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•4. Sur riiitcrpi-étation ilr ce ti>\t<\ voircli. H, p.'.U. 5. Nous raisonnons srlon le conci'itt de TiMtiillicii. «'Xpliqur' au cliapiiro préct'dent.
106 THÉOLOGIE DE TEinULEIEX.
Bible latine, Tertullien lisait pour la première fois Gen. 2, 15, apparaît onze versets plus haut (Gen. 2, 4.) dans notre \'ulgate, sur ce point plus conforme et à l'original hébraïque et aux Septante. Nous devions relever ce détail, puisque Tertullien attache ici tant de prix aux mots. Mais au fond, peu importe : car dihSn et ""n" ne se distinguent pas précisément comme Deus et Dominas. Ces arguties n'ajoutent rien à la déroute d'Hermogène, déjà complète sur le terrain métaphysique.
Une doctrine comme celle d'Hermogène, qui retournait aux anciens philosophes en aflirmant l'éternité de la matière, pouvait passer pour exceptionnelle entre les hérésies. Tertullien le constate en argumentant contre INIarcion'.
L'école de Marcion, plus spiritualiste que celle d'Hermogène, conservait la création, mais la défigurait en l'attribuant au Dieu rigoureux de l'Ancien Testament, qui n'a rien de commun avec Jésus-Christ. Conséquemment elle s'attachait à déprécier le monde matériel. Tertullien saisit volontiers l'occasion de le réhabiliter. Nous nous souvenons, dit-il, des actions de grâces dues à Dieu notre Créateur et Seigneur; nous ne nous interdisons pas la jouissance de ses dons, mais l'abus : il suffit de garder la tempérance^. Les Marcionites raillent l'œuvre du Créateur. Beau travail! disent-ils, et bien digne de Dieu! — Eh! oui, répond Tertullien, raillant à son tour, beau travail, encore que le monde soit tout entier pour l'homme. Les Grecs l'appellent d'un nom fort convenable (xosao;). qui ne marque point de mépris, mais une juste admiration^. Les hommes sont allés jusqu'à en adorer les éléments. Thaïes divinisait l'eau, Heraclite le feu, Anaximène l'air, Anaximandre l'immensité du ciel, Strabon le ciel et la terre, Zenon l'air, Platon les astres, qu'il appelle des dieux ignés. Et en effet, la grandeur, la puissance et l'ordre constant qu'on remarque dans
1. /î. 11 : Omnes feroliaoresps, natum (;t factuiu lauiidum aunucut-'s, coufJitionem Doo nostro adscribunt.
2. Ap. 42. Ce soin do ne pas dépréciei- outre mesure la crration niatél'ielle est un des traits par lesquels Tertullien diffère le plus de Tatien, esprit à d'autres égards si semblable. Voir A. Puecli, Recherches sur le Discours aux Grecs, de Talion, p. 67.
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le monde ont pu faire croire à léternité des parties qui le composent. De là les mages perses, les hiérophantes égyptiens, les gymnosophistes indiens ont tiré une religion cosmique. Au-dessous de ces penseurs, les idolâtres vulgaires, quand on les fait rougir de leurs superstitions, se réfugient dans le symbolisme, et déclarent n'adorer que les forces de la nature : Jupiter, Junon, Yesta, les Camènes, la grande Mère deviennent la lumière, l'air, le feu, l'eau, la terre ; Osiris est identifié à la nature féconde ; Mithra, selon ses lions \ à la nature sèche et torride. Descendons de ces hauteurs. Une humble tleur de haie, une coquille marine, une plume de coq de bruyère, pour ne rien dire du paon, sont-elles des œuvres d'art méprisables? Imitez, si vous le pouvez -, les alvéoles de l'abeille, les greniers de la fourni, les toiles de l'araignée ; luttez avec le moindre de ces moustiques dont la piqûre vous irrite : jusque dans ces êtres infimes, vous devrez vénérer l'œuvre du Tout-puissant. Considérez enfin l'homme, cette créature pour laquelle le Christ, votre Dieu, n'a pas craint de descendre du troisième ciel dans ce domaine du Créateur, et d'y mourir sur une croix. Mais il est d'autres créatures encore que le Christ a honorées : il fait servir l'eau et l'huile à ses sacrements ; le pain au sacrement plus auguste de son corps. En se montrant plus difTicilc que son Dieu, le marcionite fait preuve d'un orgueil insoutenable. Mais le mépris qu'il affecte n'est pas sincère. Il médit du ciel, et cependant il lui faut une demeure qui laisse le champ libre à ses regards. Il médit de la terre, dont son propre corps est pétri, et il tourmente le sol pour approvisionner sa table. Il médit de la mer, et il en fouille les profondeurs pour en tirer une nourriture plus digne de son ascétisme. Qu'on lui présente une rose, il oubliera aussitôt son mépris pour le Créateur. Hypocrite! quand même, pour mieux obéir à Mar-
1. l»aiis le culte de Mitiu'a, les initiés du l" dej^ri' s'appelaient lions. — l>eux sf'pulcros récemment d('Couvcrts près de Tripoli, sans doute ceux de deuxépoux, portent des peintures représentant un lion et une lionne bondissants, avec les inscriptions : r/xi leo jarel ; — '/uae kn jacel. (ConmiunicationdeM. Clermont-danneau à l'Acadi-mie des Inscriptions. iiOtV'v. 1903). — Voir d'ailleurs Franz Cumont : Textes et monumoils figurés relalifs au culle de Mithra. Bruxelles, •* in-'l. ISÎiG-OO. [lassim: iiolamiiieiit t. 1, p. 315 sq.
108 THÉOLOGJK Dli TKRTULLIEX.
cion, il se laisserait mourir de faim, le résidu de sa substance appartiendrait encore au Créateur. Voilà comme on médit de la matière ; et cependant on vit dans la matière et on y meurt.
Les mêmes hérétiques, pour ruiner la croyance à la résurrection, disaient tout le mal possible de la chair : Tertullien en entreprend le panégyricjue. II va nous falloir rhétoriquer, dit-il ' : les hérétiques nous y forcent, aussi bien qu'à philosopher. Tout d'abord, quelque opinion qu'on professe sur la création matérielle, on doit avouer que la chair n'existe que par la permission de Dieu : c'est déjà une présomption en sa faveur. Saint Paul nous avertit que la figure de ce monde passe ' 1 Cor. 7, 31) ; mais n'oublions pas que, dans ce monde, l'homme — corps et âme — occupe une place absolument à part : il en est roi, par investiture divine. ^Montons plus haut encore, et considérons le dessein de Dieu dans la création de l'homme. En pétrissant le limon qui devint Adam. Dieu ébauchait son Christ - : une si grande œuvre suffit à ennoblir la plus vile matière. On vénère les mains de Phidias, qui ont sculpté en ivoire Jupiter Olympien : et que penser d'une opération où l'artisan est Dieu même? Donc ne prenons point scandale de ce limon terrestre: Dieu en tire une chair glorieuse. Il anime cette chair de son souffle ^. Associée à l'àme pour toutes les opérations de la vie physique, intellectuelle, sociale, la chair devient sa compagne et sa cohéritière, dans le temps d'abord, et bientôt dans l'éternité. La raison commune en témoigne. Aux yeux de la foi. le rôle de la chair grandit encore '. L'homme ne mérite que vivant dans la chair. C'est elle qu'atteignent immédiatement les rites sacramentaux '' ; elle qui fait les frais de tant d'œuvres saintes : le jeûne, la virginité. la captivité, le martyre. Si parfois l'Ecriture humilie la chair, ailleurs elle la relève''. Toute chair, dit Isaïe, est une herbe qui passe (Is. 40,6);
'2. IL tj : Quodcurnqiio onim liuius oxprinicliatur, Cliristiis cogitabatiir liomo l'uturus.
5. Comparer le traité De la rhwreclion attrilnK' à saint Justin, S (P. G. G, 1586).
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mais rinstant d'avant : toute chair verra le salut de Dieu [ib.. 5). Dieu s'écrie en sa colère : Mon esprit ne demeurera point en ces hommes de chair (Gen. 6, 3) ; mais par la bouche de Joël : Je répandrai mon Esprit sur toute chair (Joël. 2, 28). L'Apôtre maudit la chair qui conspire contre l'esprit (Gai. 5, 17); mais il s honore de porter en sa chair les stigmates du Christ. (Gai. 6, 17). Il ordonne aux chrétiens de respecter leurs corps comme le temple de Dieu il Cor. 3, 17; 6, 19 , de les considérer comme membres du Christ (1 Cor. 6, 15), de porter Dieu et de le glorifier en leurs corps (1 Cor. 0, 20). Enfin — la remarque a son prix — nul n'est plus charnel en sa vie que ces prétendus ennemis de la chair, affranchis de toute crainte parce qu'ils nient la résurrection '.
Quand Tertullien, devenu montaniste, recommande les jeûnes et xérophagies de la secte, il a soin de marquer la distance qui les sépare des observances marcionites -. L'Apôtre, dit-il, instruit par l'Esprit-Saint, a condamné par avance ceux qui devaient, en haine du Créateur, prescrire des abstinences perpétuelles, comme Marcion, Tatien, et, de nos jours, tel hérétique pythagorisant. (Rom. 14, 2 sq.j. Il avait prévu les interdictions et les censures qu'inspirerait, non le zèle, mais un mépris hautain, et approuvait qu'on jeûnât pour honorer le Créateur, non pour lui faire injure.
Ainsi Tertullien défendait-il l'œuvre divine contre les attaques injustes d'un spiritualisme exalté.
D'ailleurs son analyse de l'acte créateur, et en général de l'opération divine, laisse beaucoup à désirer. Il a rejeté ^ la conception grossière des stoïciens, qui se représentaient Dieu passant à travers la matière comme le miel à travers les rayons.
[. R. 11. Mot(l<' la prophétcsse montaniste l'risca : Carnes sunt, et caineni odorant.
t.Jej. 15.
3. //. 44. Couij)ar('r la desci'iption (moins grossière) de rnjHTatiou ilivino chez Diogéiu; Laërci', 7, 1, 138 : ïov o; xocjjlov ôiotxstijOat xaià voùv xal Trpôvoiav, 7.a6à çTifft Xf.*j<Ti7rjio; èv tw Tiéfiiriu Tiepl Trpovoia; xcd llocsioai-no; Èv T(I) TtpÎTO) Tïspl Ûêwv, el; àuav aùtoO jxipo; ôiviy.ovxo; toû voù, xaôâîtsp è^' r,\i.û>-i vr^z 'i'ux^;. En rejetant ce concept. Tertullien s'accorde avec Tatien, Dhcours, l rllveyfjia ô 0£Ô;, où Gtïjxwv otà t-^; u)')'",;, Tiv£u(jiâTO)v oï ûXtxwv xal twv
110 TlIliOLO(;iE DE TEUTULI.lliX.
Il a rejeté pareillement l'idée d'Hermogène, réduisant lopéralion divine à une simple action de présence, telle que l'attraclion exercée sur le fer par l'aimant, sur les âmes par la beauté. Mais lui-même ne semble pas apercevoir ce caractère transcendant qui distingue l'opération du suprême Ouvrier.
Simon le Magicien, Apelle et d'autres hérétiques avaient fait intervenir les anges dans le travail de la création. Tertullien les condamne à diverses reprises ', parce qu'il n'a trouvé dans l'Ecriture aucune trace d'une telle doctrine ; mais il n'y voit pas dobjeetion métaphysique. En effet, sur les apparitions d'anges dans TA. T., il raisonne comme il suit-. Afin de converser avec les hommes, ces anges ont emprunté pour un temps des corps présentant les apparences des nôtres. L'Ecriture ne dit pas où ils les ont pris: d'où l'on doit conclure qu'ils les ont tirés du néant. Et, dira-t-on, pourquoi pas dune matière préexistante? D'abord parce que l'Ecriture n'en dit rien. Puis parce que la difficulté ne serait pas moindre. Les anges se sont faits ce qu ils n'étaient pas. Croit-on simplifier cette opération en faisant intervenir une matière étrangère? Avant l'existence d'une chose, il n'y a que le néant de cette chose. Nul ne demande ce que ces corps sont devenus après l'apparition : pourquoi rechercher ce qu'ils furent avant? Sortis du néant, ils y sont simplement rentrés. Si Ion admet que les anges se sont faits corps, à fortiori peut-on admettre qu'ils ont fait corps le néant; car il faut plus de pouvoir pour changer une nature existante que pour créer la matière.