Propriété hypostalique du Verbe fils de Dieu
Justin, Dial. \-l\) : "Oti ycysw^ffOai Ouô Toù IFaTpô; toOto tô yévvrijxa Ttpà TiivTwv â7i),(o; twv XTiiT[AàTwv 6 /ôyo; èSr,),ou, y.at xô yevvi'ijjiEvov xoù yevvwv- To; àptôixw ëtEDOv £(Txt, Tià; ô(7XiffO'jv ôfjLoXoy/jo'Etî.
Tatien, «rfu. Gr. 5 : IIpoTiricà Aôyo;" ô Se Aôyo; o'Jxaxàx£voù xwpi^aa; ëpyov îTpwxôxoxov xoO riaxpô; ysvexai.
AtlK'uagore, Leg. pro Chr. 10 :
'O Ilaï; xî poû),exai èpô Sià ppa-/îwv. TÎpwxov yévvïjjxa eivat xw Tlaxpl, oO^ <î); yevôjxsvov, ... à).).' w; xwv OXixôiv Ë'jfjiTràvxwv... ioÉa y.al èvspyeîa civai TrpoeXOtôv.
Tli(''0])li. «(/ Aulolyc. 2, 10 : "Exwv ouv ô Web; xôv éauxoù Aôyov èvStâÔsxov èv Toîç tStot; CTt^ây/voiç, éyévvyiirsv aOxôv (xsxà x^; éa-jxo-j loiia; àSîpeu^â-
[XîVO; TtpO Xliv Ô/.(j)V.
Ih. 22 : 'O Aôyo; ô toù Oeoù, o; èctxi y.al Yiô; aùtoù... 0£Ô; oijv wv 6 Aôyo: y.at Ix 0coO TtSBuxtij;...
Ilipi)0l3t., «rfi', A'ot'i. 11 : llapîaxaxo avxw exspoç... Ouro; Se voOç o; Ttpoëà; £v x6(T(tw ÈSsîxvuTO Ilaïç 0eoO. llâvxa xo ivuv 8i' aùxoù,a-jxàç, ôè [jl^vo; èx ITaxpôr.
.4rfu. Prux. 5 : Sei'monoiu. quem secundum a se faccrot agitando so.
Ib. 7 : Quaocumqiio orgo siibstantia Sormonis fuit, illaiu dico per- .sonani, et ilii nomen Filii vindico, et, duni Filium agnosco, secundum a Pati'o defendo.
Ih. 8 : Omno quod o.\ origine profertur, progonies est, uiulto magis Si rmo Dei, qui etiam proprie noiiien Filii accepit.
1. S. Athanase, Or. 2 c. Arianos (Migne, 26)62: El Sa xat Ttpwxôxoxo; xîj; xxîaew; ),Éy£xai, à).).' oO^ wç èÇKToOfiEvo; xoî; xxc(T!J.a(7t xal TrpÛTO; aOxwv xaxà Xpôvov. Tipuxdxoxoi; XÉyExat (ttwc yàp, OTtouys |j.ovoyevT^ç£(7Xiv aOxo;;) à),).a 6tâ x'/jv Tipè; là y.Tta|j.axa auyxaxi6a<jtv xoO Aôyou, xa9' r,v xal 7io),).wv yÉyovEv âÔ£><pd;... ib. 04 : llàaiyâp èaxi ô/i).ov on o'Jxî Si' éa-ji6v, w: xxtfffia wv, ojT£Stàxô(T"jyy£VEtàv xtva y.aTVjùfflav Tipoînà-rav xr^v xxldtv Ëyeiv. Tiptoxôxoxo; a-jxr,; £y.),-/;6ri. à).),' oxt xal xax apyr;v [làv ôrju.io'jpywv 6 Aoyo; xà xxiafjLaxa Tuy/.ataoEorjxe xoî; yôvrixot;, îva y£v£(jfjai ouvrj^*;... Kal SsyxEpov Sa 7ià).tv, oxi xal jyyxaxaêâvxoç xoO Aôyo-j \jIo- TOiEïrai xal aOx/) r, xxiai; Si' aOxoO. — Cf. Môhler, Alhcinasiu!>,2, p. 51 sq.
TUIxrTÉ. PnOCESSION DU FILS. 93
Tous ces textes assignent comme fondement à la propriété hypostatique du Fils sa procession du Père; tous aussi visent la génération temporelle telle qu'on la vue décrite plus haut, c'est-à-dire cette opération complexe qui, ébauchée au sein de Dieu, aboutit à une manifestation extérieure dans le temps. Fautil croire que les Pères du ii® siècle nient la génération éternelle du Verbe, ou qu'ils l'ignorent? Non; seulement ils ne s'en occupent pas. Certaines de leurs expressions paraissent l'insinuer (par exemple Théophile 2, 10 : "E/o^v ouv ô ©eo; tov soiutoù Adyov èvâtâùetov ev toïç îoi'otç (jTTXàyyvoiî..., ib. 22 : xov Aoyov xbv ovxa oiaTcavToç IvoiàÔETov Iv xapoi'a Beou., Tertvillien, Prax. 7 : [Sermo] conditus ah eo priinum ad cogitatuin in nomine Sophiae , et Ton peut dire qu'ils la supposent. En effet, nous les avons trouvés unanimes à affirmer l'éternité du Verbe (1^ série de textes), unanimes à affirmer l'identité de ce Verbe éternel avec le Verbe engendré dans le temps (2*^ série), unanimes enfin à affirmer la distinction de ce même Verbe, engendré dans le temps, d'avec le Père 14'^ série). Maintenant quelle est au juste la condition du Verbe immanent au sein du Père? C'est ce qu'il est bien diflicile de préciser, et ce que tous ne semblent pas avoir conçu de la même manière. Si la génération dont ils parlent n'affecte pas la substance même du Verbe, en d'autres termes s'il n'y faut voir qu'une évolution accidentelle, on doit logiquement conclure que le Verbe, distinct du Père après cette génération temporelle, était distinct de lui dès le commencement ' . Nous ne prétendons pas que cette conséquence
1. Aussi ne considérons-nous pas coin nie démontraltle, quanta l'enseinble des Pères apoloj^Mstes, la proposition de M. Ilarnack, D. G ^ t. I, p. liH : Erst der Aôyo; iipoçopixô; ist oine voni Vator verscliiedene Hypostase, der Aôyo; iv5ià6£To; ist es nicht. — Plus séduisante est celle de M. Puech, restreinte H Taticn (Ilechcrches sur le discours aux Grecs, Pai'is, 1903, p. 55). ■• Le Lofe'os... était immanent (on Dieu), mais nel'ormaitpas oncore une personne distincte. » Nc-anmoins, avant d"y souscrire, nous ferons obsi'rver qu'elle suppose un travail d'amputation, où brille le talent de l'exégète (ib. p. 56. 111. 115), niaisqui laissequelipie scrupule au théologien. Qu'avec MM. de Wilamowitz, Schwartzet Puech on élague, comme une glose, les motsxal ô Aôyo; o; r,v èv aOtw, la phrase en devient assunmient plus alerte et plus claire. Mais ces mots ne renferment rien qu'on ne trouve chez saint .Justin, le maître de Tatien; et An'thas les lisait dans son manuscrit au commencement du .\« siècle. (Voir les scolies, éd. Schwarlz, p. il, dans
<)'j THKOLOGIE DE TERTULLIEN.
ait été clairement déduite, ni les prémisses d'où elle découle clairement aperçues par tous les Pères du ii* siècle; constatons seulement que leur point de vue n'est pas celui de la théolog-ie postérieure. La théologie postérieure s'est appliquée à décrire la vie intime de Dieu; les préoccupations de cette époque étaient d'ordre cosmogonique. De là, chez ces Pères, des assertions qui parfois nous déconcertent, mais dont il ne faudrait pas exagérer la fausseté. Achevons de montrer que tel est le cas de Tertullien '.
Sur la vie intime de Dieu avant la création, il s'exprime ainsi, Prax. 5 ; Dei dispositio qua fuit antemundi constitutîonem ad lisque Filii generationem. C'est dire clairement que la génération du Fils, telle qu'il la considère, n'est pas éternelle en Dieu. Plus loin, il montre le Fils apparaissant avec la lumière au premier jour du monde, et commençant alors d'être associé aux œuvres de Dieu. Ib. 12 : Primum quidem, nondiun Filio ap~ parente : Et dixit Deus : Fiat lux, et facta est. Ipse statim Sermo lux ^^era, quae illuminât homineni venientem in hune mundum, et per illum niundialis quoque lux. Exinde autem in Ser?none, Christo assistente et administrante, Deus voluit fier l et Deus fecit. Dans le traité contre Hermogène, il déclare positivement que le Fils n'a pas toujours existé. Herm. 3 ; Fuit autem tempus cum et delictum et Filius non fuit, quod Judicem et qui Patrem Dominum faceret. Et plus loin, Herm. 18 ; Denique ut necessariam sensit [Deus Sophiam ad opéra juundi, statim eam condit et générât in semetipso. Dominas,
les T. U., t. 4, 1888). — Peut-Otre vaut-il mieux s'abstenir de conclusions trop explicites : la notion claire et précise des personnes divines appartient à une théologie moins rudimentaire que celle du n' siècle. Sur les obscurités dont la notion de personne est enveloppée dans la philosophie grecque, voir Zeller, Die PhUosopliie der 6'r(>f/«e?i ■*, 3'" Theil, 2" Abt., p. 365.
I. Ceci a été bien vu par Dom [Man'-clial, Concordance des Saints Pères, t. 1, Doctrine de Tertullien, 8. 9. p. 540. — On ne peut d'ailleurs méconnaître dans l'exposition de Tertullien le conflit de doctrines disparates, et en particulier la pénétration des idées stoïciennes sur la substance. Voir Aall, Geschichle der Lo(josidee,i, 2, p. 377. Ces incohérences sont parfaitement mises en lumière par M. Stier (p. 81 sq.). qui d'ailleurs nous parait beaucoup trop tranchant sur l'origine temporelle de la personnalité du Verbe selon Tei'tullien (p. 85).
TRIXITl':. — PROCESSION DU IILS. 95
mquit, condidil me initium s'iarum siiaruni in opéra sua : ante saeciila fundaKÙt me, priiisquam faceret terram, priiisquam montes coUocarentnr; ante omnes auteni colles generavit me, prior aiitem abysso genita sum. Agnoscat ergo Hermogenes idcirco etiam Sophiam Dei natnm et conditam praedicari, ne quid innatum et inconditum praeter solum Deum crederemus. Si enim intra Dominum quod ex ipso et in ipso fuit sine initio non fuit, Sophia se. ipsius exinde nata et condita ex quo in sensu Dei ad opéra mundi disponenda coepit agitari, niulto magis non capit sine initio quicquani fuisse quod extra Dominum fuerit. Ce dernier texte, dont on peut rapprocher Prax. 5, fin, et 6, crée, à vrai dire, une difficulté sérieuse, car il fait commencer au sein de Dieu l'évolution temporelle qui aura pour terme la pleine révélation du Verbe, au grand jour de la création. 11 faut sans doute voir dans cette conception un effet de ce matérialisme instinctif dont nous avons déjà rencontré des traces, et dont Tertullien n'a jamais su se dégager '. Quoi qu'il en soit, ses assertions précédentes demeurent : le Verbe est éternel en Dieu. Il faut retenir ces assertions pour contrebalancer ou redresser ce qu'il dit du point de vue de la génération temporelle.
Ce dernier point de vue nous déconcerte; on ne peut dire pourtant quil soit totalement inadmissible, et là-dessus il semble qu'on ait parfois noirci à l'excès la pensée de Tertullien - . On connaît la célèbre formule arienne qui nie l'éternité du Verbe : -^v o-' ojx^v. Cette formule, nous venons de la rencontrer chez Tertullien [Herm. 3; ; mais avec un tout autre sens, puisque chez lui elle signifie seulement qu'il y eut un temps où le Verbe ne s'était pas manifesté hors de Dieu, ne pouvait être appelé le premier-né de toute création, n'avait pas acquis ce titre de Fils de Dieu qui est attaché à sa révélation extérieure. La
1. (ieorge Bull, />'/". fid. Mr., 3. 10, 4, tonte une autre voie (riiiterprétation bénigne.
2. Petau, Theol. dof/ni., de Trinilate, l, 5, 2 : (Tertullianus) opinionem oxplicat suam. quac ctiain Ariauam liaercsini iiiipietato et absurditate superat.
3. Rappelons encore le mot de ['('p. à Diognète, 1 1 : Outo; 6 àst, ô
pensée de Tertullien est bizarre quant à l'ensemble, et incorrecte en bien des détails; on ne peut nier cependant qu'elle ne reflète la pensée tliéologique de son temps, et qu'elle ne diffère de celle d'Arius '.
4" La. procession du Saint-Esprit occupe dans le traité contre Praxéas une bien moindre place que la procession du Fils. La conception de Tertullien répond au concept grec plutôt qu'au concept romain. Les Grecs diront que le Saint-Esprit procède du Père par le Fils, et Tertullien écrit, 4 : Spiritum non aliunde puto quam a Pâtre per Filium. Plus loin commentant saint Jean, 16,14), 25 : De meo siimet, inquit^ sicut ipse de Pâtre, lia connexus Patris in Filio et Filii in Paracleto très efftcit cohaerentes, alterum ex altero, qui très unum sint, non unus. Les mêmes comparaisons qui ont servi à jeter quelque lumière sur la consubstantialité du Père et du Fils reçoivent un nouveau développement, approprié à la troisième personne : c'est le fruit qui naît du rameau, c'est le ruisseau dérivé du fleuve, c'est la splendeur qui termine le rayon. 8 : Tertius enim est Spiritus a Deo et Filio, sicut tertius a radice fructus ex frutice, et tertius a fonte rivus ex flumine, et tertius a sole apex ex radio. Nihil tamen a matrice alienatur, a qua proprietates suas ducit. Ita trinitas per consertos et connexos gradus a Pâtre decurrens et monarchiae nihil ohstrepit et oeconomiae statum protegit.
On vient de voir Tertullien distinguer le Saint-Esprit du Fils. Cette distinction n'est pas tellement ferme dans sa pensée qu'il ne confonde quelquefois, ainsi qu'il est arrivé à d'autres Pères anciens ^. Knumérant les trois i^ersonnes de la Trinité, il s'exprime ainsi, 12 : Pater,... secunda persotia Serjno ipsius, et tertia Spiritus in Sermone. Plus loin, commentant Luc. 1, 35, il donne cette formule précise des relations entre le Fils et le Saint Esprit : l'Esprit est la substance du Verbe, le Verbe est l'opération de l'Esprit, et tous deux ne font qu'un, unum.
1. Dans le traité De Trinitale attribué à Xovatien, icqiiol offre do grandes analogies avec le traité contre Praxéas. la théorii! de la génération temporelle du Verbe est abandonnée, et la génération l'ternelle pro. fessée très nettement (;] 31 ).