‹ La théologie de TertullienChapitre 51 sur 455 · Ib · texte numérisé non relu

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6. Du moins Tertullien présente ainsi la genèse du marcionisuie (1 M. •j). Mais il est fort possible que les considérations scripturaires aient l)rimé toutes les autres dans la pensée de l'hérétique. Voir sur ce point Th. Zahn, Gcschichle des \. T. Kanons, 1, 2, j). 580.

DUALISME DE MAUCIOX. 51

christianisme avec Ihylozoïsme des anciens philosophes, Marcion * admettait résolument un dieu distinct, principe du mal.

Cet armateur de Sinopc dans le Pont -, d'aljord bienfaiteur de l'Eglise, puis apostat et chef de secte à Rome sous le règne d'Antonin (138-161). avait développé sa doctrine dans le livre, aujourd'hui perdu, des 'AvTiOc'aetç. où il opposait le Nouveau Testament à l'Ancien -'.11 admettait pour 1" ancienne Loi, un dieu rigoureux, créateur du monde; pour la nouvelle, un dieu bon, manifesté en Jésus-Christ. L'austérité qu'il affectait iit la fortune de la secte. Au début du troisième siècle, Marcion était mort; mais ses doctrines demeuraient un danger pour l'Kglise. Il n'est point d'adversaire contre qui Tertullien ait plus bataillé. Non content de lui lancer bien des traits en passant, il le réfuta méthodiquement jusqu'à trois fois. Nous j)ûssédons sa dernière rédaction, en cinq livres : c'est le plus étendu, et, au point de vue dogmatique, le plus important de ses ouvrages. Comme il reproduit plusieurs développements du traité contre Hermogène, nous nous attacherons surtout aux parties originales.

Le premier livre est une réfutation du dualisme marcionite. Partant de la sentence évangélique '' : un bon arbre ne saurait produire que de bons fruits (Mat. 7, l(Sj, Marcion rencontre la parole d'Isaïe : C'est moi qui produis le mal (Is. 45,7); il en conclut que le Dieu créateur de l'A. T. n'est pas l'auteur du bien. Dans le Christ, il trouve au contraire une disposition toute bienveillante, et il en conclut que le Christ est une révélation du dieu bon. Avec ce ferment d'hérésie, il corrompra toute la foi. Or la vérité chrétienne ■', répond Tertullien, déclare expressément : Dieu est un, ou il n'est pas. En effet,

1. Sur la littérature marcionite, voir Harnack, ACL, l, p. 191 sq. — Avant Tertullien, saint Justin avait écrit un Antiniarcion (cité i)ar Irénéc, 4, 6, 2). Saint ïn'née, dansses livres contre les hérésies, t'ait aussi une grande part à la controverse marcionite.

3. Les altérations (|ni' Man;ioii Taisait siiijir à la parole de Dieu seront signalées plus loin (ch. \\ et \').

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nous concevons Dieu comme un être souverain, éternel, qui ne doit rien à personne. Un tel être est nécessairement unique : car par le seul fait d'avoir en face de lui un second être semblable, il cesserait d'être souverain. Et qu'on ne parle pas de deux dieux ' souverains chacun dans sa sphère, comme deux rois dans leurs royaumes respectifs. Car la souveraineté des rois de la terre est toute relative et finie : l'argument pour l'unité de Dieu repose précisément sur ce que Dieu est un être absolument incomparable en sa solitude. Et puis, pourquoi s'arrêter en si beau chemin ^ ? Si l'on fait tant que d'admettre deux dieux, pourquoi pas trois, pourquoi pas quatre, pourquoi pas trente, autant que de marcassins à la truie d'Enée ? Le gnostique Valentin n'a pas craint d'aller jusque-là. Mais, dira-t-on, les dieux de Marcion sont inégaux ^. Tertullien s'empare de cet aveu que le Créateur est Dieu, et pose le dilemme : ou bien les dieux de Marcion diffèrent entre eux, et le moindre des dieux n'est pas un dieu véritable, ou bien ils ne diffèrent nullement et il n'y a aucune raison de partager entre eux la souveraineté. Les marcionites s'en vont répétant qu'ils ont un dieu nouveau '*, et s'en montrent aussi fiei's que des enfants d'une paire de souliers neufs. Mais cette nouveauté même les condamne. Pourquoi les dieux des Gentils, y compris Saturne, sont-ils de faux dieux, sinon parce que leur divinité eut un commencement? Dieu n'a pas d'âge, parce qu'il est éternel. J'entends bien, poursuit Tertullien, en quel sens ce dieu est nouveau ** : c'est qu'on a reconnu récemment son existence. Ils oublient qu'un dieu vrai ne saurait être inconnu. De par la création ^, le vrai Dieu est connu de tous. Il ne faut pas faire commencer son culte à Moïse, d'autant que Moïse montre Dieu connu d'Adam dès l'origine du monde. L'âme humaine a reçu en dot la connaissance de Dieu : cette connaissance est au fond de la créature raisonnable. Le dieu de Marcion n'a rien créé ^.

•,'. 1 Ib. 5.

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