christ et de l'Église. Cet ouvrage est perdu ; mais on en retrouve la trace à la dernière page du troisième livre Adv. Marcionem ^^ où le rêve millénariste revêt la forme d'un mirage oriental. Après avoir établi la réalité du royaume céleste, il ajoute que cette réalité n'exclut nullement celle d'un royaume du Christ en terre. Ce dernier royaume doit venir avant l'autre, pour les justes ressuscites, et il durera mille ans dans la Jérusalem nou-

1. Ap. 32 : Ipsam clausulain saeculi acerbitates horrendas comminantom Romani imperii commeatu scimus retardari — Ih. 39 : Oranius... ])ro niora finis. — Or. 5 : Utiquo ultio illorum a saeculi fine dirigitur. Inimo quani celeriter veniat, Domine, regnum tuum, votum Christianorum, confusio nationum. — 2 C. /". 9 : Nos sumus in quos decucurrerunt fines saeculorum. Nos destinati a Deo ante mundum in extiniatione temliorali. — 1 Ux. 2 : (Nuptias) Apostolus in extremitatibus saeculi auc excidit redundantes aut composait inconditas. — Ib. 5 : Et tamen illa tanccaecitas longe a finibus saeculi habebatur. — R. 22: Vota nostra suspirant in saeculi hujus occasum. — Ex. c. 6 : Nunc vero sub extremitatibus temporum compressit (Deus) quod emiserat. — Munog. 7 : Crescite et redundate, evacuavit extremitas temporum. — Piid. I : Mala magis vincunt, quod ukimorum temj)orum ratio est.

MILLÉNARISME. 447

velle descendue du ciel : lApôtre y fait allusion quand il parle de notre droit de cité céleste (Philipp. 3. 20). Montrée à Rzéchiel (Éz. 48), puisa saint Jean (Apoc. 21), cette cité est proche, au dire des nouveaux prophètes. Elle est si proche qu'on l'a vue ^ : des païens même l'attestent, au cours d'une récente expédition d'Orient — vraisemhlablement la campagne de Sévère contre les Parthes (197-8) - — , durant quarante jours on aperçut le matin une cité merveilleuse, suspendue entre ciel et terre, revêtue de ses murailles, qui s'évanouissaient au lever du jour. Comment n'y pas reconnaître cette Jérusalem céleste où, durant mille ans, les justes jouiront de l'abondance des biens spirituels, comme compensation des sacrifices accomplis et des pertes endurées pour Dieu?

L histoire profane est muette sur ce mirage qu'aurait éprouvé l'armée romaine dans le désert de Judée. Toujours est-il que Tertullien s'enchante par la perspective de ce règne temporel, qui, selon sa pensée, préludera au règne éternel. Et il fait remarquer une gradation ménagée par la Providence : les prophètes de l'A. ï. avaient parlé de bénédictions temporelles et de royaume terrestre; il était réservé au Seigneur lui-même d'élever les esprits et les cœurs vers les pensées éternelles et vers le royaume des cieux.

A l'époque où Tertullien poursuivait avec tant d'ardeur la vision de la Parousie, le millénarisme de Cérinthe avait déjà subi les attaques de Caius. Mais l'exemple récent de saint Justin et de saint 1 renée prouve qu'un certain millénarisme était admis

1. Donique proxinie oxpunctiim est oriiMitali l'xpeditione. Constat oniiu cthnicis quoquo testibiis in .ludaea por dios XL niatiitlnis niomentis civitateni do caelo pependisse, oumi mooniorum hal)itu evanesccnte de profcftu diei, ot alias de proximo nullam. Ilanc dicimiis cxeipiondis rosurrectionc sanctis ot rofovcndis oinniuiii bonoruni utiquo spii-italiinu copia in coinponsationoiu ooriini quae insaoculo vol dospoxiinus vel aniisinius a Dec prospcctam. Siquidoiu ot justiuu ot Doo dignuni illic (pioqiio exultai'o l'aiiiulos ojiis ubi siint et afllicti in noinine ipsius. llaoc ratio rogni torreni, po.stcujns millo annos, intra <|iiani aotatoni concluditur sanctoruui l'osurrectio pro nioritis inaturius vol tard lus resurgontiiini, tune ot iiiinidi dostnictiono ot judicii conflaf^rationo couiniissa, doniiitati in atomo in anerolicani .siibstantiain, se. por illud inoorruptolao siiporindunicntiun, transforoinur in caolesto rognuui.

ti. Voir de Ceulonooi-. Esstai sur lu vie cl le rè<inc de Seplimc-Scvère (Bruxelles, 1880), p. llô s.i.

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par bien des catholiques. Energiquement combattues par l'école d" Alexandrie, ces idées séduiront encore ' Victorin de Pettau, Lactance, et, pendant un temps, saint Augustin. Origène commencera la délaite des millénaires en faisant prévaloir l'exégèse allégorique des textes qu'ils invoquaient, saint Augustin leur portera les derniers coups.

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