‹ La théologie de TertullienChapitre 54 sur 455 · Ib · texte numérisé non relu

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5. Ferventer, ut adliuc nooph3tiis. — Toi-tullieii admet ici que, danscot (■'liisodo de la prédication apostolique, saint Paul n'eut pas le beau rôle. Cf. Neandor. j). 1-23- 125. — Plus tard il adoptera d'autres vues (5.U. 3, inlV. eh. IV, n. P- 1").

DUALISME DE MARCIOX. 5o

raison et d'un soupçon injurieux. Paul s'était mis d'accord avec les chefs de l'Eglise pour la propagation de l'Evangile ; seulement il crut devoir rappeler ce qu'on avait parfois semblé méconnaître en pratique : la déchéance des rites mosaïques, annoncée par les prophètes. En quoi il rendait hommage au Dieu uni([ue de l'un et de l'autre Testament. Si Paul avait annoncé un dieu nouveau ', sa prédication en garderait la trace. Or il n'en est rien, La discipline seule a changé; les controverses de ce temps portaient sur des observances et sur quelques points secondaires de dogme, non sur Dieu. Aujourd'hui les églises apostoliques sont unanimes à honorer le Créateur dans le Christ - : tant la tradition apostolique condamne Marcion et son dieu nouveau. Mais on ne peut avoir complètement raison de cet Antéchrist ^ sans le suivre sur son propre terrain et examiner de plus près son dieu. A ce dieu manque d'abord la bonté. Car il est resté des siècles sans agir, laissant l'homme en proie à bien des maux. La bonté ne lui est donc pas naturelle. Celle qu'on lui •attribue serait une bonté déraisonnable ' : après être demeurée si longtemps inerte, quand elle s'exerce enfin, c'est pour entreprendre sur le domaine du Créateur et lui soustraire sa créature, sous prétexte de la sauver. Comment qualifier un tel procédé? Ce serait de plus une bonté imparfaite'' à plus d'un titre. D'abord parce qu'elle ne s'exerce pas en faveur de tous les hommes : tous ne seront pas sauvés. Puis parce que, là où elle s'exerce, elle atteint seulement l'âme et abandonne le corps. Enfin parce qu'elle livre l'homme à toutes les incommodités de cette vie. Donc la bonté manque au dieu de Marcion. Mais la bonté n'est pas tout ''' : nous voulons qu'elle s'allie à bien d'autres dispositions, que les marcionites renvoient au Créateur. Nous voulons, non un dieu fainéant à la mode

2. Xull;im apostolit'i consus occlesiam invenias <)iiao non in Cnnilon cliristianizot.

'i. Ib. 24.

(1. Ib. 2.Ô.

50 riIKOLOGIE Di: TLliTLLI.IEN.

d'Kpicure. mais un dieu capable de volonté, de passion, d'énergie, de colère : voilà notre Jiédempteur. Marcion retranche tout cela à son dieu K Ce dieu porte des lois, mais ne tient pas la main à leur exécution. Outre qu'il joue un personnage ridicule -, il laisse libre carrière au mal. Rien n'empêche les marcionites de se lancer dans tous les désordres, sinon un reste de crainte. Au fond, ils manquent de sincérité. Ils ne peuvent sempècher de croire qu'il y a une justice et un juge. Mais quel moyen •' pour leur dieu bon-enfant de châtier les coupables? xYucun autre que de les livrer au dieu créateur, qui les plongera dans sa géhenne, à moins (juil no pardonne les trahisons commises envers son rival. En somme, ce dieu est l'incohérence même. On ne voit pas ce qu'opère son baptême, ni pourquoi il soumet à ce rite la chair, qui. selon Marcion. n'a pas de salut à espérer. D'autant qu'il met à ce baptême ' des conditions d'une rigueur excessive. Il exige au préalable la rupture du lien conjugal. Il condamne purement et simplement le mariage, sans tenir compte de son institution divine (Gen. 1, 28). Ce n'est pas ainsi que l'entendent les vrais chrétiens. Ils distinguent précepte et conseil, et par là même gardent une place à la vertu de renoncement. Enfin INIarcion ne propose rien moins que l'extinction du genre humain : meurtrier à sa manière, nouveau Pharaon.

Après avoir, dans un premier livre, fait le procès du dieu de Marcion, Terlullien en consacre un second '" à venger le Créateur, méconnu par les hérétiques. Il faut, dit-il, prouver à ces aveugles qu'il y a un soleil : car oubliant celui qui nous éclaire, ils lui substituent un soleil de leur invention. Ils en veulent surtout à la bonté du Créateur. Cette bonté apparaît dans son œuvre **, avec son existence même. Elle porte Dieu à se manifester par la création ; avec cette première manifestation, le temps commence. Entre autres bienfaits difins".

•Z. Ib. 27.

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