LE PÉCHÉ DANS L' HUMANITÉ
§ 196. Le péché originel ou le premier péché dans rhiiinanité
(pecco''f>n originale, primum originarmcm) considéré en lui-niéine ou romme péché actuel. — Jugen^ent de Dieu contre ce péché.
Ouvrages à consulter : S. Aug., De civ. Dei, lib. XIII et XIV, paKsira : Petr. Lombard., lib. II, dist. xxi-xxii (avec S. B .nav. et Estius); Alex. Hal., II j ., quœst. civ; Thorn. Il» Il^e, q. clxiii- CLXiv; Bœcker, cf. De statu just. orig., § 2; Bellarmin, De amiss. gr. lib. III, per totum; Suarez, De opif., lib IV, per totum; Pererius, In Gen., art. m; Gotti, tract. X., quœst. v: Berlage, t. V, % 12-16.
201. — Tandis que le péché des animes est plutôt supposé que traité ex professa dans l'Ecriture sainte, l'histoire de la première faute au sein de l'humanité est retracée en détail dans son origine et dans son progrès (Gen., III). Plusieurs hérétiques (surtout les gnostiques et les manichéens, — puis, à un certain degré, quelques théologiens catholiques, tel que Cajetan) prennent ce récit dans un sens allégorique. Cependant, la forme dans laquelle il est conçu et le sentiment général des Pères et des théologiens, ne permettent pas d'y voir autre chose qu'une histoire véritable, revêtue çà et là de for;, es poétiques. Le fond lui-même, et notoirement les détails ;!e la tentation, sont un tableau éloquent de la manière dont le péché naît dans l'homme. Ce dernier point a été relevé par saint Augustin, suivi parles scolastiques; le serpent, qui servit d'organe au démon, représente la partie animale de l'homme; la femme séduite par le serpent, le côté inférieur de la raison, et l'homme entraîné parla femme, le côte supérieur de la raison (voy. ci-dessus, livre III, n. 505 et suiv.). Mais la tentation et la chute d'Adam sont surtout une image effrayante des illusions et des désenchantements qui se renouvellent chaque jour dans le péché d'orgueil, et principalement dans les fausses aspirations vers la
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liberté et l'autonomie, vers rémancipatio:i ds la tutelle de Dieu que le « libéralisme » a érigées en système.
202. — Il est d'abord constant que le véritable tentateur lie fut pas le serpent, mais le démon. Si le ré.'it ne le dit pas expressément, la chose s'entend de soi ; car le serpent ne saurait parler de lui-même. L'Ecriture, du reste, l'atteste si souvent et avec une telle précision qu'on serait tenté d'admettre que le serpent n'était pas un serpent véritable, plutôt que d'admettre qut3 le démon n'a point parlé par son organe. Cependant tout porte à croire que le démon s'est véritablement servi de l'intermédiaire du serpent, moins sans doute par sa propre détermination que parce que Dieu ne lui a laissé que le choix d'un a- imal dont le caractère offrait une image de la ruse et de la malice du diable, et dont le nom est devenu dans l'Ecriture l'expression symbolique du démon lui-même.
DÉVELOPPEMENTS
203. -- Voici les principaux textes relatifs à cette question, Sag., II, 24 : Invidia diaboli mors introivit in orbem terrarum; Jean., 8, 44 : Vos a pâtre diabolo estis... ile homicida erat ab initio. S. Aug., De civ. Dei, lib. XIV, cap. xi : « Pos- » teaquam superbus il le angélus, et per hoc invid s, per eam- » dem superbiam a Deo ad sernetipsum conyersus, quodam » quasi tyrannico fastu gaudere subditis, quam esse subdi- » tus eligens, de spirituali p..radiso excidit. malesuada ver- » sulia in hominis sensus serpi;re affectans — cui utique » stanti, quoniam ipse ceciderat, invidebat — colubrum in » p;.radiso corporali — ubi cum duobus illis hominibus, » m: sculo et femina, animalia etiam terrestria subdita » <!t iun xia versabanlur — animal scilicet lubricum et tor- » tuosis anfractibus mobile, operi suo congruum, por quem » loqueretur , elegit ; eoque per angelicatn prsesentiam » prsestantioremque naturam spirituali nequitia sibi sub- » jecto et tamquam instrumento abutens, fallacia sermoci- » natus est feminae; a parte scilicet inferiore illius humange » copulse incipiens, ut gradatim perveniret ad totum, non » existimans virum facile credulum, nec errando posse de- » ciiii, sed dum alieno cedit errori. » — D'autres détails sur
le serpent, sur la mariière dont le démon a parlé par son organe et sur la personne qu'on croyait enten'ire parler, se trouvent dans Estius et Perer., loc. ci'.
204. — II. La tentation, bien qu'elle s'adressât aussi â Adan;, était directement dirigée contre la femme, plus facile à séduire, et, comme il était naturel, elle se rapportait immédiaiement au précepte de l'épreuve, car c'était de son observation que dépendait la durée de l'état iieureux qui excitait l'envie du démon. Le tentateur commence par demander si ce précepte existe, ou pourquoi il a été donné (l'hébreu adeone ,vcrum quod, indique plutôt le premier sens). La tentation s'achève par la négation hardie du mal dont Dieu a menacé les hommes, la mort, et par la promesse d'un bien que Dieu leur refuse, promesse qui existe en eux la soif de grandeur et d'indépendance, ei. leur faisant espérer qu'ils deviendront comme des « dieux, » qu'ils auront une connaissance parfaite du bien et du mal, qu'ils expérimenteront par eux-mêmes ou emploieront sans restriction tout ce qui peut être connu et désiré.
Il n'est pas C3rtain si ces mots ; Dieu sait que la jouissance du fruit défendu aura de tels eflets, signifie (d'après le second sens) que Dieu a donné ce précepte par envie et par jalousie contre les hommes; ou s'ils signifient (d'après le premier sens de la question) qu'il est impossible que Dieu ait fait une telle défense et avec menace de mort. Le premier sens répond davantage à la malice du tentateur, le second à l'innocence des hommes, dont le démon devait teisir compte. Du reste, cette équivoque même trahit l'adresse du tentateur, et il est certain en tout cas qu'il visait à produire dans l'homme cet esprit d'éma'Cipation orgueilleuse qui avait précipité le démon lui-même dans sa perte.
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205. — Sur le double sens de la question et sur les espérances du tentateur, voyez surtout Bellarmin, loc. cit., cap. iv. Selon quelques-uns (voy. Estius, loc. cit., dist. xxi, § 5), le scit Deus, synonyme de testis mihi Oeus, serait une simple conflrmatioii pt;r serment de l'assurance donnée; dans ce cas le parjure s'ajouterait au mensonge. Pereira dit excellem-
ment sur le double sens de toute la tentation, in h. 1. : « Tota ». hsec serpentis oratio ambigua est et in diversas flexibilis » sententias : cujusmodi erant Apollinis Pythii responsa, » quae ad quemlibet eventum accommodari posse et qua- » drare videbantur. Namque illud : Non moriemini, referri » potest vel ad subitam et praesentem mortem, quae esum » illi"s fructus consecutura esset, vel ad inevitabilem mo- » rieiidi i. '^essitatem. "Illud quonne : A[)erienLv^r ociili vestri, » vel ad rerum omnium cognitiunem liominisque gloriam, » vel ad ejus dedecus et confusionem accommodari potest. » Et illud : Sicut dii, signifîcare potest aut Dei veri bonorura- » que Angelorum siinilitudinera, aut etiam dsemonum. De- » nique illud; Scientes bonum et malum, significat aut per- » fectam rerum oamium scientiam aut cognitionem boni » per ejus privationem, et notitiam mali per ejus experien- » tiam, quod genus cognitionis miseiTimum et infelicissi- » mum homini est. Ergo sopliistice daemon locutus est, fuit- » que princeps omnium sophistarum.
206. — III. Le péché de la fimme, conséquence de la tentation, n'a pas sa première origine d.-^ns le plaisir sensible excité par la contemplation du fruit défendu, comme le croient quelques commentateurs Superficiels et rationalisants, et comme le récit de la Genèse semble l'indiquer; car un tel plaisir ne pouvait pas être excité du dehors avant la perte de l'état iirimitif. De même, il n'a pas sa principale raison d'être dans la foi qu'Eve aurait ajoutée aux assurances du serpent, ainsi que le veulent Luther et Calvin ; cela supposerait un défaut de' lumière qui est également incompatible avec l'état primitif. Le péché de la femme a plutôt commencé par l'orgueil, par une vaine complaisance en elle-même, par l3 désir d'acquérir une gloire aussi étendue que possible, selon le sentiment commun des Pères et des théologiens, et d'après ces paroles de l'Ecriture : Initiiim omnis peccati superbia... in ipsa initium sumpsit omnis perditio. (Voy. ci-dessus, n. 173.) C'est seulement à la suite de ce péché que la femme a pu se persuader qu'elle obtiendrait la félicité promise par le serpent, éviterait la mort dont Dieu la menaçait, et qu'elle a pu ressentir un plaisir sensible à la vue du fruit défendu.
Quant à l'orgueil même, il n'ét„it pas besoin pour Texcitor, que la fenrime crût formellement à la promesse du serpent; celte promesse ne pouvait ilevenir tentante et croyable que pour un cœur déjà épris .''orgueil. Le péché extérieur, la manducation du fruit, de mêm.^. que la résolution, fut précédé dans Eve et par le plaisir sensible, et par cette persuasion, fondée sur la parole du seri.ent, qu'elle échapperait à la mort et deviendrait semblable à Dieu. Ainsi, la désobéissance effective fut la suite d'une tromperie formelle du côté du serpent et d'une incrédulité formelle, d'une défiance à l'égard de Dieu. Et de fait, Eve ne se borna pas à excuser sa désobéissance par la tromperie ; saint Paul constate encore en divers endroits qu'elle se laissa tromper, contrairement à ce que fît Adam.
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207. — Sur cette question que le péché d'Eve n'a pas commencé par le plaisir sensible, voyez saint Thomas, loc, ci/.; qusest. ccLXiii, art.i. Saint Augustin prouve également qu'il n'a pas commencé par la crédulité.
De gen. ad lit., lib. VIII, cap. xxx ; « Quando his verbis » crederet mulier, a bona atque utili re divinitus se fuisse » prohibitos , nisi jam inesset menti amor ille propriae » potestatis, et qusedam de se superba prsesumptio, quae >» per illam tentationem fuerat convincenda atque hurai- » lianda? » Saint Augustin {De civ. Dei, lib. XIV, cap xni) dit que c'est l'orgueil qui a été le commencement du péché d'Eve : « Manifesto ergo apertoque peccato, ubi factum est, » quod Deus proiiibuerat, diabolus hominem non cepisset, » nisi jam ille sibi placere cœpisset. Hic enim delectavit » quod dictum est : Eritissicut DU, quod melius esse possent » summo veroque principio coiiaerendo per obedieniiam, » quara suum existendo principium per superbiam. » Et De Gen., Cont. Manicli., cap. xv : « Quid hic intelligitur, nisi » persuasum esse ut sub Deo esse nollent, sed in sua » jotestate potius sive dominio, utlegem ipsius non obser- » varent, quasi invidentis sibi, ne se ipsi regerent, non » indigentes illius interno lumine, sed utentes propria » providenlia quasi oculis suis ad dignoscendum bonum et » malum, quod ille prohibuissei. Hoc est ergo, quod per-
» suasuui est, ut suam potestatem nimis amarcnt. » Cf. Thomas, loc. cit.. qusest. cclxiii, art. ii.
208. — IV. Le péché de l'homnie, selon l'opinion commune basée sur les mêmes motifs, provenait également de l'orgueil, car c'est précisément de l'homme que Dieu a <1it dans sa sentence de condamnation : Ecce Adnm siciit unus ex nobis facius est ; voyez uù ie désir tle devenir cumme Dieu a conduit Adam I La connivence avec Eve, où .'^aint Bonaventure et Scot voien.t le premier péché d'Adam, ne parait pas être la cause, mais seulement l'effet d'une sympathie avec son orgueil. Les termes de ia sentence divine font supposer qu'Adam tenait pour vraies les paroles du serpent, et par conséquent qu il pécha par incrédulité. Mais on ne doit pas moins admettre avec l'Apôtre que l'homme n'a pas été induit à pécher par illusion; ce qui le prouve ie mieux, c'est qu'il n'en est pas venu à douter de la véracité de la parole divine par une coiiflance aveugle dans le démon et dans Eve, mais par cette considération qu'Eve n'était pas morte incontinent après avoir goûté du fruit détendu.
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209. — Les textes de saint Paul relatifs à ce sujet, II Cor., XI, 3 : Serpens Evani seduxit astiitia, et surtout l'endroit où l'Apôtre veut prouver que la femme est faite jtour s'instruire et non pour instruire les autres, ITim., ii, 14 : Adam non est seductus, muUer autem seducta in prœvaricalio)te fuit, ces textes ont été très-diversement interprétés. Voyez Bellarmin, loc. cit., cap. vu; Estius dist. xxii, § 5; l'un et l'autre, partant de cette supposition, appuyée sur de nombreux pansages des Pères, qu Adam a cru du moins en un certain sens, aiix paroles du serpent, c'est à-dire qu'il les a tenues pour vraies. Lombard, loc. c«7.. saint Thomas {in Tim., loc. cit.), et Suarez {loc. cit., cap. v), concluent cependant du texte de l'Apôtre qu'Adam n'a donné aucune créance aux paroles du serpent, c'eS' -à-dire qu'il n'en a pas cru le fond véritable, par conséquent qu'il n'a pas péché contre Dieu par incrédulité.
210. — V. Le caractère spécifique et objectif du péché de nos deux ancêtres consiste, d'après la nature de la
chose et le langage de saint Paul {Rom., v, 19), 'lans une "désobéissance formelle, c'est-à-dire dans le ref.s d'une soumission que la créature devait p la volonté divine et que Dieu voulait mettre à réjireuve i»ar son commandement. Tous les autres péchés, orgueil, curiosité, sensualité, incrédulité, défiance se subordonnent à cet élément unique conmie des éléments subjectifs, et c'est d'après lui qu'il faut surtout mesurer la gravité et la portée i1e l'acte. Les autres points ne servent qu'à accentuer la désobéissance, à la faire par;iître comme une révolte criminelle et couiplète contre Dieu. Le péché était donc grave, bien que la matière du précepte fut légère ; il était même de la plus haute gravité, et on peut dire à certains égards que c'est le plus grave qui ait été commis par l'homme. S'il né manque pas de [léchés qui soient objectivement plus énormes ex specie acfns, comme la haine, le renoncement de Dieu, il avait cependant une gravité toute particulière, d'abord du côté de l'agent, car P il fut commis non p ir faiblesse et ignorance, m lis, dit saint Augustin, ex summn facilUate non peccandi, et par conséquent par pure malice, ex mera malitia.
2° Il impliquait la plus noire ingratitude envers Dieu qui avait placé les hommes daïis ure telle surabondance de félicité sans mérite de leur part, et n'exigeait en retour qu'un sacrifice matériel insignifiant. 3^ Il fut commis avec la jirévision qu'il causerait le plus grave dommage nonseulement au péçhejir lui-même, mais à toute sa descendance. Ce dernier point n'a pas un rapport purement extérieur et accidentel au péché ; il fait essentiellement paii^ie de sa gravité interne et spécifique, car la désobéissance attaquait un commandement qui, semblable à celui qui fut imposé à Jésus Christ, était directement voulu de Dieu pour assurer le salut de l'humanité, et l'hommj, en le transgressant , refusait son concours instruu. entai à l'exécuiion de la volonté universelle du salut. Le péché d'Adam, au moins sous ce rapport, comme péché du chef de riiumanité, éiait plus,grave que le péché d'Eve, bien qu'on doive admettre avec saint Thomas, qu'à d'autres égards le péché d'Eve l'emportait sur le si n.
Voyez saint 'Ihomas, loc. cit., qusest. cclxiii, art. m et iv; Bellarmin, loc. cit.. cap. ix et x ; Estius, dist. xxii, § 7.
211. — VI. Quoique le péché des premiers hommes, surtout comme péché d'incrériulité, lût. une apostasie formelle et ressemblât par son motif au péché des anges, cette apostasie n'était pas aussi radicale et o[)iniâtre que celle des anges. Elle ne l'était pas par cette raison surtout que l'humiliation, la confusion de l'esprit, qui, selon le récit de la Genèse, fut la conséquence immédiate de son exaltation, désabusa efficacement .os deux ancêtres par la révolte de la concupiscence, et leur inspira une honte et une crainte salutaires.
212. — De là vient que la sentence divine qui succéda à leur péché ne contient point, comme la sentence des anges, une réprobation, une condamnation immédiate à la peine éternelle, ni même l'infliction instantanée de la mort temporelle don! Adam et Eve ont été menacés. En ajournant la mort temporelle, elle donne le temps de faire pénitence. Quant aux autres peines expressément infligées aux deux sexes, les souffrances corporelles, elles ne sont pas purement vindicatives, mais aussi satisfactoires et médicinales; elles peuvent donc, elles doivent aboutir à l'expiation du péché commis.
La sentence divine ne renferme de réprobation et de condamnation absolue que contre le s rpent séducteur, ou plutôt contre Satan caché sous sa figure, elle lui annonce qu'il recevra de l'humanité terrassée par lui le plus sanglant affront qui se puisse concevoir, et sera com[ilètemont frustré de l'autorité où il aspirait en séduisant les hommes. Ainsi, la sentence absolue lancée contre le séducteur ofi're à ses vi-^îtimes la perspective assurée d'une parfaite réconciliation avec Dieu ; elle forme pour l'humanité coupable la première, fondamentale et Joyeuse nouvelle du salut, le « protoévangile , » ainsi qu'on l'a appelée. Il est également certain par l'Ecriture et la tradition que les premiers hommes ont véritablement regretté et expié leur péché et sont parvenus à la vie éternelle.
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213. - Les autres détails sur les peines des premiers hommes seront donnés au § suivant. Nous nous contenterons ici de remarquer que les peines particulières a chacun
des deux sexes fpour la femme, les douleurs de la conception, de lagiossesve, de l'enfantement, de la subordination; dans i'homme, la difficulté de pourvoir à sa subsistance, car elle ne lui sera plus fournie par les fruits de l'arbre, mais il devra l'arracher à la terre), correspondent à la part respective qu'ils ont eue dans le péché : la femme est soumise à i'homme en punition de ce qu'elle l'a séduit au péché; l'homme est condamné à subvenir à sa femme et à ses enfants, pour avoir été envers sa femme d'une coupable condescendance. I-a malédiction de la terre jointe à la punition de l'homme signifie que Dieu retire la bcné'iction spéciale qui avait régné sur la terre paradisiaque, ou que l'homme sera forcé de subvenir à ses besoins hors du paradis avec un sol moins j^ropice, moins varié, et soumis à une foule de conditions défavorables pour lui.
214. - La sentence contre le serpent peut être envisagée de deux manières : ou comme se rapportant exclusivement au démon représenté par son organe, le serpent; ou comme se rapportanc à la fois au démon et au serpent comme animal. Dans ce dernier cas, eJle ne signifie pas évidemment que c'est dès lors seulement que le serpent rampera sur son ventre; elle signifie que cette démarche humiliante, qui est en soi naturelle au serpent, sera désormais une marque de flétrissure. Il e^t plus vraisemblable cependant que les termes appliqués au serpent sont purement symboliques, car 1" les serpents ne mangent pas réellement la poussière, ou du moins n'en vivent point : cette expression ne peut signifier qu'une humiliation extrême, l'exclusion de toute nourriture vraiment vitale ; 2° le verset suivant, sur l'inimitié entre la femme et le serpent, énonce un sens directement prophétique.
215. — La, conversion de nos premiers ancêtres est implicitement contenue dans le récit de la Genèse, et elle est expressément attestée dans la Sagesse, x, 1 et suiv. : Hac (Sapienlia) illum, qui primus formatus est a Deo pater orbis terranim, cum soins esset créa tus, custodivit et eduxit illum a deliclo sîio. Ce passage donne aussi clairement à entendre qu'Adam a participé à la rédemption d'une manière durable, ainsi que l'enseigne la tradition dès les temps les plus reculés; saint Irénée et Tertullien l'affirmaient expressé-
ment contre quelques gnostiques. Saint Irénée surtout traite longuement cette auestion, lib. III, cap. xxiii (al. 33-38). Dans ce fait que les premiers iiou rnes ont été arrachés det mains du démon, A voit un gage n. ;essaire, ou (iu moins tout à fait convenable, de la rédemption des autres hommes, et il explique d'une façon très-ingénieuse comment la sentence de Dieu sur Adam a été une sentence de conjpassion et de miséricorde. — Voyez Suarez, loc. cit., cap, VIII ; Bellarrain, loc. cit., cap. xii.
§ 197. Suites spécifiques du péché originel dans nos premiers parents. — Itétérioration, corruption, altération de leur nature {corruptio et vitiutio naturœ) par la perte de la gloire et de la justice de l'état primitif.
Ouvrages à consulter : Sur ce § eL le suivant, voyez les traités sur le péché originel. Pour l'historique des doguics, eu ce qui concerfie la coiitroverse av>'C les pélagiens, voyez Garnier, in Marium. Merc, De Rubeis, Werner, Schwane, Zobl. Sur le fond delà qr;estion, S. Aug. dans plusieurs ou\ rages, surtout De pecc. orig., De nupt. et concup., et contra Julianum, op. perfect., et op. imp.; Arisflm., De conceptu virginali; Lomb., 1. II, dist. xxx-xxxiii (Bonav , Acgid., Scotu.-, Dion. Carth.); Thom., surtout qq. 'isp. De vnalo, q. iv < t I-II, q. lxxxi-lxxxiii (Conrad, Salmant., Valentia, Tauner; Boecker a résumé textuellement toute la doctrine de saint Thomas); surtout contre les réformateurs Bellarni., De amiss. gr.. lib. IV- VI ; Stapleton, De justif., lib. I-III : Valentia, contr. De pecc. orig., Luydl, Theol. mor., t. IV, p. ii; Kleutgen, t. II, urt. x; Berlage, t. V, § i^2-23. On coiisidère couini'-; une monographie complète l'ouvrage de de Rubeis, De pecc. originali (réimprimé à Wurzb., 1857) : on trouve de bons et nombreux matériaux d.-nsSchluntes» Wesen der Sunde (Rolisb., 1863).
216. — I, Le premier péché commis dans l'humanité, à raison des dons spéciaux accordés à la nature des premiers hommes, contrairement à ceux qu'avaient reçus les anges et à ceux qu'obtinrent les descendants d'Adam eut des conséquences toutes particulières, dont une partie est expressément mentionnée dans le récit de la Bible. On peut les résumer en disant que toute la gloire surnaturelle de l'état
SUITES DU PÉCHÉ ORIGIiNEL. 265
primitif a été perdue, que l'hoiume u été vicié dan ^ toutes ses parties, dans son âme aussi bien que dans son corps. Cette doctrine, notamment sous les derniers termes, a été formellement définie, t>'abord par le deuxième concile d'Orange, can. 1 et plus clairement ensuite par le concile de Trente, sess. v, can. 1, contre les pélagiens et aulr:?s naturalistes, qui niaient tota'eraent ou en partie cette altération.
217. Concil. Araux., loc. cit. « Si quis per offensam » praevaricationis Adse no7i toîum, id est, secundum corpus » et animam, in deteriîis dicit hominem commutatum, sed » animae libertate illsesa durante, cori>us tantuii;modo cor- » ruptioni crédit obnoxium, Pelagii crrore deceptus adv«r- » satur scripturse dicrnti : Animn, qufp peccaverit^ ipsa morie- » tur. Et : Nescids quoniam ciii eochibetis ros servos ad obedien- » dum, servi estis cjus cui obeditis ? Et : A quo quis supeialur, » ejus et servus nddicitur. » — Conc. Trid., loc. cit. « Si quis » non confîtetur primum hominem Adam, cum mandatum » Dei in paradiso fuisset transgressus, statim sanctitatem » et Justitiam in qua constitntus fuerat, amisisse hicurris- » seque per oflfensam prsevaricationis hujusmodi iram, et » indignationem Dei, atque ideo mortem quum antea illi » comœinatus fuerat Deus, et cum morte captivitatera sub » ejus potestate, qui mortis deinde habuit imperium, hoc » est diaboli, totumque Adain, per illam praevaricationis » oflensara, secundum corpus et animam in deterius com- » mutatuai faisse : anathema sit. »
218. — IT. Cette détérioration de l'homme tout entier, conséquence du {tremier péché, consiste dans les lacunes et les maux divers dont la nature humaine est aujourd'liui affligée, d'après la révélation confirmée par l'expérience, c'est-à-dire 1° dans le défaut de grâce sanctifiante el de vertus surnaturelles ; 2° dans l'infirmité ne la raison et dans son penchant à l'erreur; 3° dans la faiblesse morale de la volonté et dans son inclination au mal; 4° dans la révolte de la convoitise des sens contre l'esprit et dans l'influence prépondérante, dans uno sorte de souveraineté qu'elle exerce sur lui; 5° dans la nécessité des souffrances et de la mort physique ; 6° dans une diminution considérable de l'autorité de l'homme sur la nature extérieure, jointe à
une dépendance multiple à son égard ; 7° enfin dans un certain assujettissement à la puissance du démon, consistant en ce que l'homme est obligé de supporter au gré du démon, tous ces maux qui résultent de sa séduction, et qu'il est exposé au-dedans comme au-dehors à ses attaques les plus c'iverses et les plus violentes.
219. — Ces résultats, si on les compare avec l'état qui a précédé le péché, "impliquent dans l'homme un changement si général et si profond, qu'il est incomparablement plus grand que celui par lequel un roi se verrait réduit à la mendicité ou à l'esclavage. D'une condition céleste, spirituelle, angélique, divine, l'homme tombe dans une condition terrestre et animale, semblable sous plus d'un rapport à celle de la brute. Image de Dieu, il perd à bien des égards cette similitude divine qui faisait de lui la vraie ressemblance, .'image complète, lumineuse et vivante de Dieu, et il devient une image défigurée, souillée, sans éclat et sans vie. C'est en ces termes que tous les Pères déppignent le changement prodigieux que le péché a fait dans Adam. Les quatre premiers éléments expriment surtout une altération, une diminution, une inclinaison de la liberté morale.
Cette altération du libre arbitre a été surtout relevée par les Pères et par les décisions de l'Eglise contre les pélagiens. On allait même, à cette époque, jusqu'à dire que la liberté avait été perdue, en entendant par là la liberté que l'homme possédait avant le péché et qu'on appelait aussi naturalis possibilitas et innocent ia, c'est-à-dire la puissance origii elle d'atteindre à la fin surnaturelle, et d'éviter par soi-même, sans un secours particulier de Dieu, toute espèce de faute et de péché. Mais on ne parlait ainsi que parco que les pélagiens soutenaient que cette liberté n'avait pas été afifaibiie. De là vient que le concile de Trente a rejeté avec le même droit le terme de « perte ou d'extinction de la liberté, » que les réformateurs prenaient dans un sens absolu.
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220. — Entre les maux produits par le péché d'Adam, la Genèse, ch. m, ne nomme que ceux qui se révèlent au-
dehors, rapparition de la concupiscence, les souffrances et la mort, la dépendance à l'égard de la nature extérieure, souvent par les côtés où elle est défavorable à riiomme. La perte de la grâce sanctifiante s'entend de soi, de même que la faiblesse de la raison et de la volonté qui se lie à la concupiscence et se montre dans tous les descendants d'Ndam. Le Nouveau-Testament attache une grande importance à l'assujettissement de l'homme au démon, car il fait de la suppression de cet esclavage l'objet spécifique de la rédemption. Sur tous ces points du reste, l'unanimité est absolue dans toute la tradition.
221. - La lésion de la liberté (lesio libertatis animœ), selon la définition du concile d'Orange, can. 1 (ci-dessus, n. 217), consiste évidemment, d'après le concile de Trente (ci-dessus, n. 217^, expliquant et développant cette définition, dans la perte de la sainteté et de la justice. Le concile d'Orange lui-même, dans son épilogue, après avoir qualifié (can. 8), cette lésion de vitiatio liberi arbitrii, l'appelle une « atténuation » et une « inclinaison du libre arbitre : » « Praedicare debemus et credere quod per peccatum primi » hominis ita indinatuni et altenuatum fuerit liberum arbi- * trium, ut nuUus postea aut diligere Deuni sicut oportuit, » aut credere in Deum, aut operari propter Deum quod » bonum est possit, nisi gratia eum et misericordia divina » prsevenerit. »
Dans ce passage (comme dans le canon 8), le concile entend évidemment par « atténuation » et « inclinaison » surtout l'impuissance à exercer des actes surnaturels. Dans le canon 13, au coiitraire, il dit avec saint Augustin : « Arbitrium hominis in primo homine infirma+um nisi per » gratiam baptismi non potest reparari, quod amissum, nis* » a quo potuit dari, non potest reddi. » Dans la première phrase, libenim arbitrium est le sujet d'une perfection amissible; dans la seconde, il est cette perfection même. L'objet de la [lerte est clairement indiqué par le pape Célestin * : « In praevaricatione Adse omnes honiines naturalem (ori- > ginalem) possibilitaten; et innocentiam perdidisse, et » neminem de profui;do illius ruinée per liberum arbitrium
* CoUestin., Epist. ad Gallos, cap. i.
* posse consnrgere.nisi eum gratia Dei liberantis erexpriî.» Le canon du concile de Trente (sess. vi, cap. v), qui ne conti'edit ce texte qu'en apparence, est ainsi conçu : « Si » quis liberum liominls arbitrium post Adse peccatum » ainissum et extinctum dixerit, aut rem esse de solo » titulo, imo titulum sine re, figmentum denique a Satana » invectum in ecclesiam, anatlierno sit. »
222, — III. Quant à sa forme et à son origine, le changement considérable qui s'est produit dans le premier homme à la suite du péché ne doit pas être conçu, du moins dfius ce qu'il a d'essentiel, connue une corruption positive ou une perturbation négative de la 'terfection qui appartient à l'homme en vertu de sa nature, produite par le pécheur lui-même ou par Dieu. Il consiste plutôt dans la privation des dons surnaturels, qui affranchissaient la nature de sa faiblesse naturelle : la privation de ces dons est une conséquence de la perte do leur premier et principal élémenr, la grâce sanctifiante; ou bien il consiste dans la soustraction du secours divin qui garantissait l'homme des funestes influences du monde extérieur, de la nature sensible qui est au-dessous de lui, et des mauvais esprits placés au-dessus de lui. Il consiste donc dans une séparation d'avec le Saint-Esprit, principe de la gloire surnaturelle de l'état [irimitif ; l'homme s'est vu réduit à ce qu'il était en vertu de sa nature.
Ainsi, la portée de cette détérioration ne va pas jusqu'à détruire les dispositions positives naturelles, à diminuer en elles-mêmes la force et l'inclination naturelles pour le bien^ ni surtout à disposer positivement et encore moins exclusivement l'homme pour le mal.
223. - Cette doctrine est enseignée non-seulement par toute la scolastique, mais encore par les Pères, notamment par les Pères grecs. (Voyez ci-dessus, livre II, n. 1027 et suiv.) Elle est assez clairement formulée dans le concile de Trente {loc. cit.). qui explique ce que le concile d'Orange appelle « lésion de la liberté » par la « perte de la justice et de la sainteté » et ne présente le « changement de l'homme tout entier in deterias » que comme résultat total des suites attachées à cette « perte. » Elle est de plus par-
faiteiuent sufflsanto et la seule qu'on puisse concevoir. D'Une part, en effet, elle suffît pour expliquer tous les maux qui se sont déclarés, car ils étaient tous empêchés par des dons surnaturels. (Voyez ci-dessus § 154 et suiv., § 174.) Dautre i)art, il est absolument incomiiréliensible que l'acte coupable d'Adam, ayaiit été si [)romptenient regretté et l'ayani été précisément parce qu'Adam rougissait de ia concupiscence qui s'éveillait contre son a;ré, ait pu produire par une influence physique sur la con: . ition naturelle de son être des effets aussi étendus, aussi tei:aces et irrévocables que ceux qui se sont produits en réalité. On ne conçoit pas davantage que Dieu, surtout dans le dessein qu'il avait de rache;er du péché le premier homme, ait voulu empirer son état, et surtout son état moral, en agissant sur la constitution natuielle de son être.
Il ne restait donc que l'influence du démon, qui, prenant la place du Saint-Esprit, aurait donné à la nature créée de Dieu une qaalité antinaturelle et en aurait fait ainsi je ne sais quoi de monstrueux, ce qui suppose dans le démon une puissance miraculeuse sur la nature qui égalerait la puissance divine.
DÉVELOPPEMENTS
224. — Il est évide;it que le concile de Trente, par l'expression mutatio in deterius. n'a pas voulu signifier autre chose qu'une altération résultant de la perte des dons surnaturels ou d'un changement ue position extérieure; autrement, il lui aurait fallu condamner presque toute la scoîastiqiie. Du reste, les théologiens qui ont pris à ces discussions uni' [tart prépondérante, ex[)liqueni ce canon complètement dans notre sens. (Voyez Dora. Soto et Vega, et ci-dessous n. 228.) Les expressions des Pèies sur la « lésion, » la « vitiation, » etc., du libre arbitre, n'emportent pas nécessairement une autre signification.
Sans doute, il demeure toujours possible que le premier [leché ait produit dans Adam, comme les péchés d'habitude le font en nous, une certaine inclination positive à les renouveler; mais cet effet-là n'est pas irrévocable comme ceux dont il s'agit ici, d'autant plus que le désenchantement de
nos premiers parents, leur humiliation, leur conversion soudaine et radicale ne laissèrent rien, ou ne laissèrent que peu de chose subsister de cette inclination. C"est donc justement que la plupart des théologiens, presque tous, exclueiit du changement produit dans le premier homme l'introduction d'une qualité positive.
Il est vrai qu'on ne saurait qualifier l'opinion contraire d'erreur centre la foi"; mais olle est au moins néorativement téméraire, parce qu'elle ne repose que sur des fictions et desmalentendus, et ne sert qu'à embrouiller la question au lîeu de l'éclaircir. Parmi les malentendus, nous citerons notamment celui qui consiste à admettre, en s'autorisant de saint Ajagustin, une « qualité morbide » (voyez livre III, n. 551, 553) et à conclure de la manière dont la concupiscence, déchaî lée opère et se révèle au dehors, que l'apparition de la concupiscence ne provient pas d'un déchaînement, mais d'une production véritab e.
2^5. — Quant aux réformateurs, leurs doctrines sur ce point ne sont pas seulement négativement téméraires; elh-s sont hérétiques autant qu'absurdes. Ils enseignent d'une part que le péché a complètement détruit le principe vital qui fait de l'homuie une image de Dieu anéanti, des forces et la tendance pour le bien, et principalement toute espèce d'aptitude et d'inclination à l'amour et à l'estime de Dieu; ils affirment, d autre part, que ce péché avait, par sa gravité, la force de produire non seulement un certain penchant à renouveler le péché commis, mais une inclination positive, directe, constrtnte, irrévocable, irrésistible même pour toute espèce de mal, surtout pour la'haine et le mépris de Dieu, et cela non seulement dans 1 ; volonté, mais aussi dans la concupiscence sensibre, aux instincts de laquelle l'esprit aurait été invinciblement assujetti. Le péché aurait donc formellement « endiablé » et « animalisé» l'esprit humain; d'une image de Dieu, il aurait fait une image du démon et de la bête.
Le caractère hérétique de cette doctrine se révèle déjà dans la conséquence hérétique où elle aboutit, la négation de la liberté morale, et dans ce principe hérétique, ou que la nature spirituelle de l'àme immortelle est destructible, ou que l'âme n'est pas essentiellement l'image de Dieu (voyez
oi-dessus § 154). Cette doctrine des réformateurs est da reste si inconcevable que les anciens réformateurs s'occupaient peu ou ne s'occupaient nullement à l'expliquer; en tout cas, un miracle du diable eût été pour eux une explication suffisante, et il aurait certainement autant de valeur que l'idée fantastique d'un souffle empoisonné sorti de la bouche du serpent ou d'un poison contenu dans la i)omme. Jansénins, au contraire, s'est longuement appesanti sur ce sujet *. Il exfjlique le changement soit, comme les scolastiques, parla privation de la grâce, c'est-à-dire, selon lui, par la privation du seul principe d'où dépend toute moralité véritable, toute durée de la concupiscence, soit en disant que les premiers hommes, pareils aux anges déchus, se sont précipités avec une prodigieuse énergie dans un égoisme qui impliquait virtuellement l'inclination à toute espèce de mal, qui a envahi toutes les forceside Tàme et livré l'esprit sans défense à hi sensualité déchaînée et surexcitée. Mais ce sont là des assertions purement arbitraires aussi inexplicables que la chose qu'il s'agit d'expliquer.
226. — IV. Quoique la détérioration de l'homme tout entier par le péché originel n'ait eu lieu que par la soustraction des dons surnaturels dont il était orné, elle n'est pas cependant purement -extérieure dans son rapport au sujet et à ses effets, comme lorsqu'on perd un vêtement matériel ou un appui extérieur. C'est le plus une détérioration interne et profondément interne, le changement en mal, in delerius, de ce qu'il y a d'intime et de plus intime dans la constitution de l'âme, par conséquent une corruption (corniptio) de sa bonté interne, et surtout une altération (vidatio) de sa droiture, une corrut'tion, une atténuation de la force et de l'énergie de la volonté, altemiatio et incUnatio liberi arbirii, selon le langage de l'B'glise. C'est er^ un mot une dépravation intérieure de la nature, en entendant par nature l'être intérieur de l'homme, par opposition à ses biens et à ses relations extérieures; la constitution de son principe vital, par opposition à ses actes.