‹ La théologie de TertullienChapitre 62 sur 455 · I. An.ij · texte numérisé non relu

I. An.ij

:]. Ib. 9.

1. Il écrit, De G3îiest cul liUeram, 1. Ht, c. 25 : Nequo onini ailjilr<ir l'um iUi clesipuisso ut otiain Doi naturam passibilcm crcderet.

5. Saint Augustin, /)c haeresihus ad QuodviiUdeum, 8l; : Totuit cuiui propteroa [)utai'i corpus Deum dicere, quia non ost nihil, non est inanitas, non est corporis vel animao qualitas, sed ubique totus ot por locorum spatia nulla partitus, in sua tamon natura atquo suhstantia iuiuiutabiiiteil)ornianot.

(j. 2 .1/. 10. TorluUicn s'iudigno contre coux qui ne comprendiaieut pas : Stultissimi qui de humanis divina praejudicant, ut quoniaui in honiine corruptoriac condicionis liabontur hujusniodi passiones, idcirco et in Doo ejusdein status existiiuentur Et liacc ergo imago consenda est

G4 Tiii'iOLO(;it; de tertullikn.

Et il ol)sei've justement quon })eut appliquer la même distinction au mot corpus, selon qu'il désigne Dieu ou Tâme humaine. L'idée est certainement heureuse, et elle fournit une interprétation plausible pour certains passages d'un anthropomorphisme très liardi, par exemple cette description de l'opération divine dans hi production du premier homme ^ : Liiniis in marins Dei, quaecumque sitnt, pervenity satis beatiis etsi solummodo contactas. Qaid enini si nullo amplias opère statim fignientam de contacta Dei constit/sset P Adeo magna res agebatur, qaa ista niateria exstruebatur. Itaqiie totiens honoratur quotiens manns Dei patitur, dam tangitar, dam decerpilar, dum dedacitar, dam effingitar. Recogita totam illi Dcam occapatam ac deditum, manu, sensu, opère, consilio, sapientia, providentia, et ipsa imprimis affectione, quae lineamenta dacebat. Il est bien entendu que ce travail du potier ne doit pas se prendre au pied de la lettre; nous sommes donc ici en présence de simples analogies. La même observation permet de comprendre comment Tertullien a pu parler d'un Z)e?^s passibilis. Si Dieu souffre, ce ne sera pas à la façon de 4'homme ^: [Deus] omnia palitur sua more, quo eum pati condecet, propter quem homo eadem patitur aeque suo more ^.

Accordons à Tertullien, comme l'a fait Petau, le bénéfice d'une interprétation favorable. Maintenant si l'on veut expliquer ce que présente d'insolite son langage au sujet des purs esprits, il faut probablement tenir compte de plusieurs iniluences. D'abord une certaine impuissance d'esprità concevoir l'immatériel''.

Dei in homine, quod eosdem laotus et sensus habeat humanus animus (luos et Deus, licet non taies qiiales Deus; pro substantia enim et status eorum et exitus distant.

3. Dans les Traclalus Origenls de libvis SS. ScripUirarum, récemmeni édités par Jlgr Batiffol (Paris,1900), il est question ex professa àc ce genre d'anthropomorphisme. TraclA, p. 1-3. 10. 11.

4. Philon remarque cette faiblesse de certains esprits, incapables de concevoir même Dieu comme immatériel. Z>e Somn. 1 (Mangey, 1 p. 656) :

floîi yàp Tiva; à|j.g),Eï; Trâvu xà; çOcretç, w; |j.ri oûvaiôai 0£Ôv àvsy awfjiaToi; ârcivoYisai To Tiapânav. Plus d'un Père participe plus ou moins à cette disposition. Nous connaissons parla réfutation d'Origène l'ouvrage quo Mélitou avait intitulé : Ilepî xoù èvffwjjiaTov elvai xov ©sôv. (P. 6". 12, 93).

ATTIÎIBUTS DIVINS. C5

Nous aurons plus dune occasion de le constater, chez le fougueux polémiste le métaphysicien n'était pas à la hauteur du dialecticien, et léclat du style voile parfois insuffisamment le vague des concepts. Puis, aggravant ce vice de nature, un fond d'éducation stoïcienne, qui apparaît surtout dans le de anima. Jamais il n'a pu s'affranchir complètement du matérialisme '. Enfin ce réalisme d'expression dont il tire parfois de puissants effets, et qui volontiers tranchait le mot, fût-ce aux dépens de lidée. Toutes ces causes réunies marquent d'une certaine grossièreté sa conception de l'essence divine -.

l.Dans su dissertation, (railleurs fort intéressante, Die Golla^ und Logos Lehre TertuUians, M. Stier s'applique à dégager la pensée de Tertullien de toute attache stoïcienne. Il constate son matérialisme, mais croit pouvoir l'expliquer suffisamment par des influences judéochrétiennes : il y aurait simple rencontre avec le stoïcisme, et non pas emprunt. M. Stier montre parfaitement à quelle distance Tertullien fut toujours du monisme du Portique (Voir en particulier p. 11 sq.); mais il a tort, selon nous, de méconnaître chez l'apologiste un fonds d'idées qu'il tenait de sa première éducation, et qu'il mêle inconsciemment à la trame de son exposition dogmatique. Si concret que fût d'ailleurs le langage delà Bible, bien des Juifs entendaient la pliilosophie spiritualiste, et Philon, cité dans notre note précédente, n'avait rien de commun avec le matérialisme.

•2. On peut comparer la conception stoïcienne. Voir Diogènc Laërce 7, 1, 1-18. — En particulier le stoïcien Antipater attribuait à Dieu une nature aérienne : àspoîtSïj... oùatav. Il est intéressant de rapprocher l'exégèse, a.ssez flottante mais toujours singulièrement matérielle, de Tertullien sur les mots Spirilus Dei dans Gen. 1, 2. Voir c. V, C 3, p. 247.

M. C. Bigg {J. T. S., 5, a\Til 1904, p. 468) suppose que Tertullien doit au montanisme, non sans doute sa doctrine sur la Trinité, mais les figures dont il se sert pour la traduire. Cette supposition nous parait contraire à toute vraisemblance. Dans le caractère matériel de ces figures, nous reconnai.ssons une influence stoïcienne, mais nullement celle derilluniinisme phrygien. Il est vrai que le mah-rialisme de Tertullien s'épanouit surtout dans les écrits de la période montanistc; mais pour expliquer ce fait, pas n'est besoin de faire intervenir la vision et la proph(''tie. Dans les écrits prémontanistes, on trouve peu de métaphysique, et le peu qu'on trouve est di'jà empreint d'un matérialisme très prononcé : signalons en particulier les développements sur spirilus dans IJ. 3. 4 et //. 30. 32 (voir c. V, 0 3 p. 218.). Pourtant Tertullien devait surveiller sa plume quand il réfutait le matérialisme d'IIermogène. Quand plus tard il combattra le spiritualisme platonicien' ou gnosti(|ue (notamment dans .4/;. et c. C), le réalisme de sa pensée s'affirmera sans contrainte. Quant aux figures employées dans Prax., elles avaient déjà servi au monisme^ stoïcien. 31. Stier a été bien inspiré- de faire cette remarque (p. 102) ; mais il oublie qu'elle contribue à ruiner sa propre théorie sur la prétenilue indépendance philosophique de Tertullien.

TIIKOI.OGIE DE TKiari.I.IEN. " 5

{](] TllKOI.OCIE DK TERTLLLIEX.

Parmi les attributs divins ', celui qui donne la clef de tous les autres, c'est l'aséité. Amené à concevoir Dieu comme la cause première de toute existence, Tertullien le proclame unique, incomparable, infini en toute sorte de perfections-. Il y a lieu de considérer en particulier la sagesse divine dans ses rapports avec la puissance, et la bonté dans ses rapports avec la justice.

Tout est raisonnable en Dieu, il est la raison même ^. Ce principe, très ferme dans l'esprit de Tertullien, permet de mesurer au juste la portée de certaines affirmations tranchantes, qui semblent n'assigner à sa puissance d'autres bornes qu'un bon plaisir sans frein ''. En réalité, lidée d'une volonté désor-

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