INTRODUCTION. VII
sur Rigault; il dispose de nouvelles ressources critiques, mais en use avec trop peu de rigueur. Son édition reste la meilleure, en attendant l'achèvement du Tertullien de Vienne. Le tome I" de cette dernière édition, préparé par Reifîerscheid et publié après sa mort par Ilartel et Wissowa (1800), n'a pas répondu à toutes les espérances ^ ; on peut augurer mieux du tome IIP, qui doit renfermer la plupart des traités théologiques, et à la préparation duquel M. Kroymann a préludé par d'importants travaux sur les mss. de Tertullien.
Comme Tertullien s'est beaucoup contredit, un de nos premiers soins devait être de démêler la chronologie de ses œuvres, afin de suivre, autant que possible, l'évolution de sa pensée. Ce problème a été agité maintes fois depuis trois cents ans, et aujourd'hui encore plusieurs l'estiment insoluble. Xous sommes bien éloignés de ce pessimisme, et les travaux accomplis depuis un demi-siècle nous paraissent approcher d'une solution définitive'-. Sans
1. M. von Hartol, qui avait tenu à respecter, comme éditeur, l'œuvre de Reifferscheid, a consigné ses propres observations dans une série de mémoires : Palrhihclie fjtudien, insérés aux Sitzvngsberichle de Vienne, 1. 120, 121, 124 (1889-91). — Voir encore J. vander Vliet, Studia ecclesiasHm . Pars prior (Leyde, 1891); Kroj^mann, QuaesUones Terhdlianeae crUicac (Gôttingen, 1893: Innsbruck. 1894); H. Gomperz, Terlullianea (Vienne, 1895).
2. Citons, parmi les travaux li'S plus récents : Bonwetsch, Die Schriflen TerluUians nock der Zeil ihre)- Abfassuny (Bonn, 1878); Ilarnack, Zut- Chronologie der Sckriflen TerluUians, dans Zlschrf. fur Kirchengeschichle, 2,4.(1878); Noeldeclien, Die Ahfassunf/szeit der Schriflen TerluUians, dans Texle und Untersuchunf/en, 5,2 (1888); Kellner, Chronulorjiae TerluUianeae supplemcnln (Bonn, 18tMJ); .J. Sclnnidt, Ein lieilrn;/ zur Chronologie der Schriflen TerluUians und der Proconsuln von Africa, dans Rheinifches Muséum, 46 (1891) ; Rolffs, Urkunden ans dem aniimonlanischen Kampfe des AbendUmden, dans T. v. U. 12,4 (1895); Monceaux, Chronologie des œuvres de Terlullien, dans Revue de Philologie, 22 (1898); le même dans : Histoire littéraire de T Afrique chrétienne, t. 1 (Paris 19(J1); enfin et surtout :
VIII TIIKOLOGIE DE TliHTULMEN^
entrer dans le détail de ces discussions, disons pourquoi nous croyons qu'elles ont été fécondes, sinon quant à la date exacte de tous les écrits de Tcrtullien — il faut sans doute renoncer à la connaître — , du moins ([uant à leur succession dans le temps. Cotle succession importe, presque seule, à notre étude, et nous la croyons ;"i peu près lixée.
Les données dont on dispose pour établir cette chronologie peuvent se ranger sous trois chefs : d'abord les allusions faites par Tertullien lui-même à ses propres ouvrages; puis ses allusions à des événements connus de l'histoire; enfin l'esprit montaniste, qui caractérise les écrits de la dernière période.
1. La première source est de beaucoup la plus abondante et la plus sîire, car souvent Tertullien se cite luimême. Nous avons relevé les allusions suivantes : qu'on nous permette de recourir déjà aux abréviations qui nous serviront constamment dans ce livre K
Test. 5 cite Ap. 19 (et Ap. 17 annonçait Test.) — B. 15 cite un écrit sur le même sujet, en grec. — 1 C. f.8 cite Sp. — Henn. 1 cite Praescr. — V. v.l cite un écrit sur le même sujet, en grec. — 1 M. 1 cite Praescr. — 3 M. 24 cite : De spe fidelium (perdu): — Val. 16, cite Herm. ~2 M.9, An. 1, 3, 11, 21, 22, 24 citent : De censu animae adversus Hermogenem (perdu, mais sûrement postérieur au traité conservé, Herm.) — An. 20 cite De fato (perdu). —An. 21 cite 2 M.
— An. 5.5 et 5 M. 12 citent : De paradiso (perdu). — c. C. 2 cite Praescr. — c. C. 7 cite 4 M. — c. C. 8 cite Adv. Apelleiacos (perdu)
— c. C. 12 cite Test. — /?. 2 cite c. C. (et c. C. 25 annonçait B.). — H. 2. 14 citent 1 et 3 M. — B. 2, 17, 42, 45 citent An. — 5 M. 10 cite
llarnack, iJie Clironulofjie der nllchrisllichcn LiUeratur bia Euschius, 2 (Leipzig, 1901), p. îôG-^fNJ.
1. On en trouvera rexplicalion p. xui et xiv. — L'espace nous manque pour faire ici la preuve de tous ces faits: presque loujoiirs on la trouvera chez Noeldechen, Monceaux ou Harnack.