‹ La Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 20 sur 42 · L ESCLAVAGE DU DEMON · texte numérisé non relu

L ESCLAVAGE DU DEMON

» fitebat, et spolia ejus distribuet, » qui concernent directement la délivrance des possédés, s'appliquent indirectement à la rédemption de tous les hommes. « Imperium » murtis, » dont parle le Concile de Trente, est emprunté de Hebr. ii, 14 : « Quia ergo pueri communicaverunt carni et » sanguini (id est naturam carnis passibilis et mortalis » hcibebant), et ipse similiter participavit iisdem, ut per » mortem deslrueret (xaTapYi^cyi — comprimeret) eum qui habebat » mortis imperium (tov to xparoç l/ovra toïï ^avaiou), id est diabo- » lu m. »

384. — La tradition sur ce point est d'une telle évidence qu'Abélard lui-même, tout en osant la combattre, avouait que tous les docteurs l'avaient retenue d'après l'enseignegnement des Apôtres. — Contre Abélard, et sur le caractère catholique de cette doctrine, voyez saint Bernard, epist. cxc ad Innocent II, sive tract, de erroribus Abœlardi, cap. v, 6. — La raison apparente pour laquelle Abélard niait la servitude du démon, c'est que le démon par une séduction injuste, n'avait acquis aucun droit véritable sur l'homme. Mais la vraie raison, c'est qu'il niait le rapport de culpabilité envers Dieu fondé par le péché héréditaire, et d'où résulte l'assujettissement de l'homme au lémon, et par conséquent la nécessité d'une satisfaction et d'un rachat par Jésus-Christ. Il admettait seu'ement que Jésus-Christ avait dû venir et était venu pour instruire l'homme et l'encourager.

Les théologiens, chose étonnante, en traitant du péché héréditaire, ne se sont presque pas occupés ex professa de cet effet, Driedo *, Vega^et Stapleton^, de nos jours Glossner font seul exception. Il n'en est guère parlé que dans lib. III, sent., dist. xix et in III Part., quaest. xlix, art. ii, sur les effets de la Passion ':e Jésus-Christ, ou lib. IV, dist. VI, et III Part.) quaest. lxxi, art. ii, où il est question, des exorcismes du baptême. Ceux qui s'en sont le plus largement occupés sont Thomassin ^ et Théoph. Raynaud s, à propos du dogme de la rédemption.

' De captiv. at redempt. gen. hutn.

* De justiflcatione, lib. II, cap. xii et seq. ^ De justif., lib. II.

* De Incarnat., lib. I, cap. m.

'" De attrib. Christi, sect. V, cap. xv.

385. — On peut déterminer ainsi l'assujettissement à l'empire du diable, ou l'autorité du diable sur les hommes, en ce qui regarde son origine, sa nature et ses effets.

386. — II. Le titre de cet esclavage ne consiste pas évidemment dans un droit légitimement acquis par le démon ; car quand il s'agit de lui il ne peut être question de mérite. C'est un empire usurpé, et il est lui-mêtne un tyran en droit comme en fait, in titulo et in regimine. Son titre, il le tient de l'homme seul, qui s'est rendu digne par le péché d'être livré à Satan, à qui il s'était rattaché en se séparant de Dieu, et parce qu'il s'était laissé séduire. I,es Pères et les théologiens appliquent à notre cas, comme l'E'riture l'applique à la servitude du péché, (II Pierre, ii, 19) — en guise de comparaison plutôt que de preuve, — l'ancien droit de la guerre qui faisait du vaincu l'esclave du vainqueur. — Mais, dans le cas présent', le diable a vaincu par condescendance volontaire, et non par la force, et l'assujettissement forcé à ton empire ne s'appuie que sur cette condescendance volontaire, ainsi que l'Ecriture le montre ailleurs en parlant do la servitude du péché. (Rom.; vi, 16.)

DÉVELOPPEMENTS

387. — Le premier passage '(II Pierre, ii, 18, 19), dans son contexte, est ainsi conçu : Pelliciunt in desideriis carnis Ivxuriœ eos qui paululum effugiunt (en grec àTrocpuyo'vraç), libertatem illis promittentes. cum ipsi servi sint corruptionis (scilicet corruptionis concupiscentiae, ci-dessus chap. i, vers, iv) ; a quo enim guis siiperatiis est, hujus et servus est (toutw x«i MouXoiTai). L'autre passage Rom, vi, 16, est ainsi conçu: Nescitîs qtioniam cui exhibetis vos servos ad obediendum, servi estis ejus cui obeditis, sive peccati ad mortem, sire justitiœ ad vitam ?

Gomme l'esclavage civil chez les anciens avait pour cause non-seulement la victoire dans la guerre, mais aussi la rente, les dettes non acquittées, les Pères, se rattachant à ce mot du prophète : gratis venumdati estis, représentent la servitude du diable aussi souvent sous la première que sous la seconde figure. Mais ici encore il ne s'agit pas d'un droit légitimement acquis par le démon, d'autant plus qu'il n'a

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