‹ La Théologie dogmatique (volume 2)Chapitre 22 sur 42 · LA L'O.-^MAT QUI · texte numérisé non relu

LA L'O.-^MAT QUI

tielle du démon, même dans le corps, ni à plus forte raison dans l'àme, chose absolument impossible (voyez livre II, n. 365), mais seulement d'un rapport de dépendance et d'influence, tel qu'il peut avoir lieu parmi les hommes, accompagné tout au plus de la présence intime et durable d'un esprit pervers. Si on emploie à ce sujet des expressions semblables à celles- qui expriment l'habitation du Saint- Esprit, c'est parce que les relations avec le Saint-Esprit sont remplacées par les relations avec le démon et que les premières ressemblent aux secondes dans les desseins du démon et en partie par leur mode .d'opération. Mais cette analogie montre aussi que l'assujettissement au pouvoir du démon n'est pas nécessaire, absolu, complet : la volonté humaine n'est pas, comme le prétend Luther, un coursier monté par le démon. De même que la possession de l'homme par le Saint-Esprit n'exclut pas la liberté de pécher, la possession de l'homme par le démon n'exclut pas en soi la liberté d'opérer toute espèce de bien.

392. — De même enfin que l'empire du péché et de la mort peut se présenter sous deux aspects essentiellement différents, suivant qu'il n'est que la persistance de la partie matérielle du péché, ou de ses suites matérielles, ou qu'il est en même temps la continuation du péché même et de la culpabilité qu'il renferme; de même il faut distinguer dans l'assujettissement au péché entre un simple abandon de fait aux influences violentes du démon, et cet autre abandon qui a lieu comme châtiment formel d'un péché non encore remis, dans un homme qui appartient en quelque sorte de droit au démon, à cause du péché qui pèse sur lui et de sa séparation d'avec Dieu. Si un homme justifié peut encore être soumis à la concupiscence, il peut aussi, quoique possédé et rempli du Saint-Esprit, être assujetti dans un haut degré aux influences du démon, et même à la possession corpurblle : Dieu peut le permettre pour différentes raisons notamment pour éprouver la vertu.

Mais de même que le justifié, malgré la survivance de la concupiscence, ne peut ; lus s'appeler pécheur, esclave ou captif du péché, car « le péché, » selon le langage de l'Apôtre, ne vit et ne domine plus dans son esprit, mais seulement dans sa chair, de même, monobstant la puissance

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permanente du démon sur lui, il ne peut plus être appelé un ami, un captif et un esclave du démon. Et cela pour un double motif : 1° parce qu'il n'est pas « de droit » soumis au démon et. que celui-ci n'a point ae part en lui ; son esprit appartient à l'esprit de Dieu, dont il est rempli; 2° parce que le démon ne peut avoir sur l'esprit du justilié qu'une influence semblable à celle de la concupiscence de la chair ; d'où vient que dans les possédés ce n'est pas l'esprit, mais le corps qu'il possède.

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393. — Saint Grégoire de Nysse (serm. in Christi natalem), rappelant la séduction de l'homme par le serpent qui lui sert d'organe et figure son mode d'action, représente fort ingénieusement l'origine et la durée du péché comme « une insinuation du serpent dans la nature humaine, » d'où vient que la durée de cet empire est une survivance du serpent dans la nature humaine, c'est-à-dire une image et un instrument de la malice et de la corruption du démon gravée dans cette nature. Le serpent dans l'homme n'est donc autre chose qu'un penchant contraire à Dieu, une inclination à de nouveaux péchés et à la mort; c'est le péché héréditaire que saint Grégoire appelle xax{a. Mais envisagée comme serpent, la xaxta a une tête, un corps et une queue; sa tête, c'est la séparation d'avec Dieu par le péché actuel ou habituel ; son corps, c'est la concupiscence; la queue, la mort. D'où vient que dans la destruction de l'empire du péché, on coupe d'abord la tête du serpent, par la justification du pécheur. Mais le corps . avec ses mouvements inquiets et ses efforts pour réengendrer la tête, subsiste encore dans la concupiscence jusqu'à ce que la queue du serpent pénètre dans la nature et la détruise en même temps que la concupiscence.

394. — IV. On coii! prendra mieux encore la nature de l'empire du démon sur l'homme, établi par le péché, si l'on médite sur la portée des expressions par lesquelles l'Ecriture sainte appelle le démon « le prince, le Dieu de ce monde ou de ce temps, » Dem hujus sœculi, II Cor., iv, 4, ou le « maître de la mort. »

395. — Ces expressions, il est vrai, marquent principalement un empire sur les hommes ou sur l'humanité : C'est là le « monde » dans lequel la mort est entrée par le péché d'un seul I Rom., v, 12). pour régne-r sur eux. Le terme « ce monde » caractérise l'humanité dans l'état où elle est entrée par le premier péché et dans lequel elle demeure plus ou moins jusqu'à la fin des temps, par opposition à cet autre état, le règne de Jésus-Christ, dans lequel, après avoir péri par le péché, l'humanité ne rentrera définitivement qu'à la consommation des siècles, mais où elle rentre déjà en partie dans le temps actuel.

Ces expressions indiquent encore et les bénédictions, les exorcismes que l'Egise prononce sur divers objets matériels, ne permettent pas de douter, que l'empire du démon s'étend aussi sur tout l'univers visible, en tant qu'il est en contact immédiat avec les hommes ou qu'il est à leur service.

Avant le péché, l'homme était, sous l'œil de Dieu, le maitre unique de la création visible, en ce sens du moins que le démon ne pouvait pas s'en servir d'une manière violente contre le gré et au préjudice de l'homme. Après le péché, qui a fait tomber le chef de la création visible sous la puissance du démon, cette puissance î>'ét3nd naturellement sur tout ce qui est du domaine de l'homme, et de même que la souveraineté de l'homme a été restreinte par la perte de son ancienne et parfaite suprématie, en punition de ce qu'il avait abusé de la nature extérieure, de même, c'est une des parties de la punition de l'homme que son empire soit combattu par la puissance de son ennemi et que le démon use de son influence sur la nature matérielle au détriment de l'homme.

Envisagé dans son ensemble, l'empire du démon sur le monde et excellemment appelé le « règne de la mort, » à l'opposé de l'action vivifiante et conservatrice du Saint- Esprit, il ne tend qu'à détruire et à corrompre, il cherche à utiliser les germes de dissolution qui existent dans le monde et à mettre à son service toutes les forces destructives. Ainsi, quand le dualisme païen et pseudo-chrétien des Perses et des gnostiques interprétait le rapport intime, qui existe de fait entre le maî qui est dans le monde visible]

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et les mauvais esprits qui l'ont occasionné dans l'origine, constamment entretenu et utilisé, quand il l'interprétait en ce sens que le monde visible avait été créé par un mauvais principe ou émanait de lui, il ne faisait que défigurer une des plus profondes vérités du christianisme.

396. — Pour bien comprendre l'empire du démon sur « ce monde, » il faut remarquer encore que l'influence corruptrice di^ démon, même qu?nd elle s'exerce directement sur l'homme, ne s'étend pas sur ce qui élève rhoii.;..j audessus du monde visible et passager, au-dessus de la « nature» dans le sens.restreint, notamment sur sa volonté; elle s'étend sur cette partie de l'être humain qu'on ajipelle son « côté naturel » par lequel il ressemble aux autres êtres de la nature et est naturellement sujet à la douleur et à la mort (voyez ci-dessus, livre III, n. 222). Le démon ne peut agir sur l'esprit de l'homme qu'en mettant le désordre et le trouble dans ses forces sensibles, et principalement dans son imagination et son appétit concupiscible. C'est précisément en attaquant l'esprit de bas en haut et en cherchant à le ployer sous la loi ténébreuse et mortelle de la sensibilité, qu'il révèle surtout son action violente et tumultueuse, contrairement à l'influence conservatrice et vivifiante du Saint-Esprit, qui éclaire l'esprit de l'homme de haut en bas, le fortifie et l'élève au-dessus des sens.

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397. — Voyez sur les expressions de l'JScriture sainte, Simar, Théologie de saint Paul. p. 66 et suiv., en allem. Il va sans dire que l'empire du démon sur ce monde n'est pas illimité ; il n'éclate au-dehors qu'autant que Dieu le permet. Il a été surtout restreint et complètement surmonté en principe par Jésus-Christ et par sa mort. Si Jésus-Christ, en parlant de cette défaite, dit que le démon a été chassé de ce monde, cela ne signifie point que dès ce moment là le démon ne puisse plus exercer d'influence sur le monde en général et sur l'homme en particulier. Cela veut dire seulement qu'en vertu de la puissance de Jésus-Christ les hommes peuvent résister aux influences du démon sur une plus vaste échelle et avec plus de facilité qu'auparavant,

qu'ils ont la force de le vaincre à leur tour ; que la mort de Jésus-Clirlst est le point de départ de la destruction totale et définitive de l'empire de Satan, de même que par une, anticipation de sa force il a posé les bases de toutes les victoires remportées avant lui sur le démon.

398. — V. Les manifestations de l'empire du démon sur les hommes, les fins et les résultats de l'influence pernicieuse qu'il exerce sur eux, et que Dieu permet aussi en grande partie envers les justes qui n'appartiennent pas au démon, afin de les éprouver, ces manifestations sont de deux sortes : Ce sont 1° des tentations ou des excitations au péché ; 2° diiférents autres maux pour lesquels le démon se propose également d'induire l'homme au péché, notamment par l'impatience, par la défiance envers Dieu, etc.

399. — I. Que le démon tente l'homme au péché, d'abord d'une manière indirecte, en se servant des passions de l'individu ou de la malice des autres hommes, puis aussi d'une manière directe, par des influences immédiates, et cela non-seulement dans quelques cas exceptionels, mais habituellement et avec une certaine persévérance, cette doctrine expresse de l'Ecriture sainte est de foi. Les Pères et les théologiens ne diffèrent que sur la question de savoir si toutes les tentations au péché proviennent directement du démon, ou du moins s'il a une part quelconque dans chacune d'elles. Il est certain que plusieurs des tentations, la plupart même, peuvent surgir sans l'intervention directe des esprits du mal, puisqu'elles doivent leur origine à la « chair » et au « monde, » aux passions proprement dites, aux mauvais exemples et aux suggestions de nos semblables.

Il est très-vraisemblable to.itefois que le démon n'assiste pas généralement en spectateur oisif aux manœuvres des agents qui servent à ses fins, qu'il les appuie, les favorise d'une façon ou d'une autre par son intervention, de même que, d'autre part, l'influence immédiate du démon se rattache ordinairement aux dispositions, aux excitations au mal qu'il rencontre, de sorte que l'initiative tout entière appartient rarement au démon. De plus, comme l'influence immédiate des mauvais esprits sur l'homme exige leur pré-

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sence personnelle, et que l'enfer, c^ans son ardeur pour la perte des hommes, réalise avec la sollicitude de Dieu pour leur salut, il n'est pas invraisemblable que chaque homme reçoit du démon un ange mauvais, de même que Dieu lui a donné un ange protecteur.

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400. — Les plus importants passages de l'Ecriture sur l'universalité et la constance des tentations démoniaques sont les deux avertissements suivants par lesquels les princes des apôtres inculquent la haute signification pratique de cette doctrine : I Pierre, v, 8, 9 : Sobrii estote et vigilate. quia adversarius veste?' diabolus tanquam ko rngiens circuit quœrens quem devoret ; cui resistite fortes in fide ; et Eph. VI, 11 : Induite vos armaturam Dei, ut possitis stare adversus insidias diaboli; quoniam non est vobis (solum) colluctatio adversus carnem et sanguinem, sed adversus principes et potestates, adversus mundi rectores tenebrarum harum, contra spiritualia nequitiœ in cœlestibus. Autres détails sur les tentations, principalement dans Suarez, De ang., lib. VIII, XVIII ; Knoll, De ang., art. vu.

401. — 2. Il est encore très-vraisemblable que les mauvais esprits exercent, non pas d'une manière purement exceptionelle, une certaine influence sur la production des maux physiques, si l'on envisage les bénédictions et les exorcismes de l'Eglise sur tous les objets qui peuvent être employés au service de l'homme, et pour détourner les différents maux qui peuvent être causés à l'homme au moyen de ces objets. Cependant comme l'Eglise, dans ces sortes d'actes, vise surtout à détourner les maux spirituels et moraux, on peut admettre aussi que l'influence immédiate du démon sur la production des maux purement physiques, est relativement beaucoup plus rare que l'influence directe qu'il exerce sur les tentations au péché qui viennent de lui.

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402. — De là résulte aussi la différence qui existe entre la crainte, la prudence vraiment chrétienne devant les

attaques constantes du démon, et la crainte, la prudence plus ou moins superstitieuse qu'on rencontre surtout là où la foi chrétienne est absente ou seulement dénaturée. Le vrai chrétien ne redoute guère que les attaques spirituelles du démon ; mais il les redoute dans un suprême degré, car il connaît et la puissance de Satan et sa propre faiblesse; c'est pourquoi, confiant dans le secours de Dieu, il se prépare à une résistance énei^gique et prudente. L< "^ autres attaques, il ne les craint point, car il sait qu'elles ne peuvent lui nui^'e qu'autaiit que Dieu le permet, et qu'en tout cas el.es lui apportent plus de profit que de dommage, tant qu'il résiste aux suggestions du démon.

L'homme superstitieux au contraire porte exclusivement ou principalement son attention sur l'influence physique du démon, il exagère son étendue et sa portée ; ignorant qu'elle est subordonnée à la Providence divine, il s'efforce de la j.révenir non par des moyens moraux, mais par des procédés mécaniques auxquels il attribue une puissance magique. Et c'est ainsi que la crainte du démon, où la foi a son influence, telle que l'entend le christianisme, devient une source abondante de vertu et de piété, tandis que Ici crainte superstitieuse est aussi funeste qu'elle est dégradante.

403. — VL Parmi les manifestations de la puissance d démon, ou parmi les efiforts qu'il fait pour déployer toute puissance, il en est quelques-uns qui révèlent avec une net teté particulière les effets ou la tendance de ce pouvoir. Le démon ne s'efforce pas seulement en général de détruire les œuvres de Dieu et d'entraîner l'homme dans sa malice et son infortune ; il vise surtout à impliquer l'humanité dans sa haine contre Dieu, contre sa vérité et sa grâce et à se l'assujettir aussi complètement qu'elle est de droit assujettie à Dieu ; il voudrait opposer à la religion de Dieu une religion de Satan et s'en servir pour insulter à Dieu et ravaler l'homme autant qu'il est en lui. Singe de Dieu, simia Dei, le démon essaie, de parodier la divixiité, mais sa religion est une caricature de la religion véritable dans un degré infiniment plus élevé que le singe n'est la caricature de l'homme, et rien n'est plus propre à montrer la fausseté et

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la malice des promesses du tentateur que l'humiliation dégradante et cruelle dans laquelle le démon a précipité et cherche à précipiter encore l'humanité au moyen de son culte. C'est à ce point de vue que nous allons examiner un certain nombre de phénomènes.

404. — J. Le culte des idoles, presque universel avant Jésus-Christ, n'était au fond, selon la parole de l'Apôtre *, que le cMe des démons; «Vune part, parce qu'il n'y avait là aucun autre être réel et personnel qui pût recevoir ce culte ; et, dautre part, parce que, selon la doctrine des Pères, les démons prenaient possession d'un grand nombre d'idoles, ainsi qu'on le vit plus tard quand les néoplatoniciens voulurent spiritualiser le culte des idoles et les remplacèrent expressément par les démons. L'influence des démons sur le culte des idoles et le but qu'ils s'y proposent se révèlent surtout en ceci que la cruauté, la débauche, l'impudeur et la frénésie, en un mot tout ce qui dégrade l'homme, étaient cor.sidérés et requis comme des offrandes sacrées.

405. — Dans les lieux où le christianisme avait détruit le culte des idoles, l'influence du démon se manifestait surtout sous une forme négative, par une haine aveugle et fanatique contre la véritable forme du culte représentée par le christianisme et l'Eglise catholique, surtout dans l'islamisme, dans les hérésies et les schismes; elle se révèle de nos jours, surtout dans le parfait « libéralisme, » par une haine démoniaque contre la religion en général, bien pire encore que le culte des idoles, né d'un sentiment religieux perverti.

Dans plusieurs sectes , nous voyons reparaître comme chez les païens, le culte religieux de l'impudicité, notam-

' I Cor., X, 18-19 : Dico ergo quod idolum sit aliquidf Sed quœ immolant gentes, dœmoniis immolant. Voyez sur ce passage Simar, Théologie de S. Paul, p. 67 et suiv. (en allem). L'Apôtre, voulant détourner les chrétiens de.toute participation aux festins offerts par les païens, leur montre que ceux qui mangent des viande, offertes daus les sacrifices, participent à l'autel, c'est-à-dire au sacrifice même. Il faut s'abstenir, non parce que le sacriSce aurait changé la nature des aliccents offerts, ou que les idoles représenteraient une divinité réelle, mais parce que l'acte du sacrifice contient un culte démoniaque et que manger des viandes offertes en sacrifice, c'est particioer à ce culte et par conséquent entrer en société avec le d»m -n.

ment des péchés contre nature, et une hostilité sauvage contre le mariage : le démon se plait à ravaler Thomme et à détruire l'œuvre de Dieu. Dans plusieurs conveaticules secrets, la haine infernale de la vraie religion s'allie, d'une manière plus ou moins consciente, à une sorte du culte formel du démon lui-même , on pourrait les qualifier d'églises du diable. Le culte des démons, quoique un peu dissimule, a repara de nos j' ""s dans le -: sniritisme, » cette nouvelle forme de l'antiqu. « nécromantie. » Le spiritisme rend aux démons tous les cultes possibles sous la forme de saints personnages défunts que les démons sont censés représenter. Le spiritisme se montre moins hostile au christianisme qu'indifiérent en matière religieuse.

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406. — Sur le culte des démons dans le paganisme, voy. principalement saint Augustin, De civ. Dei., lib. VIII, ix, sur le spiritisme moderne, Perrone De virt. rel., cap. vi et VII, et sur son représentant, Perty, voyez plusieurs ouvrages. Sur la nécromantie antique comme culte des démons, comp. Tertullien, De anima, ^cap. lvii : « Pu- » blica jam littera est quae animas etiam justa aetate » sopitas, etiam proba morte disjunctas, etiam prompta » humatione dispunctas, evocaturam se ab inferorum inco- » latu pollicetur. Quid ergo dicemus magiam ? Qaod omnes » psene : fallaciam. Sed ratio fallacise solos non fugit chris- » tianos, qui spiritalia nequitise non quidem socia cons- » cientia, sed iuimica scientia novimus, nec invitatoria » operatione, sed expugnatoria dominatione tractamus; » multitormem luem mentis humanae, totius erroris artifi-

» cem, salutis pariter animseque vastatricem scientiam

» in quâ s>3 daeraones perinde mortuos flngunt Sed dae-

» mones operantur sub obtentu eorum ; et hi vel maxime » qui in ipsis tune fuerunt cum adviverent, quique illos in

» hujusmodi impegeruut exitus Hanc quoque fallaciam

» spiritus nequam sub personis defunctorum delitescentis, » nisi fallor, etiam rébus probamus, quum in exorcismis » interdum aliquem se ex parentibus hominem suis affir- » mat, interdum gladiatorem, vel bestiarium, sicut et alibi

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y deura ; nihil inagis cur ms, qiiain noc ipsum excludere,

» quod i)rsedicamus ; et tamen ille dsemon, postquam

» circumstantes circumvenire tentavit , instantia divinae » gratiae victus, id, quod in vero est, invitus confitetur. »

Dans un autre endroit de son Apologétique, cap. xxiii, n. 92, Tertullien parle déjà de l'emploi des tables dans les jongleries démoniaques; il rappelle les « tables tournantes » dont il est si fort question de nos jours : « Si multa mira- » cula circulatoriis praestigiis ludunt... si et somnia immit- » tunt, liabentes semel invitatorum angelorum et dsemonum » assistentem potestatem , per quos et caprae et mensœ » divinare consueverunt. »

2. Les démons, afin de nuire à l'homme dans son âme et dans son corps, agissent quelquefois^ avec la permission de Dieu, d'une manière surnaturelle en son genre ; ils cherchent à contrefaire les ir.oyens dont Dieu se sert pour confirmer et recommander la vraie religion. Ils ont recours à la divination et aux signes merveilleux pour détouraer les hommes du service de Dieu, pour les attirer à leur culte ou du moins les faire servir à leurs desseins. Il est évident que la divination, quand elle se rapporte à des futurs contingents, est aussi peu une véritable prophétie que ces signes merveilleux ne sont de vrais miracles. Dans le domaine, même où le démon exerce sa puissance, les communications et les effets ne sont qu'imposture et jonglerie relativement à leur fin, et le plus souvent dans ce qu'elles contiennent; car il ne tend qu'à séduire les hommes, et il ne souhaite aucun bien véritable et solide même à ses partisans. Toutefois il est évident a priori que les démons peuvent quantité de choses qui dépassent les forces et l'intelligence de l'homme ; cette doctrine est de foi, d'après l'enseignement formel de l'Ecriture sainte et de toute la tradition. Jésus-Christ a prédit (Matth., xxiv, 24) qu'on verrait de pareils signes dans le dernier et décisif combat que Satan livrerait à l'Eglise par l'organe de l'antechrist (d'après II Thess., ii, 9, « secundum operationem Satanœ.) »

407. — Mais il n'est pas moins certain que cette dernière activité, comme toute son activité en général, le démon peut l'exercer par l'organe, ou l'entremise, de per-

sonnes humaines, en se rattachant à leurs propres opérations, et qu'il l'exene réellement dans certaines circonstances; en sorte que ces personnes sont quelquefois choisies ou acceptées du démon, pour un temps plus ou moins long comme ses intermédiaires ; revêtues en quelque sorte de ses dons, elles deviennent ses prophètes, ses organes, ses « médiums » comme les appelle le spiritisme moderne. Te' sera d'une manière éminente, l'antechrist en ce qui concerne les œuvres merveilleuses qu'il accomplira, selon la prophétie du Sauveur; et telle était aussi, en ce qui concerne la divination, cette folle de Philippes (Act. xvi, 16 et suiv.), à qui saint Paul enlève le don de divination en chassant « l'esprit pyihon. » Il est donc certain en dogme, et c'est one vérité historique attestée par une multitude de faits suffisamment garantis, qu'il peut y avoir et qu'il y a eu réellement des devins, ('es magiciens, ou des sorciers proprement dits, bien qu'au concret, quand il s'agit d'établir un fait particulier, on doive user de la même prudence que pour les miracles divins.

408. — Cependan', un grand nombre de théologiens catholiques, de nos jours surtout, ont révoqué en doute ou nié qu'il y ait un art de divination ou de magie, c'est-à-dire an procédé établi sur des règles précises, de sorte qu'en employant tels signes ou manipulations on puisse faire agir le démon, l'amener à révéler des choses secrètes ou à produire des effets extranaturels. Les raisons qu'on allègue pour le nier (voyez surtout Knoll, § 186), celles-ci par exemple que l'action des démons est surbordonnée à la permission de Dieu, que leur savoir et leur puissance sont bornés, qu'ils sont infidèles dans leurs promesses, prouvent seulement que cet art ne peut infailliblement réaliser toutes les vues possibles des magiciens. Elles ne prouvent pas qu'il soit impossible aux démons, dans le but de s'attacher plus étroitement les hommes, de faire dépendre leur concours permanent de certaines manipulations, et que Dieu ne le permet pas dans de certaines limites, de même qu'il permet les opérations isolées du démon. En fait, la tentative d'exercer cet art, ou en général les efforts que l'on fait pour obtenir tels effets avec le concours du diable, par conséquent le péché de la divination ou de la magie,

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est infiniment plus fréquent que son exercice effectif; et ce péché est encore plus fréquent sous forme d'invocation tacite ou implicite du démon.

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409. — Il n'y a donc point superstition à admettre en théorie la possibilité et la réalité de l'influence extra-naturelle du démon, c'est au contraire une croyance légitime et nécessaire ; on ne pourrait pas les nier sans se rendre coupable du péché d'incrédulité. L'adoption théorique de cette doctrine ne deviendrait superstition que si en principe on étendait trop loin la portée et la puissance des démons, ou si on admettait en pratique une intervention du démon appuyée sur des motifs insuffisants. Dans le premier cas, la superstition impliquerait facilement une incrédulité plus ou moins volontaire, comme si on exagérait la puissance du démon en ce qui concerne la prédiction de l'avenir, aux dépens de la puissance et de l'autorité qui n'appartient qu'à Dieu. Dans le second cas, au contraire, il y aurait simplement crédulité excessive.

En général cependant le péché de superstition consiste principalement dans la superstition pratique, c'est-à-dire dans la reconnaissance et l'emploi effectif du pouvoir du diable (ou dans les efforts qu'on fait pour s'en servir); ce péché est d'autant plus coupable que l'attente de l'intervention du diable n'est pas vaine et arbitraire, mais repose sur des expériences déjà faites, au lieu de s'appuyer sur une superstition théorique.

L'histoire nous apprend que la superstition théorique et pratique a été beaucoup plus fréquente hors de l'Eglise, notamment chez les protestants, que dans l'Eglise même, où l'on a toujours maintenu et inculqué avec précision les principes qui la concernent. Il eu est de même de la procédure insensée et frivole employée contre les sorciers présumés : elle n'a été développée sur une vaste échelle que par le protestantisme et dans les pays qui ont été en contact avec lui. Quant à la superstition véritable, l'Eglise la condamne avec infiniment plus de sévérité que ne le font les incrédules modernes ; ceux-ci n'y vo'ent qu'une folie, tandis

que l'Eglise la considère comme une faute grave, digne d'un châtiment rigoureux (supposé, bien entendu, qu'on ait une connaissance suffisante de la portée de l'action). Ajoutons qu'il est beaucoup plus insensé, pljis coupable et plus funeste de ne pas croire au démon et à son influence que de donner dans l'exagération contraire. — Voy. KnoU, op. cit.; Perrone, Dogm., De angelis, cap. v, et De virt. relig., loc 6it; Simar, La superstition (en Allem.), Cologne 1877.

410. — La principale manifestation de la puissance du démon, notamment de ses effo) ts pour s'emparer tout à fait de l'homme, pour contrefaire en cela le Saint-Esprit dans ses rapports avec l'homme sanctiflé, et le Fils de Dieu dans ses rapports avec son humanité sainte, et par conséquent aussi le fond de la religion surnaturelle par son côté objectif comme relation surnaturelle de Dieu avec l'humanité, c'est l'état de possession (obsessio ou possessio). Cet état, au temps de Jésus Christ et peu de temps après, était surtout fréquent, comme si le démon eût voulu déployer toute sa puissance en face de Jésus-Christ. De là vient que Jésus- Christ lui-même et les premiers chrétiens firent éclater toute la vertu du Sauveur pour chasser les mauvais esprits, assurer la défaite du démon en général et de délivrer l'humanité de son joug.

411. — 1* Il faut distinguer soigneusement la possession proprement dite, laquelle consiste à s'emparer d'une personne violemment et contre son gré, et l'abandon volontaire d'une âme au service du démon, suivant ce que l'Evanliste dit de Judas, bien que cet abandon de l'âme puisse être accompagné dune prise de possession du corps, analogue dans ses effets à la possession violente, de même que par celle-ci le démon vise à s'emparer de l'esprit. 2° Il faut également distinguer la possession proprement dite de la simple obsession (obsessio) de l'homme parle démon, quoique le terme d'obsession, dans la langue classique, désigne aussi cette dernière, qu'elle lui convient même de préférence. On entend par obsession les vexations, les tentations de toute sorte, les assauts durables, très-violents, universels, dont le démon se sert contre l'homme, quand les moyens ordinaires ne lui suffisent point pour pénétrer dans son

l'bsclavage du démon. 407

âme. Dieu ne les permet que lorsqu'il veut purifier une âme et la soumettre à des épreuves particulières; mais il n'accorde pas V lémon tout pouvoir sur les organes dont la volonté se sert pour agir au-dehors.

412. — La possession proprement dite est un état de l'homme dans lequel le démon , incapable de posséder rame, comme fait le Saint-Esprit, par une habitation substantielle et une influence directe sur la nature et ses forces spirituelles, s'efforce par des moyens violents de restreindre la souveraineté univeràclle que l'esprit de l'homme exerce sur s©n propre corps et de s'imposer à lui d'une manière durable comme s'il était son àme. C'est un état, en un mot, dans lequel le démon, incapable de s'approp»'ier hypostatiquement, comme le Fils de Dieu, la nature humaine tout entière, corps et âme, se sert d'une manière durable, du corps et des forces inférieures de l'âme comme si la nature humaine était sa propriété hypostatique. Par ce moyen, le démon n'acquiert qu'indirectement un certain pouvoir sur l'esprit ; ce pouvoir se révèle surtout en ce que le démon, par l'influence qu'il a acquise sur le corps et sur les puissances inférieures de l'âme, peut paralyser et enchaîner les fonctions internes des facultés de l'esprit, la conscience et l'usage de la liberté. Il le fait surtout par l'entremise des organes corporels dont l'esprit se sert pour manifester sa pensée et son vouloir, comme la langue pour parler.

La possession entraine ordinairement d'autres conséquences extrêmement graves, tentations et souffrances corporelles, agitations violentes dans tout le corps. Quand ces conséquences , qui peuvent aussi se rencontrer en dehors de l'état de possession, ne sont pas des efî'ets spécifiques de la possession, elles prennent dans cet état un caractère particulier de ténacité et de violence. L'Ecriture sainte appelle les possédés êvepYou[;.evoo quelque chose comme inoperati, pour marquer que le démon agit en despote dans les personnes qu'il occupe.

413. — Voyez sur la notion de possession les théologiens, in II dist., VIII (cf. ci-dessus, t. III, n. 222). Sur la

différence entre la possession et la simple obsession, Scaramelli, mystique, sect. ii, ch. vii-xi, où l'on montre que l'obsessioi' est un moyen de puriflca;iou pour les âmes appelées à une sainteté émine; 'e, tandis que D; , permet plutôt la possession en guise de châtiment ou du moins comme une pénitence infligée pour des péchés antérieurs. Ce dernier point cependant ne peut être dit que par exception. En tout cas, la possession n'est pas en soi le signe d'un péché grave, passé ou présent.

L'existence de la possession est constatée par l'Ecriture et par la doctrine de l'Eglise, avec une telle évidence, que la négation doit être qualifiée d'hérésie. Des rationalistes protestants et quelques théologiens catholiques des derniers siècles, entachés de rationalisme , ont essayé de prouver qu'il n'en était pas question dans l'Ecriture. Voyez contre eux, Calmet, disert, in Evang. Liicœ. Calmet rapporte très au long les arguments des adversaires, de sorte qu'ils font plus d'effet que sa courte et maigre réfutation ; Perrone et Knoll, loc. cit.

§ 205. Corollaire et conclusion de la doctrine du péché. — Le mystère du péché en général et du péché originel en particulier, ou le mystère de l'iniquité par opposition au mystère de la grâce.

414. — I. Envisagé dans son opposition à l'ordre surnaturel de la grâce et de la sainteté, mystère de Dieu qui ne peut être connu qu'au moyen d'une révélation divine, le péché, dans l'ordre actuel du monde, doit être appelé aussi un mystère de la foi et envisagé sous cet aspect, car on ne peut bien f^onnaître sa malice et sa portée qu'en le comparant à son contraire, le mystère de la grâce.

415. — II. Il est vrai qu'ordinairement on ne traite du caractère mystérieux du péché qu'à propos du péché originel. Mais il n'est pas rare, ici même, de le voir expliquer d'une façon tout à fait défectueuse, soit que, dans un zèle apologétique mal entendu, on veuille prouver par la raison l'existence du péché originel, soit parce que ce prétendu avantage apologétique est annulé par un inconvénient réel.

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