TRINITÉ. LE SAINT-ESPRIT
Fils, le Père fût resté en dehors de cette souffrance. Mais cette dernière supposition est à écarter : Siifficit nihil Spiritum Dei passiim suo noniiiie, quia, si quid passus est, in Filio quidem erat. Ces mots sont fort obscurs. Nous croyons pourtant reconnaître dans : Spiritus Dei suo nomine, la personne du Saint- Esprit; et l'allusion que faitTertullien, aussitôt après, à l'habitation du Saint-Esprit dans l'âme juste, s'accorde avec cette explication. Le sens serait donc que le Saint-Esprit n'a pas souffert à titre personnel; toutefois, demeurant dans le Fils, il fut médiatement intéressé à sa passion.
Il semble d'ailleurs légitime de transporter cette distinction à la question précédente, et de dire que si le Saint-Esprit intervint dans l'Incarnation du Verbe autrement que comme cause efficiente, ce ne fut i)as à titre personnel, suo nomine, mais par voie de concomitance avec le "Verbe. Cette observation ne supprime pas toute incohérence dans les pages que nous venons d'analyser; du moins elle permet de dire que TertuUien n'a pas précisément enseigné l'incarnation du Saint- Esprit.
Une chose certaine est que la personnalité du Saint-Esprit n'apparaît que très confusément dans le traité contre Praxéas '.
5" Quand on entreprend de préciser la pensée de Tertullion sur X^hiévarchie des personnes divines, on éprouve un certain embarras, caries textes se contredisent, et fournissent des considérants aux avis les plus contraires, depuis l'optimisme de George Bull, à qui la doctrine de Tertullien paraît : cuni Nice/ena flde oninino conspirans-, jusqu'au pessimisme de M. Ilarnack, qui y trouve le subordinatianisme le plus marqué^. Plusieurs de ces textes ont été cités dans les pages qui précèdent; nous réunirons ici les principaux.
I. Dans le De Trinilale iiHi'iliiK" à Xovalioii, on u'apcrcuit plus la cliviniti' du Saint-Esprit (;",;'. 7 <'I ol). Aussi rii('r('sic maci-donicnne s'en lit-elle une arme. — Quant à Tertullien, les conclusions de Jl" Fre|ipcl (32° leçon, fin) nous paraissent empreintes d'un optimisme excessil'.
•2. Def. (id. X'ic. 2, 7.
:>. I>. G'Kl. 1, p. '>'M : don ausgopi'a^'sten Subordinalianismus.
100 THK0F.0G1E DK TERTILLIEX.
Rappelons d'abord que, d'après la formule mrme du dogme [Prax. 2), les trois personnes divines soni, nnius subslaiitiac et itnius status et unius potestatis. Cette égalité d'honneur apparaît encore, 22 (à propos de Joan. 10, 30) : Unum siimus dicens, ego et Pater, ostendit duos esse quos aequat etjungit; et 17 (à propos de Joan. 16, 15 1 : Oninia, inquit, Patris mea sunt. Cur non et noniina? Cum ergo legis Deuni omnipotentem et Altissimuni et Deuni virtutum et Ilegeni Israelis, et Qui est, vide ne par haec Filius etiam demonstretur sua jure Deus omnipotens, qua Sernio Dei omnipotentis quaque omnium accepit potestatem^ . On peut ajouter kM. 25 : Omnia sihi tradila dicit a Pâtre. Credas si Creatoris est Christus, cujus omnia, quia non minori se tradidit oninia Filio Creator ; et /?. 6 : Et Sermo enim Deus, qui in effigie Dei constitutus non rapinam existimavit parem esse Deo.
A rencontre de ces textes, pleinement conformes à la foi de Nicée, on en peut citer d'autres qui ont paru indiquer un partage inégal de la divinité entre les trois personnes. Ne nous arrêtons pas à ce quil y a d'ambigu dans la formule du dogme, Prax. 2 : très ... gradu ... forma... specie. Ces expressions marquent l'ordre des processions divines- et la distinction des personnes, sans qu'on en puisse rien conclure de plus. Des controverses postérieures révéleront le besoin d'une terminologie plus précise: constatons seulement ici Tembarras du théologien, obligé de créer sa langue.
Mais voici d'autres assertions plus suspectes. Prax. 0 : Pater enim tota substantia est; Filius vero derivatio totius et portio, sicut ipse profîtetur (Joan. 14, 28) quia Pater major me est. La plupart des Pères entendent ce texte évangélique du Christ considéré selon sa nature humaine. Cependant plusieurs lexpliquent de la nature divine, en considérant l'ordre des processions qui donne au Père une préséance-'. Le commentaire de
1. On cite quelquefois Prax. 7; mais le mot parem est décidément une fausse leçon. Voii' ci-dessus (p. 90).
2. Saint Justin avait dit de même. I Ap. 13 : 'Ititoùv Xouttov... ulôvaÙToO Toù ôvTwc 0£où [J.a66-<T£; -/.ai iv oîutépa /(ôpa lyyntc, llvïOfxâ iz uoosrinxôv èv
o. Voir Athanasc, Oi\ 2 c. Arian : Basile, L. i e. Eunom., Grog. Naz. Or. 4 c.