L ESCLAVAGE DL DEMON
rien donné aux hommes en échange de leur liberté, qu'il s'est contenté de les tromper. Quelquefois cependant, les Pèrej) ins:';'"Tt. d'une manière un peu vive sur l'autorité légitime du deraon. Saint Bernard, qui va le plus loin, finit par en tlonner une exi ellente explication : « Discat ergo » (Abselardus) diabolum non solum potestatem, sed et jus- » tam habuisse in homines, ut consequenter et hoc videat » venisse utique in carne Dei filium propter liberandos » homines. Cseterum, etsi justam dicimus diaboli potes- » tatem, non tamen et voluntatem. Unde non diabolus qui » invasit, non homo qui meruit, sed justus Dominus, qui » exposuit. Non enim a potestate, sed a voluntate justus » injustusvequis dicitur. Hoc ergo diaboli quoddam in liomi- » nem jus, etsi non jure acnuisitum, sed nequiter usur- » patum, juste tamen permissum. Sic itaque homo juste » captivus tenebatur , ut tamen nec in homine, nec in » diabolo illa esset justitia, sed in Deo. »
Saint Anselme (ou plutôt l'interlocuteur Boso, qui n'est pas corrigé ici par le saint Docteur), est parfaitement d'accord avec saint Bernard. Il veut prouver, lib. I, cap. vu, quod nullam justitiam diabolus habuit erga hominem : « Puto » illos, qui diabolum aliquam opinantur habere in possi- » dendo homine justitiam, ad hoc inde adduci, quia rident » hominem diaboli vexationi subjacere jus^e et Deum hoc » juste permittere ; et idcirco putant diabolum illam juste » inferre. Contingit enim idem aliquid diversis considera- » tionibus esse justum et injustum, et ob hoc a non dili- » genter iniuentibus, totum justum aut injustum judicari* » Evenit enim ut aliquis innocentem percutiat injuste, unde » ipse juste percuti mereatur; si tamen percussus vindicare » se non débet et percutit percutientem se, injuste hoc » facit. Hsec igitur percussio ex parte repercutientis injusta » est; quia non debuit se vindicare ; ex parte vero percussi » justa, quia injuste percutiens juste percuti meruit. » Diverso igitur intuitu justa et injusta est eadem actio, » quia contingere potest ab alio Judicari justam tantum, ab » alio injustam. Hoc itaque modo diabolus dicitur juste » vexare hominem, quia Deus hoc juste permittit, et homo » hoc juste patitur. » Voyez surtout Thomassin, De inc. lib. L, cap. III.
388. — III. Quant à son essence, l'assujettissement de l'homme à l'empire du démon consiste généralement 1'' en ce que celui qui commet un péché mortel est et demenre de droit atteint le tous les maux (^ d naissent par 11 seul fait du péché, en tant que ces maux représentent une participation à la damnation du démon, qu'ils ont été procurés et qu'ils subsistent par-son fait, et que, dans ce sens, c'est le démon qui les lui a infligés. 2° Il consite surtout en ce que celui qui pèche mortellement mérite d'être exposé à une autre influence directe et violente du démon, qui l'excite à de nouveaux péchés et lui attire une infinité de maux corporels et spirituels.
Dans l'un et l'autre cas cet assujettissement apparaît soit comme une captivité, un obstacle à se mouvoir librement pour acquérir le bien qu'on désire ou à pratiquer le bien qui est obligatoire; soit comme une servitude, une sorte de nécessité de servir d'instrument au démon pour atteindre ses fins, par conséquent de satisfaire sa haine contre Dieu par de nouveaux péchés, et sa haine contre les hommes, par les maux que le péché leur procure.
389. — Ainsi, tandis que l'assujettissement à l'empire du démon ajoute un élément à l'esclavage du péché et de la mort, un élément qui ne s'y trouvait pas encore forinellement, il revêt d'autre part tous les caractères de cet empire et lui donne par là une forme plus concrète et plus funeste. De même en effet que l'empire du péché, non-seulement est attribué à un être personnifié, mais à un être vraiment personnel, et se présente ainsi comme plus puissant et mieux affermi; il est aussi, dans cette alliance, beaucoup plus funeste que si on le concevait simplement en soi et d'une manière abstraite. La séparation d'avec Dieu, l'exclusion du ciel, la malice de la convoitise apparaissent beaucoup plus effro3'ab]es, plus mauvaises et plus sensibles, quand elles entraînent la société avec le démon, la participation à sa damnation, l'exclusion du ciel, terme des désiis du démon; quand on considère la convoitise ''omme un instrument désiré de lui pour consommer la dépravation de l'homme. Aussi quand l'Eglise traite de la concupiscence, elle insiste principalement et ajuste titre sur ce point, que la concupiscence non -seulement sert par elle-même aux
l'esclavage du démon. 393
desseins du démon, mais que le démon l'emploie comme une disi.osition pour exercer directement ses autres influences.
390. — L'assujettissement à la puissance du démon comporte évidemment, comme le péché lui-même, différents degrés. Il est autre dans le pécheur endurci, autre dans celui qui est simplement coupable de péché mortel et autre dans celui qui n'a que le péché héréditaire. Le pécheur endurci est avec le démon dans un rapport de service actif et permanent ; il travaille constamment à affermir sa captivité et son esclavage. Dans celui qui est simplement coapable de péché mortel, l'assujettissement implique, comme captivité, non-seulement qu'il est impuissant à faire des œuvres méritoires, mais qu'il mérite de partager la damnation du démon, et dans le pécheur héréditaire, une simple inaptitude et une damiation négative. Comme servitude ou esclavage, il implique pour le premier qu'il mérite d'être privé de tout secours pour résister aux suggestions du démon, et pour le pécheur héréditaire qu'il mérite simplement de ne pas recevoir de secours abondants.
Cependant, c'est justement à propos du péché héréditaire qu'on relève l'assujettissement au pouvoir du démon, parce que c'est le péché d'Adam, son principe, qui a fondé l'empire du démon et l'a étendu sur toute l'humanité; parce que tout assujettissement ultérieur par des péchés personnels n'est qu'un accroissement 'lu penchant déjà existant ou une rechute dans ce penchant.
391. — On peut aussi, en un certain sens, considérer l'assujettissement du pécheur à l'empire de Satan comme une prise de possession du pécheur par le démon, ou comme une habitation du démon en lui. Et de fait l'exorcisme qu'on prononce sur ceux qu'on baptise est absolument conçu comme celui qui se prononce sur les possédés, ut exeas et recédas ab eo; il oppose la possession de l'esprit malin à la possession de l'esprit qui réside en nous i.
Cepen.lant il ne s'agit point ici d'une habitation substan-
< Aussi S. Thom. est d'avis III Part., quœst. lxxi, art. ii. ad 1, que tout homme avant le baptême (haptizandus) est un énergumène, « quasi interius » laboraus ex intrinseca operatione dœmonis. »