‹ La théologie de TertullienChapitre 432 sur 455 · Ib · texte numérisé non relu

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reprises une pénitence qui ne fut jamais complète; TertuUien lui-même nous apprend '. dans un ouvrage orthodoxe, queMarcion l'hérésiarque faillit mourir réconcilié avec l'Eg-lise; et pourtant, s'il faut en croire l'auteur du livre Adcersus omnes haereses-, l'apostasie n'était que la dernière faute de Marcion : il avait encore à expier les désordres de sa jeunesse. Tous ces faits montrent que l'innovation reprochée à Calliste n'était pas si profonde qu'on pourrait le croire-', et doivent faire accueillir avec une certaine réserve les assertions de TertuUien, comme celles des Philosophumena.

Il serait téméraire de vouloir déduire des conclusions fermes de données aussi flottantes, et de prétendre percer toutes les ombres qui entourent pour nous les origines de la pénitence dans l'Eglise d'Occident. Voici pourtant ce qu'on entrevoit. Au début du troisième siècle '', un certain courant rigoriste tendait à exclure des pardons de l'Eglise les pécheurs coupables de fautes particulièrement graves, notamment des trois fautes réservées : idolâtrie, impudicité, homicide. Que ce courant n'entraînât pas toute l'Eglise, nous en avons pour preuves, outre le De paenitentia de TertuUien, des faits historiques nombreux; sans pouvoir mesurer son intensité, nous constatons qu'il exis-

1. Praexcr. 30 : Marcion paeiiitentiam coiifpssus cuiu condicioni datao sibi occurrit, ita pacem recoptunis si cotoros quos poi-ditioni erudissot Ecclcsiae restituoret, morto praeventus est.

•2. Pseudotoi'tuU., Adv. omnex haereses, (j : Marcion ijuidam nomino, Ponticus gonoiT, cpiscopi lilius, proptor stiipriun cujnsdani virginis ab Ecclesiae communications abjortus. — Cf. Épipliane. Ilaer. 12, 1.

3. Si toutes les dispositions dos canons d Hipjiohjle pouvaient être datées avec certitude, on aurait là encore un tt-nioignagf fort important. On lit 1."», 7(3 : I-'ornkalor vel qui quaestum ex fornicatione ([uaerit, vel cinaedus... (suit une longue liste d'autres jiécheurs) — hi omnes et qui siniilos sunt liis neque instruendi ne(|ue baptizandi sunt, donec ab omnibus talibus operibus abstineant... ?!>. Quodsi fxM Ixtidismmn in illa, quae signilicavimus, criminosa fla;/ilia reinpsi invcaianluf. rx lùrlcsia erpellanlur donec paenilentiam ci/ei-inl cum (letu, jejnnio et ojieribus misericordiae. — Ce canon appartient k une ('-poque où les chrétiens fornicateurs étaient admis à la jjénitence, <'t i)arfois pour un temps limité.

4. Nous n'oserions remonter beaucoup \>ïus haut, car cette tendance rigoriste ne parait pas ancienne, et on ne la considérait pas comme telle à Rome, deux siècles plus tard, ^'uir Innocent I, Ep. (>, ad Exuperivm, o, 6 (I'. L. 20, 19S. m).

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tait en Afrique ' et à Rome, et que les montanislos y entrèrent. Le pontificat de Calliste vit éclater une crise, ({ui Ut prévaloir une discipline plus clémente à l'égard des impudiques; trente ans plus tard, au temps de saint C.yprien, une nouvelle crise amena un résultat semblable pour les lapsi. Dès lors le rig-orisme, au moins le rigorisme doctrinal en matière de pénitence, peut être considéré comme éliminé de l'Eglise, et confiné dans la secte novatienne. Au commencement du quatrième siècle, certains canons d'Elvire- présentent encore une affinité remarquable avec les revendications du De pudicitia : c'est que, dans son isolement, la péninsule ibérique restait en arrière du mouvement qui emportait Rome et Cartilage. Encore faut-il bien noter que ces canons disciplinaires ne touchent pas la question de dogme : inspirés par des raisons de prudence, ils n'offrent pas trace de la thèse montaniste qui posait arbitrairement des bornes aux pardons de l'Eglise.

La doctrine de Tertullien sur l'Église-Esprit procède moins du travail de sa réflexion que du ressentiment de son orgueil blessé. En même temps que sous l'empire d'un encratisme farouche il se réfugie dans un christianisme de plus en plus éthéré, ses démêlés avec la hiérarchie le portent à battre en brèche la succession apostolic|ue, si éloquemment défendue dans le traité de la Prescription. Dans sa réaction violente contre le principe catholique, il en vient à emprunter le langage et les idées des gnostiques, après les avoir tant combattus. C'est un concept gnostique que celui de cette Eglise des purs, mis à tout jamais, par l'adoption divine, à l'abri des fautes graves ^. L'Esprit divin n'est plus seulement le lien vivant de

1. Saint Cyprieu nous apprend que plusieurs de ses prédécesseurs avaient refusé la paix aux impudiques. Ep. 55, 21 : Et quidem apud antocessores nostros (|ni(lam de opiscopis istic in provincia nostra daudaui pacem inoechis non putaverunt, et in totuni paonitentiae locuni contra adulteria cluserunt. Non tainen a coopiscoporuni .suoruni collegio recesserunt aut catholicae Ecclesiae unitateni vol duritiae vel censurae suae obstinatione ruperunt, ut, quia apud alios adulteris pax dabatur, qui non dabat de Ecclesia sepai-arctur. — Pour Rome, nous avons cité le texte des Philusophumena, 9, 12.

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